Colère : un danger pour la santé cardiovasculaire ?

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Rédigé par Deborah L. et publié le 5 juin 2024

C’est bien connu, la colère est un vilain défaut qui échauffe les esprits et crée une ambiance désagréable pour l’entourage de la personne qui s’emporte. Mais saviez-vous que la colère pouvait également avoir un impact sur la santé cardiovasculaire d’un individu ? C’est ce que suggère une récente étude américaine selon laquelle un état colérique fréquent pourrait altérer le fonctionnement vasculaire d’un adulte en bonne santé. Zoom sur les conclusions de ces travaux.

Colère santé cardiovasculaire

Colère : quels effets sur la santé cardio-vasculaire ?

Il est des émotions fortes capables de provoquer une dysfonction du myocarde. Mais jusqu’à présent, peu d’études scientifiques s’étaient penchées sur les méfaits de la colère. C’est désormais chose faite avec une récente étude américaine publiée dans le Journal of the American Heart Association.

Soutenue par les Instituts nationaux de la santé américains (NIH), cette étude randomisée a enrôlé :

  • 280 adultes en bonne santé.
  • Agés de 18 à 73 ans.
  • Ne souffrant pas de maladies cardio-vasculaires.
  • Ne présentant pas d’antécédents d’hypertension, de diabète, de dyslipidémie ou de tabagisme.
  • Ne présentant pas de facteurs de risque de maladies cardio-vasculaires.
  • Sans traitement médicamenteux.

L’objectif de cette étude ? Estimer les effets aigus d’une colère provoquée, d’une anxiété provoquée et d’une tristesse provoquée, en comparaison avec une émotion neutre. Pour cela, les scientifiques ont réparti les participants en différents groupes devant réaliser une tâche censée faire naître l’émotion correspondante :

  1. Un groupe « colère » : les membres de ce groupe devaient parler pendant 8 minutes d’expériences personnelles ayant suscité chez eux un sentiment de colère.
  2. Un groupe « anxiété » : les membres de ce groupe devaient parler pendant 8 minutes d’expériences personnelles ayant suscité chez eux un sentiment d’anxiété.
  3. Un groupe « tristesse » : les membres de ce groupe devaient lire à voix haute pendant 8 minutes des déclarations suscitant la tristesse.
  4. Un groupe « témoin » : les membres de ce groupe devaient compter à voix haute pendant 8 minutes.

Pour pouvoir procéder aux comparaisons, les scientifiques ont mesuré les variations du flux sanguin dans les vaisseaux sanguins du bras dominant de chaque participant. Cette mesure a été réalisée avant et après l’expérience (immédiatement après, puis 3, 40, 70 et 100 minutes après l’expérience).

La colère à l’origine d’une moins bonne dilatation des vaisseaux

Après analyse des données, les chercheurs ont pu observer :

  • Une réduction significative de la capacité de dilatation des vaisseaux sanguins immédiatement après la réalisation de l’exercice chez les participants du groupe « colère » comparé au groupe témoin.
  • Un maintien de cette réduction significative jusqu’à 40 minutes après l’exercice avant de diminuer.
  • L’absence d’impact de l’exercice sur la capacité de dilatation des vaisseaux sanguins des personnes des groupes « anxiété » et « tristesse ».

Ainsi, d’après les résultats de cette étude, il semblerait que l’état physiologique induit par l’état de colère altère la capacité d’ouverture des vaisseaux sanguins. Or, selon des études précédemment menées, cette moins bonne dilatation des vaisseaux sanguins pourrait être à l’origine du développement de l’athérosclérose, augmentant à long terme le risque d’infarctus du myocarde ou d’accident vasculaire cérébral.

Selon les propos du responsable de cette étude, des états de de colère fréquents peuvent induire des lésions chroniques au niveau des vaisseaux sanguins pouvant provoquer à terme des effets irréversibles sur la santé vasculaire de l’individu.

Des recherches à approfondir

Si les auteurs de cette étude conviennent qu’il reste à éclaircir le lien entre les effets transitoires aigus de la colère et le risque cardiovasculaire à long terme, ils sont persuadés que la répétition des dommages vasculaires au fil du temps peut générer un risque accru de maladies cardiovasculaires. En attendant, il peut être intéressant d’apprendre à maîtriser ses accès de colère au moyen de séances d’activité physique, d’exercices de respiration voire d’une thérapie cognitive-comportementale.

Prochaine étape pour les chercheurs ? Identifier de manière précise les mécanismes sous-jacents impliqués dans ce processus et élargir les travaux à un panel de volontaires adultes plus âgés présentant des problèmes de santé et suivant un traitement médicamenteux. Affaire à suivre !

Déborah L., Dr en Pharmacie

Sources
– Risque cardiovasculaire : quand la colère échauffe le cœur. www.lequotidiendumedecin.fr. Consulté le 19 mai 2024.
– Translational Research of the Acute Effects of Negative Emotions on Vascular Endothelial Health: Findings From a Randomized Controlled Study. www.ahajournals.org. Consulté le 19 mai 2024.