Une avancée majeure pour lutter contre la septicémie

Sep 18, 2017 par

Toutes les 3 secondes, une personne dans le monde décède d’une septicémie, une infection générale touchant la circulation sanguine. Récemment, une équipe de chercheurs a montré qu’une protéine, naturellement présente dans l’organisme en petite quantité, est capable de prévenir et traiter la septicémie. Retour sur une découverte très prometteuse.

choc septique

La septicémie : un enjeu de santé publique

L’état septique, ou sepsis, d’un patient survient quand, une infection par des microorganismes localisée (pulmonaire, urinaire…) se retrouve dans la circulation sanguine et peut créer des foyers infectieux secondaires.

Les symptômes de la septicémie sont :

  • Une fièvre très élevée évoluant avec des pics et accompagnée de sueurs;
  • La présence de frissons et parfois d’une hypothermie;
  • Une augmentation des globules blancs dans le sang ;
  • Une fréquence cardiaque augmentée.

Quand le sepsis est qualifié de “sévère”, on ajoute à l’ensemble de ces symptômes, le dysfonctionnement d’au moins un organe comme le cœur (endocardite, myocardite), le rein (pyélonéphrite) ou encore, les poumons (pneumonie).

A savoir ! Le choc septique correspond à l’ensemble des symptômes d’une septicémie additionné d’une insuffisance circulatoire aigüe suite au passage des bactéries dans le sang. La tension artérielle chute et ne permet plus d’oxygéner l’ensemble de l’organisme. Le traitement est urgent avec une prise en charge en réanimation dans les 6 heures. En France, 27% des personnes décèdent suite à un sepsis et 50% suite à un choc septique.

Aujourd’hui, et selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : ” la résistance aux antibiotiques rend beaucoup plus difficile le traitement des infections et donc, leur évolution vers l’état septique.

La protéine PLTP très prometteuse

Une équipe de l’université de Dijon vient de publier dans la revue Scientific Reports, leurs travaux portant sur l’effet protecteur d’une protéine humaine à l’égard des endotoxines bactériennes, les toxines situées dans la membrane externe des bactéries et responsable de la septicémie.

De précédentes études, portant notamment sur l’athérosclérose, avaient montré que la protéine nommée PLTP (Plasma Phospholipid Transfer Protein), produite naturellement en petite quantité chez l’homme, avait l’aptitude de se lier aux endotoxines bactériennes.

Pour explorer plus en détails cette piste, l’équipe de Valérie Deckert a injecté, à des souris génétiquement modifiées pour ne plus exprimer le gène codant la protéine PLTP, des endotoxines bactériennes de bactéries Gram négatif. Résultats? Les souris n’ont pas survécu plus de trois jours à ce choc septique provoqué.

A savoir ! Pour classifier les bactéries, les microbiologistes procèdent à des techniques de coloration. La coloration de Gram permet d’obtenir des informations sur la structure biochimique de la paroi bactérienne. Les bactéries Gram négatif (Escherichia coli par exemple) apparaissent en rose sous le microscope après coloration et possèdent une structure de membranes en trois parties : une membrane externe, un espace périplasmique et une membrane plasmique. Les bactéries Gram positif (Staphylocoques par exemple) apparaissent, quant à elle, en mauve après coloration, et possèdent une structure membranaire en 2 parties : une épaisse paroi cellulaire et une membrane plasmique.

Ensuite, les biologistes ont répété cette expérience, mais en injectant aux souris, la protéine PLTP humaine produite dans du lait de lapines génétiquement modifiées.

En choisissant cette voie de production de la PLTP, les chercheurs ont réussi à obtenir une quantité de protéine 1000 fois supérieure à celle contenue dans le sang humain.

Sept jours plus tard, le rôle protecteur de la PLTP contre la septicémie était démontré puisque 65% des souris étaient encore vivantes.

Grâce à leurs observations en laboratoire, les chercheurs ont montré que la PLTP est capable de :

  • Neutraliser l’activité des endotoxines et diminuer la réponse inflammatoire incontrôlée ;
  • Désagréger les endotoxines avant leur élimination par voie biliaire ;
  • Bloquer la prolifération des bactéries Gram négatif (mais pas Gram positif) en fragilisant leur paroi.

Ces résultats suggèrent que la protéine PLTP, produite en grande quantité à partir de lapine génétiquement modifiée, est potentiellement un agent thérapeutique pour la prévention et le traitement de la septicémie.

Reste désormais, pour les chercheurs, à valider ces résultats chez l’homme grâce à des études cliniques.

Julie P., Journaliste scientifique

– Recombinant human plasma phospholipid transfer protein (PLTP) to prevent bacterial growth and to treat sepsis. Scientific Reports. V. Deckert et al. Le 8 juin 2017.
– Décisions sur l’application du Règlement sanitaire international et la prise en charge de l’état septique à l’Assemblée mondiale de la Santé. Communiqué de presse de l’OMS. Consulté le 18 septembre 2017.
– Sepsis/Septicémie. Institut Pasteur. Consulté le 18 septembre 2017.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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