Ne jetez plus vos lentilles de contact dans le lavabo ou les toilettes !

Sep 5, 2018 par

Confort, esthétisme, praticité… les raisons de choisir des lentilles de contact souples et jetables à la place des lunettes de vue sont nombreuses. Mais, une fois utilisées, comment se débarrasser efficacement de ces lentilles de contact ? Deux études récentes présentée lors d’un congrès de l’American Chemical Society (société américaine de chimie) viennent tirer la sonnette d’alarme sur les dommages environnementaux que provoquent les lentilles de contact. Retour sur les résultats.

une femme entrain de mettre ses lentilles de contact

Un suivi à la loupe du devenir des lentilles de contact

L’étude menée par des chercheurs de l’université d’Etat d’Arizona a porté sur 400 personnes portant des lentilles de contact souples. Bilan ? 20 % d’entre eux jettent leurs matériels optiques dans les lavabos ou toilettes.

À savoir ! Les lentilles souples sont en hydrogel plastique (silicone) avec une perméabilité à l’oxygène élevée. Elles sont remplacées et éliminées soit quotidiennement (lentilles journalières), mensuellement (lentilles à renouvellement fréquent) ou annuellement (lentilles souples traditionnelles). Ces lentilles peuvent corriger tous les types de défauts visuels (myopie, hypermétropie, astigmatisme et presbytie). Cependant, pour les anomalies importantes, la lentille souple est moins compétente, et il faut opter pour la lentille dure.

En extrapolant leurs résultats aux 45 millions de personnes portant des lentilles aux Etats- Unis, il y aurait 9 millions de personnes qui se débarrassent de leurs lentilles dans les toilettes ou le lavabo de la salle de bain.

Après cette enquête statistique, les chercheurs ont voulu connaitre le parcours des lentilles de contact une fois jeté dans les circuits des eaux usées.

Malheureusement, les lentilles souples se fragmentent ou se déforment et elles réussissent ainsi à passer facilement à travers les filtres des stations d’épuration.

Finalement, elles se retrouvent dans l’environnement et notamment, dans les eaux de surface comme les océans, les cours d’eau et les lacs.

Globalement, c’est près de 23 tonnes de lentilles de contact qui se retrouvent dans la nature américaine chaque année. Leur dégradation plus ou moins rapide les amène à se transformer en microparticules de plastique.

À savoir ! Une étude réalisée en 2015 a révélé qu’il y avait plus de 270 000 tonnes de microplastiques dans les océans. Ces minuscules morceaux de plastique (taille inférieure à 5 millimètres) provenant de nombreuses sources (déchets ménagers et industriels, produits cosmétiques, rejets de déchets plastiques en mer) ont été repérés dans les océans et dans d’autres étendues d’eau, où ils peuvent être ingérés par les poissons, les oiseaux, les coraux et d’autres animaux. Les fragments peuvent transporter des charges élevées de polluants (métaux lourds) et des espèces invasives. Ces plastiques microscopiques peuvent jouer le rôle de perturbateur endocrinien et nuire à la reproduction. On parle désormais de « platisphère » pour nommer ce « continent de plastique » dispersé dans les océans du monde.

Des lentilles réfractaires aux traitements des eaux usées

Ensuite, pour aller plus loin, l’équipe a immergé des lentilles de contact dans des bioréacteurs contenant des bactéries utilisées dans les stations de traitement d’eaux usées pour décomposer les déchets biologiques. Après 7 jours de traitement, les lentilles semblaient intactes.

Ensuite, les spécialistes ont montré que les traitements physiques pouvaient briser les lentilles en petits fragments les rendant alors encore plus indétectable quand ils sont relargués dans l’environnement.

Les résultats de l’étude suggèrent que les lentilles de contact jetables sont des contaminants qui polluent l’environnement aquatique mais aussi terrestre par les débordements d’égouts sanitaires et l’application de boues municipales traitées (épandages) sur les sols.

Mieux informer les consommateurs et responsabiliser les entreprises du secteur

Les dispositifs médicaux sont loin d’être biodégradables et les chercheurs recommandent aux entreprises les commercialisant de mieux informer leurs utilisateurs.

Comme l’a souligné le Dr Halden, participant à cette étude, dans les colonnes du New York Times « Ce sont des dispositifs médicaux et il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’ils soient biodégradables. Nous espérons que cette recherche va pouvoir amorcer un dialogue avec les producteurs de lentilles de contact et qu’il sera possible de travailler avec eux pour mieux prendre soin du flux de matériel ».

L’un des objectifs sera de mentionner sur les emballages des consignes sur la bonne façon de disposer des lentilles usagées.

Comme les lentilles de contact, d’autres produits ne devraient pas se retrouver au fond des toilettes : serviettes hygiéniques et tampons, coton-tige, fil dentaire, médicaments, litière pour chat, préservatif, etc.

Julie P., Journaliste scientifique

– Before You Flush Your Contact Lenses, You Might Want to Know This. New York Times. V. Greenwood. Consulté le 3 septembre 2018.
– Environnement : le fléau des lentilles de contact jetables. Le Point. Consulté le 3 septembre 2018.
– POLY 59: Chemical and physical changes in a variety of contact lenses during the wastewater treatment processes. ACS. Consulté le 3 septembre 2018.
Alexana A.
Journaliste scientifique spécialisée en biotechnologie.
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