Covid-19 et alcool, cocktail explosif pour la santé publique

Actualités Addiction Coronavirus (COVID-19)

Rédigé par Alexia F. et publié le 20 janvier 2022

Stress, anxiété, ennui… ces facteurs favorisant l’émergence de comportements addictifs ont été largement majorés par la pandémie de Covid-19. Une étude américaine publiée récemment présente une projection des conséquences de l’augmentation de la consommation d’alcool sur la survenue de cirrhoses, de cancers du foie et la mortalité induite. Les résultats interpellent et soulignent la nécessité de mettre en place des mesures fortes pour limiter les dégâts.

Covid-19 et alcool

La pandémie de Covid-19 a modifié la consommation d’alcool

La pandémie de Covid-19 entraîne des conséquences majeures sur la santé mentale qui sont de plus en plus quantifiées et étudiées par les scientifiques et les autorités. Il en résulte, entre autres, une augmentation des comportements addictifs, notamment en matière de tabac et d’alcool.

L’enquête CoviPrev publiée par Santé publique France dès mai 2020 révèle que 27% des Français ont augmenté leur consommation de tabac depuis le début de la pandémie. 11% des Français sondés disent avoir augmenté leur consommation d’alcool et la moitié d’entre eux déclare boire plus fréquemment depuis le début de la crise sanitaire. L’étude rapporte que les plus touchés par ces changements de comportement sont des personnes âgées de moins de 50 ans. En cause ? « L’ennui, le manque d’activité, le stress et le plaisir sont les principales raisons mentionnées par les fumeurs ou usagers d’alcool ayant augmenté leur consommation. On note également que l’augmentation aussi bien pour le tabac que pour l’alcool est corrélée au risque d’anxiété et de dépression» explique Viêt Nguyen Thanh, responsable de l’unité addictions à la direction de la prévention et de la promotion de la santé à Santé Publique France.

La dépendance à l’alcool est un fléau déjà responsable de 41 000 décès et de près de 30 000 cancers chaque année en France, ce qui en fait la troisième cause de mortalité évitable après le tabac et la pollution atmosphérique. Elle est aussi à l’origine de troubles psychosociaux et est un facteur de risque d’une multitude de maladies.

Covid-19 : Effets de la consommation d’alcool

L’augmentation de la consommation d’alcool depuis le début de la crise sanitaire a été constaté dans de nombreux pays, y compris les Etats-Unis. Dans une étude publiée ce mois-ci dans la revue Hepatology, des chercheurs américains ont modélisé les effets à court et long termes de l’augmentation de la consommation d’alcool induite par la pandémie de Covid-19. Ils se sont notamment intéressés aux mesures de morbidité et de mortalité suite à des maladies du foie causées par la consommation d’alcool.

À savoir ! La morbidité est un indicateur du nombre de personnes malades dans une population donnée et une période déterminée. La mortalité, quant à elle, quantifie le nombre de personnes décédées suite à une pathologie donnée.

Pour réaliser leur modélisation, les chercheurs ont utilisé des données issues d’enquêtes menées auprès des Américains sur les changements de leur consommation d’alcool pendant la crise sanitaire. Ils ont comparé leurs résultats à un modèle dont le scenario ne prend pas en compte la survenue de la pandémie de Covid-19 et les changements comportementaux observés actuellement vis-à-vis de l’alcool.

Les résultats de ces travaux interpellent puisqu’ils font état d’une augmentation de la morbidité (2 800 cas supplémentaires de cirrhose) et de la mortalité (1 000 décès supplémentaires) à court terme, c’est-à-dire entre 2020 et 2023. Si rien n’est mis en œuvre, cette seule année de consommation accrue d’alcool suffirait à provoquer, d’ici 2040,  8 000 décès supplémentaires dus à des maladies hépatiques, 18 700 cirrhoses et 1 000 carcinomes hépatocellulaires (ou cancers primitifs du foie). Si la consommation d’alcool se maintient (ou si elle devait augmenter), il est à présager que la morbidité et la mortalité dépassent ces prédictions.

Par conséquent, l’augmentation de la consommation d’alcool observée depuis le début de la pandémie de Covid-19 a le potentiel d’aggraver l’état des patients souffrant déjà d’une fonction hépatique altérée et d’entraîner des dommages à long terme chez ceux qui ont augmenté leur consommation à un jeune âge. Cette étude souligne la nécessité de prendre des dispositions pour réduire autant que possible l’impact des changements de consommation d’alcool pendant la crise sanitaire.

Les autorités mettent en place des mesures pour limiter les dégâts

Des travaux publiés par l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques en mai 2021 mentionnent des mesures pour lutter contre la consommation nocive d’alcool pendant la crise sanitaire et prévenir la survenue des maladies connexes. Elles incluent :

  • Des moyens pour les services de Police afin de lutter contre la conduite en état d’ivresse ;
  • Le renforcement des soins Primaires à l’écoute des personnes souffrant d’alcoolisme ;
  • La réglementation de la Promotion d’alcool, notamment auprès des enfants ;
  • Des politiques de Prix visant principalement l’alcool bon marché.

L’ambition doit être grande puisqu’il est estimé qu’au cours des 30 prochaines années une consommation quotidienne d’un verre d’alcool par les femmes et d’un verre et demi par les hommes réduiront l’espérance de vie de 0,9 an par rapport à ce qu’elle pourrait être.

Alexia F., Docteure en Neurosciences

Sources
– Effects of Increased Alcohol Consumption During COVID-19 Pandemic on Alcohol-related Liver Disease: A Modeling Study. aasldpubs.onlinelibrary.wiley.com. Consulté le 19 janvier 2022.
– Alcool. santepubliquefrance.fr. Consulté le 19 janvier 2022.
– Tabac, Alcool : quel impact du confinement sur la consommation des Français ? santepubliquefrance.fr. Consulté le 19 janvier 2022.
– Effets du COVID-19 sur la consommation d’alcool et mesures prises pour prévenir la consommation nocive d’alcool. read.oecd-ilibrary.org. Consulté le 19 janvier 2022.

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