Santé périnatale : où en est la France ?

Dec 7, 2018 par

Le 26 novembre dernier, l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) publie le rapport européen Euro-Péristat. Son objectif ? Obtenir une classification des pays membres de l’Union Européenne sur les indicateurs de santé de l’enfant et de la mère pendant la grossesse et l’accouchement. La France reste bonne élève sur la césarienne tandis qu’elle peine à faire baisser ses taux de mortalité néonatale, c’est à dire le décès de bébés un mois après la naissance, et de mortinatalité. Décryptage.

santé périnatale

Quels sont les points faibles de la santé périnatale en France ?

Dans ce rapport européen, coordonné par l’INSERM, on retrouve les chiffres sur la santé périnatale en 2015 dans 28 des pays membre de l’Union Européenne, avec en plus, l’Islande, la Norvège et la Suisse. Ce troisième bilan européen fait suite aux précédents rapports publiés en 2004 et 2010.

Sur le point de la mortalité néonatale, la France occupe la 23è place sur 28. En effet, le chiffre est sans appel : 2,4 naissances sur 1000. Depuis 2005, la France a tendance à conserver un taux de mortalité néonatale constant alors que les autres pays voient leur taux baisser. Pour preuve : la France était en 17è position, sur 28, en 2010.

Concernant la mortinatalité (enfant mort-né), la France occupe malheureusement aussi une place en bas du classement avec un taux de 3 naissances sur 1000, le même niveau qu’en 2010.

Sur l’antenne d’Europe 1, Béatrice Blondel, directrice de recherche épidémiologiste à l’INSERM et représentante de la France dans ce rapport Euro-Peristat, explique que plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces taux de mortinatalité et mortalité néonatale encore trop élevée :

  • Certains parents choisiraient davantage d’avoir un enfant né vivant et qui décédera quelques temps après” plutôt que mettre un terme à la grossesse par un Interruption Médicale de Grossesse (IMG)”.
  • La France développerait une obstination thérapeutique sur les grands prématurés moins importante comparativement à certains pays de l’UE ;
  • Un manque de moyens humains et des failles dans l’organisation des maternités françaises.

Pour Béatrice Blondel, il faut aller plus loin : “Il semble nécessaire d’analyser la situation en France de manière approfondie, comme le fait actuellement le Royaume-Uni dans un programme spécial d’analyse des statistiques existantes et d’audits abordant successivement différentes catégories de décès.”

Dans le rapport, le groupe de travail avance d’autres hypothèses qui pourraient expliquer ces décès prématurés :

  • Le vieillissement de la population des femmes enceintes (20,6% de femmes de 35 ans et plus en 2015 positionnant la France au 14e rang) ;
  • La consommation de tabac pendant la grossesse est également problématique, puisque 16,3% de femmes fument encore au troisième trimestre de la grossesse (20ème position) ;
  • Un taux de naissances gémellaires important (17,1 pour 1000 naissances positionnant la France au 22e rang).
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Et les points forts ?

Pour les actes médicaux et chirurgicaux réalisés lors de l’accouchement, la France fait preuve d’un grand professionnalisme en diminuant la fréquence des césariennes dans les situations normales ou compliquées.

L’Hexagone se situe au 7e rang dans le classement des césariennes. Avec 20%, le taux est resté stable depuis 2010 en France tandis qu’il a significativement augmenté dans 17 pays sur 31.

À savoir ! La césarienne est un acte chirurgical indiqué lorsqu’il y a un impératif médical. Les gynécologues n’hésitent pas à rappeler que cette intervention peut avoir des effets à court et à long terme sur la santé des femmes et des enfants. Les enfants nés par césarienne ont des conditions hormonales, physiques, bactériennes et médicales différentes pouvant modifier leur physiologie néonatale. Les risques à court terme sont une immunité moins efficace, un risque d’allergie augmenté, une tendance à l’asthme, des problèmes intestinaux, et enfin, un risque augmenté de surpoids et d’obésité.

Par ailleurs, la France est bien classée pour les situations à haut risque de césarienne : 59 % en cas d’antécédent de césarienne (3e rang), 75 % en cas de présentation par le siège (4e rang), et 54 % en cas de grossesses multiples (5e rang).

Concernant la prématurité (36 semaines d’aménorrhée au moins), le rapport souligne que les taux sont stables depuis 2012 en France avec 7,1% des naissances en 2015. Sur ce point, elle occupe la 14e place du classement.

À savoir ! La prématurité en France était de 4,5 % en 1995 pour passer à 7,4 % en 2015. Cette tendance à la hausse de la prématurité est retrouvée dans de nombreux pays européens. En France, cela représente entre 50 000 et 60 000 naissances chaque année. Parmi eux, 85% sont des prématurés moyens (32-37 Semaines Aménorrhée), 10% sont des grands prématurés (28-32 SA) et 5% sont des très grands prématurés, nés à moins de 28 SA. La moitié des ces naissances sont spontanées et l’autre moitié correspond à celles provoquées suite à une décision médicale. Les raisons sont multiples : hypertension artérielle sévère chez la mère, les infections, les anomalies de l’utérus ou le placenta, décollement du placenta avec un hématome, consommation de tabac et le stress.

Reste désormais pour les épidémiologistes français à mieux comprendre les causes qui expliquent ces taux de mortalités infantiles encore trop élevés.

Après avoir identifié ces facteurs, des campagnes de prévention et des programmes d’actions médicales auprès des femmes enceintes, ou auprès de celles faisant le souhait de le devenir, devront être mises en place.

Julie P., Journaliste scientifique

– Photographie de la santé périnatale en France et en Europe en 2015. INSERM. Consulté le 5 décembre 2018.
– Better statistics for better health for pregnant women and babies in Europe in 2015. EPOPé. INSERM. Consulté le 5 décembre 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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