Fonte musculaire liée à l’âge : découverte d’un lien insoupçonné avec le microbiote intestinal

Sep 28, 2019 par

À partir de la quarantaine, l’homme commence à perdre de la masse et de la force musculaire et autour de 60 ans, le processus s’accélère. Est-ce que la flore intestinale influence cette fonte musculaire ? C’est en se penchant sur cette question que des chercheurs internationaux ont trouvé un lien entre les microorganismes colonisant l’intestin et la bonne santé des muscles squelettiques. Retour sur cette découverte prometteuse.

Personne âgée en forme grâce à son microbiote intestinal malgré sa fonte musculaire

La flore intestinale : des microorganismes essentiels pour le développement musculaire

Pour mener à bien leur étude, une équipe internationale de chercheurs, dirigée par Sven Petterson de l’institut Karolinska de Stockholm et de l’université technologique Nanyang de Singapour, a élevé des souris dans un environnement parfaitement stérile afin qu’elles grandissent sans microbiote intestinal.

À savoir ! Le microbiote intestinal (ou la flore intestinale ou flore microbienne du tube digestif) est constitué par 10 12 à 10 14 micro-organismes, soit 2 à 10 fois plus que le nombre de cellules qui constituent notre corps. Ainsi, l’équivalent de deux kilogrammes de micro-organismes colonisent notre tube digestif.

Comparativement aux souris n’ayant pas évolué dans une atmosphère aseptisée, ces souris dites “germ-free” (sans germe) ont développé une atrophie musculaire. Leurs muscles squelettiques étaient plus faibles et produisaient moins d’énergie.

Pour aller plus loin, les chercheurs ont administré une flore intestinale à ces souris ayant grandi dans un environnement aseptisé et ils ont pu constater que leur masse et leur force musculaire ont augmenté. Ils ont également observé une restauration partielle de la croissance de leurs muscles squelettiques.

Des dysfonctionnements au niveau de la jonction-neuromusculaire et des mitochondries

En étudiant ce phénomène d’un point de vue biochimique, les chercheurs se sont aperçus que les souris “germ-free” avaient un taux de choline dans le sang très bas. Or, cette choline est indispensable pour synthétiser de l’acétylcholine, un neurotransmetteur nécessaire pour transmettre la commande de la contraction musculaire au niveau de la jonction neuro-musculaire qui relie le nerf au muscle.

À savoir ! La choline est un nutriment essentiel retrouvé dans les œufs, la viande (surtout les abats comme le foie) et le poisson. Elle est aussi fabriquée par l’organisme (origine endogène) à partir de la glycine, un acide aminé. Dans l’organisme, la choline est présente sous forme de phosphatidylcholine qui rentre dans la composition des membranes cellulaires et sous forme d’acétylcholine, un neurotransmetteur impliqué dans le système nerveux central (mémoire, apprentissage) et dans le système nerveux périphérique pour l’activité musculaire.

Par ailleurs, en observant l’activité des mitochondries musculaires, les centrales énergétiques des cellules synthétisant l’ATP, ils ont découvert que les souris dépourvues de flore intestinale en fabriquaient moins tout en utilisant qu’une partie de leur capacité.

De plus, la transplantation d’une flore intestinale chez ses souris sans germe augmentait l’activité des enzymes mitochondriales.

Finalement, ces investigations montrent que les micro-organismes de l’intestin sont indispensables pour assurer le fonctionnement de la croissance et le fonctionnement des muscles en agissant, par une ou des voies biochimiques encore non élucidées, sur la synthèse de molécule indispensable à la contraction musculaire.

Ces résultats renforcent les preuves de plus en plus évidentes selon lesquelles le microbe intestinal agit en tant que gardien essentiel de la santé humaine et du maintien de la masse musculaire” déclare Sven Pettersson.

Agir sur la flore intestinale pour ralentir la fonte musculaire

Après le métabolisme, l’immunité et les fonctions cérébrales, les chercheurs montrent désormais que le microbiote intestinal joue aussi un rôle clef dans le fonctionnement des muscles squelettiques.

Même si cette découverte n’est qu’à ses touts débuts, elle constitue un espoir pour pouvoir, demain, lutter contre la fonte de la masse musculaire ou sarcopénie en modulant l’activité de la flore intestinale. C’est également un espoir pour lutter contre la cachexie, un affaiblissement de l’organisme caractérisé par une perte de poids, une fatigue et une atrophie de la masse musculaire.

À savoir ! La sarcopénie (ou dystrophie musculaire) se caractérise par une dégénérescence de la masse, de la qualité et de la force musculaire. C’est l’une des premières causes de la perte progressive d’autonomie et du développement de pathologies liées à l’âge notamment l’ostéoporose. C’est également l’une des principales causes de la survenue de chutes et de fractures chez les personnes âgées.

On peut imaginer qu’une modification de la composition de la flore intestinale (par la prise de prébiotiques et/ou probiotiques ou par la transplantation fécale (greffe de selles)) pourrait rétablir un certain équilibre de la flore intestinale qui favoriserait la croissance et l’activation du muscle squelettique.

Une telle thérapie luttant contre une forme de dysbiose pourrait diminuer ou abolir la sarcopénie dans le cadre d’une hygiène de vie adaptée.

Aujourd’hui, d’autres investigations sont nécessaires pour identifier le lien qui relie microbiote intestinal, d’une part, et activité musculaire, d’autre part.

Des études sont également nécessaires pour comprendre quels types de microorganismes intestinaux sont impliqués, positivement ou négativement, dans ce processus de sarcopénie.

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Julie P., Journaliste scientifique

– Could gut microbes be the key to overcoming muscle loss in older age? Medical News Today. Consulté le 24 septembre 2019.
– The gut microbiota influences skeletal muscle mass and function in mice. Science Translational Medicine. S.Lahiri et al. Consulté le 24 septembre 2019.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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