Luxations

10 décembre 2020 par

un homme allongé souffrant du genou

Les luxations correspondent à une rupture de continuité entre deux surfaces articulaires normalement alignées. Pouvant toucher toutes les articulations du corps humain, elles surviennent le plus souvent dans un contexte traumatique (blessure, sollicitation excessive). Parfois associées à d’autres lésions articulaires ou ligamentaires, elles sont diagnostiquées de manière formelle par des examens radiographiques, avant d’être réduites par l’équipe médicale. Parfois, une intervention chirurgicale est nécessaire pour stabiliser le système articulaire touché.

Définitions et symptômes d’une luxation

Qu’est-ce qu’une luxation ?

Les luxations appartiennent aux atteintes articulaires, comme les fractures (cassure d’un os ou d’un cartilage dur) ou les entorses (traumatisme ligamentaire). Elles se définissent comme la séparation totale entre au moins deux surfaces osseuses articulaires.

À savoir ! Une luxation correspond à un déplacement d’une surface articulaire par rapport à une autre, provoquant une rupture dans la continuité articulaire. La subluxation désigne une situation où la rupture de continuité n’est pas totale et où les os de l’articulation ne sont que partiellement déplacés.

Les luxations peuvent être isolées ou associées à d’autres lésions musculosquelettiques, telles que :

  • Une fracture ;
  • Une entorse ;
  • Une déchirure musculaire ;
  • Une rupture des tendons.

L’association d’une luxation avec une autre lésion musculosquelettique constitue un facteur de gravité de la luxation.

Toutes les articulations du corps peuvent être le siège d’une luxation, les plus fréquentes survenant au niveau des membres. Ainsi, la liste des luxations observées est longue :

  • La luxation de l’épaule, la plus fréquente, car l’articulation de l’épaule est la plus mobile du corps humain ;
  • La luxation de la hanche ;
  • La luxation du genou ;
  • La luxation du coude ;
  • La luxation du poignet ou des doigts ;
  • La luxation de la cheville;
  • La luxation de la mâchoire ;
  • Plus rarement, la luxation du cou ou de la colonne vertébrale.

schéma luxation hanche

Les luxations surviennent généralement dans un contexte traumatique, comme une blessure, une chute ou un accident de la voie publique. Elles peuvent également être une conséquence d’une sollicitation excessive, par exemple chez les sportifs de haut niveau, ou d’une usure répétée, notamment en lien avec certaines activités professionnelles (vibrations ou secousses répétées sur de longues périodes). Enfin, elles peuvent s’observer chez des patients présentant une fragilité articulaire, notamment les patients atteints de certaines pathologies articulaires (ostéoporose, rhumatismes chroniques, …). Certaines maladies génétiques prédisposent également au risque de luxation, la plus connue étant le syndrome d’Ehlers-Danlos, une maladie du tissu conjonctif qui provoque une hypermobilité des articulations.

À savoir ! La luxation congénitale de la hanche correspond à une anomalie congénitale de l’articulation de la hanche (entre 6 et 20 enfants sur 1 000 à la naissance). Sans traitement dès la naissance, elle peut entraîner une boiterie à la marche. Le dépistage doit être effectué dès les premières semaines de vie pour mettre en place un traitement orthopédique adapté. Les études scientifiques n’ont pas clairement démontré que le sexe féminin ou certaines origines régionales (Bretagne, Auvergne, Creuse) étaient associés à un risque accru de présenter cette anomalie

Quels symptômes ?

Le premier symptôme de la luxation et le plus important est sans aucun doute la douleur violente, amplifiée par la sollicitation de l’articulation. Mais d’autres symptômes peuvent être associés en fonction de la localisation et de la gravité de la lésion articulaire :

  • Un gonflement de l’articulation ;
  • Des ecchymoses ou une coloration de la peau au niveau de l’articulation, en lien avec un saignement sous la peau ;
  • Une déchirure de la peau, en cas de luxation ouverte ;
  • Une incapacité à mobiliser normalement l’articulation ;
  • Une articulation qui apparaît déformée, tordue ou déplacée ;
  • Une perte de sensibilité, un engourdissement ou des sensations normales.
  • Un gonflement de l’articulation ;

Des complications peuvent également survenir au cours de l’évolution d’une luxation, notamment :

    • Des complications au cours des premiers jours après la luxation :
      • Une fracture : la luxation peut s’accompagner d’une fracture susceptible de bloquer la circulation sanguine dans le membre lésé. Il y a alors un risque de syndrome des loges (nécrose des tissus non irrigués) ;
      • Une atteinte des vaisseaux sanguins peut provoquer une ischémie dans le membre touché, entraînant une atteinte des tissus environnants ;
      • Une atteinte neurologique, liée à l’étirement ou à l’écrasement d’un nerf au moment de la luxation de l’articulation. Il faut souvent compter plusieurs mois voire plusieurs années pour que de telles lésions guérissent. Si les nerfs sont déchirés, une intervention chirurgicale est nécessaire ;
      • Une infection en cas de luxation ouverte : l’infection peut rester limitée à la peau ou s’étendre à l’os provoquant une ostéomyélite, souvent difficile à traiter ;
    • Des complications à plus long terme :
      • Des problèmes articulaires durables, souvent liés à une atteinte du cartilage des articulations luxées. Ils consistent en des raideurs articulaires ou en une fragilisation des structures articulaires comme les ligaments et les tendons. Ces complications articulaires sont plus fréquentes chez les personnes âgées.

Le risque de complications graves reste rare, mais il est augmenté lorsque la luxation est ouverte ou que le système vasculaire ou nerveux est atteint. La guérison d’une luxation peut rester incomplète sur le long terme, si une ou plusieurs complications surviennent.

Diagnostic et traitements

Quel diagnostic ?radio luxation épaule

Une luxation implique nécessairement une prise en charge médicale. Une admission aux urgences est indispensable dans certaines situations :

    • Une luxation induite par un accident grave ou un polytraumatisme (autres blessures) ;
    • Une luxation d’apparence sévère (luxation ouverte ou fracture associée par exemple) ;
    • Une complication (perte de sensation, incapacité à bouger un membre).

Dans les autres situations, une consultation médicale immédiate est nécessaire.

Le diagnostic médical des luxations repose sur plusieurs éléments complémentaires :

    • Le recueil des symptômes et des circonstances de survenue de la luxation ;
    • L’examen clinique du patient (détermination de l’atteinte articulaire, recherche d’éventuelles complications, …) ;
    • Des examens d’imagerie :
      • Des radiographies du membre touché, sous deux angles pour visualiser l’alignement des os ;
      • Un scanner ou une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) pour détecter d’éventuelles lésions des ligaments, des tendons ou des muscles, mais aussi pour repérer des fractures légères pouvant accompagner la luxation ;
    • Des examens complémentaires en cas de lésions associées :
      • Une angiographie pour mettre en évidence l’atteinte des vaisseaux sanguins ;
      • Un électromyogramme pour détecter des lésions neurologiques.

Quels traitements ?une cheville plâtrée

Dans la grande majorité des cas, une articulation luxée doit être réduite par un médecin pour être remise en place. Plus rarement, une luxation peut se réduire spontanément. Le traitement de la douleur est mis en place immédiatement avec :

    • Des antalgiques opioïdes ;
    • Des anti-inflammatoires non stéroïdiens.

À savoir ! Dès leur prise en charge, les patients victimes de luxation bénéficient d’un protocole baptisé PRICE, qui a fait preuve de son utilité sur l’évolution de la luxation :

    • P pour Protection ;
    • R pour Repos ;
    • I pour Ice (application de glace) ;
    • C pour Compression ;
    • E pour Elévation du membre touché.

La réduction d’une luxation est un geste médical, qui se déroule en deux temps :

    • Une manipulation pour remettre les structures articulaires en place et alignées ;
    • Une immobilisation de l’articulation pour prévenir toute récidive de la luxation, à l’aide d’une attelle, d’une écharpe ou d’un plâtre ;

Parfois, une intervention chirurgicale est nécessaire pour réduire la luxation (luxation ouverte). Des séances de kinésithérapie sont conseillées après quelques jours ou semaines pour prévenir les raideurs et l’affaiblissement de l’articulation et des muscles touchés. L’immobilisation prolongée est réservée aux cas les plus sévères de luxation compliquée.

Parallèlement, toute complication ou lésion associée à la luxation doit être traitée de manière adaptée pour favoriser la guérison complète de l’atteinte articulaire et prévenir les séquelles. Les lésions importantes des vaisseaux sanguins et les lésions neurologiques graves (nerfs sectionnés) nécessitent une intervention chirurgicale. Les plaies cutanées sont nettoyées et désinfectées. Un traitement antibiotique préventif et la vérification de la vaccination antitétanique est vérifiée pour prévenir tout risque d’infection.

D’une manière générale, la plupart des luxations guérissent sans problème de santé à long terme en quelques semaines à quelques mois. Les enfants se remettent souvent plus vite que les adultes. Mais parfois, en particulier chez les personnes âgées, les luxations peuvent fragiliser durablement les articulations et impacter la qualité de vie et l’autonomie.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources

– Présentation des luxations. Manuel MSD. Consulté le 18 novembre 2020.
– Gestion des subluxations et luxations. SED’in France. Consulté le 18 novembre 2020.
– Traumatismes articulaires, entorses, luxations. Centre Hospitalier de Carcassonne. Consulté le 18 novembre 2020.

Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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