Hyperphagie boulimique, une nouvelle preuve de l’importance de l’axe cerveau – intestin

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Rédigé par Estelle B. et publié le 30 janvier 2022

En France, entre 2,5 % et 3 % des adultes souffrent en France d’un trouble alimentaire compulsif particulier, appelé le binge-eating par les anglo-saxons et l’hyperphagie boulimique par les spécialistes. Récemment, des chercheurs français ont identifié une nouvelle voie de contrôle de l’appétit, qui pourrait expliquer le développement de ce trouble alimentaire. Explications.

Hyperphagie boulimique

Hyperphagie boulimique et régulation de l’appétit

L’hyperphagie boulimique, parfois appelée le binge-eating, est une forme atypique de boulimie. Elle se caractérise par des épisodes récurrents de boulimie, réunissant trois caractéristiques :

  • L’absence de comportement compensatoire à la prise excessive de nourriture (pas de vomissements provoqués, pas d’utilisation de laxatifs, pas de période de jeûne) ;
  • L’association fréquente avec des régimes alimentaires restrictifs et/ou des périodes d’activité physique intense ;
  • La survenue de ces troubles chez des adultes, généralement en surpoids ou obèses.

Beaucoup plus fréquent que l’anorexie mentale ou la boulimie, ce trouble alimentaire compulsif suscite la question de l’implication des voies de régulation de l’appétit. D’après les connaissances scientifiques, le cerveau régule la prise alimentaire par deux mécanismes supposés agir en parallèle :

  • La sensation de faim et de satiété déterminée par l’hypothalamus en fonction des besoins énergétiques et nutritionnels de l’organisme ;
  • Le plaisir de manger associé au circuit de la récompense dépendant de la libération de dopamine.

L’axe cerveau – intestin impliqué dans la régulation de l’appétit

Récemment, des chercheurs français ont identifié un autre centre de régulation de l’appétit, l’axe cerveau – intestin, et plus particulièrement le nerf vague. Ce nerf assure la communication neuronale entre le cerveau et les viscères abdominaux (foie, estomac, intestin, pancréas). Pour parvenir à cette découverte, les chercheurs ont utilisé un modèle animal, des souris, qui avaient le choix entre :

  • Leur nourriture habituelle, accessible à volonté quelle que soit l’heure ;
  • Une nourriture grasse et sucrée, susceptible d’activer le circuit de la récompense, accessible uniquement pendant une heure de la journée.

Progressivement, les souris délaissaient les croquettes pour la nourriture grasse et sucrée, tout en développant un trouble alimentaire compulsif comparable à l’hyperphagie boulimique. Au-delà de l’activation du circuit de la récompense, les chercheurs ont montré que l’ingestion de nourriture active le nerf vague et donc l’axe cerveau – intestin.

Une avancée thérapeutique majeure

En phase compulsive d’hyperphagie boulimique, les analyses effectuées sur les souris révèlent que le taux d’endocannabinoïdes périphériques, sécrétés par l’estomac et l’intestin, augmente. Cette augmentation inhibe le nerf vagal, induisant une réduction de la sensation de satiété et incitant donc les souris à manger encore davantage. En inhibant le récepteur de ces endocannabinoïdes par des antagonistes spécifiques, le nerf vague est activé, entraînant une sensation de satiété et donc un arrêt du comportement alimentaire compulsif.

L’hyperphagie boulimique pourrait ainsi s’expliquer par un cercle vicieux impliquant le circuit de la récompense (sous la dépendance du cerveau et de la dopamine) et l’axe cerveau – intestin par les endocannabinoïdes agissant sur le nerf vague. En inhibant de manière ciblée l’axe cerveau – intestin, les scientifiques français espèrent pouvoir agir efficacement sur les troubles alimentaires compulsifs, sans provoquer d’effets secondaires gênants sur le cerveau. De telles thérapeutiques pourraient également avoir un intérêt majeur pour réduire le risque des maladies secondaires aux troubles alimentaires, comme le diabète ou l’obésité.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources
– Binge-eating : rétablir le dialogue entre l’intestin et le cerveau. CNRS. cnrs.fr. Consulté le 27 janvier 2022.
– Identification of an endocannabinoid gut-brain vagal mechanism controlling food reward and energy homeostasis. nature.com. Consulté le 27 janvier 2022.

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