Des toxines de coquillages marins pour soulager les douleurs

Apr 14, 2018 par

La prise en charge de la douleur est un axe clé du traitement de nombreuses pathologies, aiguës ou chroniques. Découvrir de nouveaux médicaments antalgiques représente un objectif majeur pour de nombreux laboratoires de recherche médicale. Des coquillages, les cônes marins, recèlent des toxines, aux propriétés pharmacologiques intéressantes, notamment dans le traitement de la douleur.

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Cônes marins et conotoxines

L’ensemble des médicaments disponibles actuellement pour lutter contre la douleur reste parfois insuffisant pour soulager efficacement et/ou durablement les patients. De nombreuses équipes de recherche dans le monde travaillent ainsi à découvrir de nouvelles substances antalgiques, susceptibles de devenir de nouveaux médicaments contre la douleur.

Parmi les pistes explorées par ces chercheurs, les organismes marins, et plus particulièrement les organismes venimeux, suscitent l’intérêt. Une catégorie de coquillages marins, les cônes, produisent ainsi des toxines particulières, appelées des conotoxines. Plusieurs études se sont intéressées à ces substances, qui présentent des propriétés antalgiques intéressantes.

À savoir ! Les cônes marins, appelés communément les escargots de mer, regroupent plus de 600 espèces à travers le monde. La plupart d’entre eux se situent dans les mers chaudes, même si certaines espèces vivent en milieu tempéré. Leur coquille est souvent parée de magnifiques ornementations, mais ils sont tous plus ou moins venimeux, sécrétant des toxines pour tuer leurs proies.

Depuis 2004, une première conotoxine a fait son apparition dans l’arsenal thérapeutique contre les douleurs chroniques intenses aux USA et en Europe. Ce médicament, le ziconotide, est issu du venin du cône marin Conus magus et agit sur les canaux calciques, impliqués dans la transmission nerveuse des messages douloureux. Contrairement aux médicaments dérivés de la morphine utilisés contre le même type de douleur, les conotoxines possèdent un atout considérable, puisqu’elles n’entraînent aucun risque d’accoutumance ni d’addiction. De plus, leur structure chimique permet de les synthétiser facilement au laboratoire, ce qui permet d’envisager leur production à grande échelle.

La première ferme européenne de cônes marins

L’autorisation de mise sur le marché d’un premier médicament en 2004 a permis d’intensifier les recherches menées dans le monde sur les conotoxines. En France, une jeune start-up alsacienne a décidé en 2017 de se lancer dans l’aventure des médicaments issus des cônes marins, en créant une ferme dédiée à ces coquillages. Unique en Europe, cette start-up, baptisée Domiconus, a pour ambition de fournir aux laboratoires de recherche médicale une solution fiable d’approvisionnement en venins rares à des fins de recherche scientifique.

L’enjeu est de créer une banque de conotoxines identifiées, ouverte aux scientifiques du monde entier (chercheurs, vétérinaires, médecins,… ). Domiconus se positionnerait alors comme le spécialiste international de l’identification et de la collecte de venins de cônes marins. Les méthodes de prélèvement utilisées sont inoffensives pour le cône et ne dégradent pas leur environnement. Les cônes sont ensuite élevés dans une structure d’élevage raisonné, pour limiter le recours à la pêche.

L’ensemble des autorisations administratives pour l’importation des cônes marins ont été obtenues. Un premier arrivage de diverses espèces a été réceptionné et les coquillages sont désormais en phase d’acclimatation dans leur nouvel environnement. Les paramètres d’élevage et de reproduction sont en cours d’optimisation.

Un avenir prometteur pour les conotoxines

Pour poursuivre son développement, Domiconus recherche actuellement de nouveaux financements. Le potentiel économique des conotoxines est important, avec des perspectives nombreuses. Rien qu’en France, le marché des médicaments susceptibles d’être une alternative aux antidouleurs actuels représenterait un marché annuel de près de 7,5 milliards d’euros.

Actuellement, environ 150 conotoxines ont été isolées et identifiées à travers le monde. Les spécialistes estiment qu’il en resterait près de 200 000 à découvrir. De plus, les études scientifiques menées sur les conotoxines ne cessent de mettre en évidence de nouvelles applications potentielles. Au-delà de la douleur, ces substances d’origine marine pourraient également être prometteuses dans le traitement de l’épilepsie ou de l’infarctus du myocarde. De sublimes coquillages marins qui recèlent décidément bien des trésors !

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Transformer les poisons naturels en médicaments. Le Journal du CNRS. 28 mai 2015.
– Domiconus Conotoxins for health. START UP BIO-INDUSTRIELLE ALSACIENNE. Dossier de presse. Mars 2018.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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