Qu’en est-il vraiment de l’hypersensibilité électromagnétique ?

May 27, 2018 par

Partout se multiplient les sources de champs électromagnétiques, aussi bien dans les environnements intérieurs qu’extérieurs. Souvent synonymes de progrès, ils suscitent néanmoins des interrogations quant à leur innocuité sur la santé. L’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (ANSES) vient dans ce contexte d’émettre un avis sur l’hypersensibilité électromagnétique, un trouble causé par les champs électromagnétiques.

Antennes responsables d'hypersensibilité électromagnétique

Qu’est-ce que l’hypersensibilité électromagnétique ?

L’hypersensibilité électromagnétique, encore appelée l’intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques, se définit selon l’Organisation Mondiale de la Santé grâce aux critères suivants :

  • La perception de symptômes non spécifiques, comme des troubles du sommeil, des maux de tête ou une éruption cutanée ;
  • L’absence d’éléments diagnostiques capables d’expliquer ces symptômes ;
  • L’attribution de ces symptômes à une exposition aux champs électromagnétiques de toutes sortes.

Les champs électromagnétiques sont présents partout dans l’environnement :

  • D’origine naturelle, comme le champ magnétique terrestre ou le champ électromagnétique généré lors des orages ;
  • D’origine humaine :
    • A proximité de toutes les installations électriques ;
    • Les antennes de télévision ;
    • Les antennes relais de téléphonie mobile ;
    • Les réseaux wifi ;
    • etc.

Les preuves de l’existence de cette hypersensibilité

Actuellement, il est pratiquement impossible de diagnostiquer de manière certaine l’hypersensibilité électromagnétique, faute de moyens diagnostiques spécifiques. Selon les études, l’incidence de ce trouble varierait de 1,2 à 8,8 % de la population.

De nombreuses études ont été menées pour tenter de démontrer l’existence de l’hypersensibilité électromagnétique. Mais leurs résultats ont été le plus souvent contradictoires et peu contributifs. Quelques études ont néanmoins mis en évidence des modifications de l’activité électrique cérébrale à l’électroencéphalogramme, en présence d’un champ magnétique.

Jusque-là, aucune des hypothèses avancées par les scientifiques pour expliquer les symptômes attribués à l’hypersensibilité électromagnétique n’a pu être étayée par une étude. Pour mieux cerner ce trouble, un groupe d’experts de l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail) a mené un travail d’analyses sur l’ensemble des données publiées entre 2009 et 2016. Au terme de leurs travaux et après consultation de nombreux spécialistes de différents domaines, un rapport finalisé a été publié en décembre 2017.

D’après les experts, l’hypersensibilité électromagnétique toucherait préférentiellement des personnes présentant un terrain particulier :

  • Un terrain migraineux ;
  • Des troubles du cycle veille-sommeil ou du rythme circadien ;
  • Une hypersensibilité ou une intolérance à d’autres facteurs, comme les odeurs par exemple ;
  • D’autres troubles comme la fibromyalgie ou les acouphènes idiopathiques (sans origine connue).
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L’ANSES émet quelques recommandations

Même s’il reste encore impossible d’attester cliniquement de l’existence de l’hypersensibilité électromagnétique, ce trouble nécessite une prise en charge adaptée de la part du corps médical. Le comité d’experts de l’ANSES souhaite ainsi la création d’un guide de bonnes pratiques de prise en charge des personnes se déclarant hypersensibles au niveau électromagnétique, notamment en milieu professionnel.

De l’analyse de l’ensemble des études sur le sujet, l’ANSES déduit plusieurs recommandations qui ont été transmises à la Haute Autorité de Santé :

  • La poursuite des efforts de recherche sur ce domaine ;
  • L’intensification des recherches sur les migraines, les troubles du sommeil et l’hypersensibilité en général ;
  • Une prise en compte des conséquences d’un abaissement des niveaux d’exposition aux champs électromagnétiques ;
  • L’étude du lien éventuel entre l’augmentation du nombre d’antennes et l’hypersensibilité électromagnétique ;
  • L’étude du bénéfice potentiel de la création de zones blanches, dépourvues de champs électromagnétiques d’origine humaine.

Pour l’heure, du chemin reste encore à parcourir pour démontrer l’existence et comprendre l’hypersensibilité électromagnétique. Mais d’ores et déjà, il est capital de reconnaître la souffrance et les douleurs exprimées par les personnes se déclarant atteintes de ce trouble. Un aspect qui nécessite une formation particulière et l’implication de tous les acteurs de santé.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Hypersensibilité électromagnétique ou intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques. Avis de l’Anses. Rapport d’expertise collective. ANSES. Mars 2018.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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