L’empathie trouve aussi ses origines dans notre génome

Mar 20, 2018 par

Comment notre aptitude à faire preuve d’empathie est inscrite dans nos gènes ? Ces gènes liés à l’empathie s’expriment-ils différemment chez les personnes souffrant de maladies psychiatriques ou chez les hommes et les femmes ? C’est en se posant toutes ces questions qu’une équipe internationale de généticiens, en partenariat avec une société privée, a analysé le poids du génome dans l’empathie sur plus de 46 000 participants. Retour sur cette étude qui pourrait trouver des applications thérapeutiques pour les personnes schizophrènes, dépressives ou souffrant de troubles du spectre autistique (TSA).

empathie gènes

10% des variations interindividuelles de l’empathie se trouve dans nos gènes

Pour réussir à trouver des réponses à leurs questions relatives à l’empathie, l’équipe de chercheurs de l’université de Cambridge, en coopération avec l’Institut Pasteur et l’université Paris Diderot, a travaillé avec la société 23andMe, une entreprise de biotechnologie américaine spécialisée dans les tests génétiques. Grâce à ce partenariat, les chercheurs ont réussi à avoir accès au génome de plus de 46 861 volontaires anonymes âgés en moyenne de 48 ans. Parmi eux, on distingue 24 543 femmes et 22 318 hommes.

À savoir ! l’empathie est la capacité de reconnaitre (on parlera d’empathie cognitive) et de répondre de manière appropriée (on parlera ici d’empathie affective) aux états mentaux d’autrui. C’est un processus psychologique important car il facilite les interactions sociales et permet de maintenir des relations avec les autres. Tout comme le QI, les spécialistes peuvent mesurer, selon une échelle établie, le Quotient Emotionnel ou QE d’un individu. Ce questionnaire utilisé dans cette étude a été mise au point par l’université de Cambridge dès 2004. Des études de neuroimagerie ont montré que l’amygdale et le cortex préfrontal ventromédian sont des régions cérébrales impliquées dans différents aspects de l’empathie.

À ce jour, aucune étude n’a étudié l’architecture génétique de l’empathie et ses liens avec des maladies caractérisées par un trouble de l’empathie.

En rapprochant les caractéristiques génétiques aux Quotient Emotionnel (QE) des 46 861 volontaires, les chercheurs se sont aperçus que les gènes expliquaient 10% des différences d’aptitudes empathiques entre les individus.

Selon Thomas Bourgeron, professeur en génétique et l’un des premiers auteurs de cette étude : « Il n’y a pas de gène unique de l’empathie, loin de là. Ce que l’on a montré, c’est que l’on avait des variants génétiques qui étaient plus fréquents chez des personnes avec empathie, et puis d’autres qui étaient plus fréquents chez des gens qui en avaient moins ».

Ainsi, les chercheurs montrent que l’empathie présente une héritabilité faible, autant chez l’homme que la femme, et que l’environnement et les expériences personnelles jouent un rôle prépondérant dans son expression.

Comme déjà observé dans des études précédentes, les femmes possèdent un QE supérieur aux hommes dû notamment à des facteurs hormonaux (ocytocine), éducatifs ou encore culturels.

Quand l’empathie est défaillante

Des études précédentes ont déjà montré que les personnes souffrant de schizophrénie sont plus aptes à reconnaitre le ressenti des autres (empathie cognitive) qu’à fournir une réponse adéquate, par la parole ou le comportement, face à cette identification des émotions de l’autre ( empathie affective).

On parlera souvent de « contagion de l’émotion » chez ces individus schizophrènes.

A contrario, les personnes souffrant d’autisme ont des difficultés à faire preuve d’empathie cognitive et sont, en revanche, à l’aise pour faire preuve d’empathie affective.

Pour comprendre l’implication de la génétique de l’empathie dans six troubles psychiatriques (autisme, anorexie mentale, troubles bipolaires, Troubles du Déficit de l’Attention avec ou sans hyperactivité, dépression, schizophrénie), les chercheurs ont réalisé des analyses statistiques reliant leurs caractéristiques génétiques à leur QE.

Finalement, ils ont montré que les personnes schizophrènes, autistes et anorexiques ont plus de risque, comparativement à la population ne présentant pas de troubles psychiques, de posséder des variants génétiques impliquées dans la modulation de leur empathie cognitive ou affective.

Ces résultats suggèrent que les variations génétiques associées à l’empathie jouent également un rôle dans la survenue de troubles psychiatriques.

« Découvrir que ne serait-ce qu’une fraction de nos différences en termes d’empathie relève de facteurs génétiques, nous aide à comprendre les individus comme les autistes, qui ont du mal à imaginer les sentiments et les émotions des autres. Cette difficulté à lire les émotions peut devenir aussi invalidante que n’importe quel autre handicap. La société que nous formons doit soutenir les personnes concernées grâce à des méthodes pédagogiques inédites, des alternatives ou des accommodements raisonnables favorisant leur intégration » souligne Simon Baron-Cohen, l’un des auteurs qui a supervisé cette étude, dans un communiqué de presse du CNRS.

Pour aller plus loin dans cette étude et développer, à terme, de nouvelles stratégies thérapeutiques, les chercheurs veulent identifier plus précisément l’ensemble des facteurs qui régissent 90% de nos facultés empathiques.

Julie P., Journaliste scientifique

– Genome-wide analyses of self-reported empathy: correlations with autism, schizophrenia, and anorexia nervosa. Translational Psychiatry V.Warrier et al. Consulté le 19 mars 2018.
– Les gènes jouent un rôle dans l’empathie. CNRS. Consulté le 19 mars 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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