Cancers de la bouche


Rédigé par Estelle B. et publié le 11 septembre 2018

cancers de la bouche amibiaseLes cancers de la bouche, et plus largement les cancers des voies aérodigestives supérieures, touchent particulièrement les consommateurs d’alcool et de tabac. Leurs symptômes peuvent être très divers, ce qui complique leur dépistage. Souvent diagnostiqués trop tardivement, leur prise en charge repose essentiellement sur la chirurgie et la radiothérapie. La suppression de l’alcoolisme et du tabagisme sont les principaux moyens pour prévenir le développement de ces tumeurs.

Cancers des voies aérodigestives supérieures et cancers de la bouche

Les cancers de la bouche appartiennent aux cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS), encore appelés les cancers de la sphère ORL ou les cancers de la tête et du cou, qui peuvent concerner les lèvres et la bouche mais aussi le pharynx et le larynx, les fosses nasales, la trachée et même les cavités de l’oreille moyenne et les sinus

Développement du cancer à différents niveaux de la cavité buccale

Le cancer de la gorge peut se développer au plancher de la bouche, au lèvres, à la langue et au palais mais aussi aux amygdales, aux joues et également aux gencives.

Dans la majorité des cas, ces cancers sont des carcinomes épidermoïdes, c’est-à-dire des tumeurs qui se développent à partir des cellules des tissus de revêtement des organes (les épithéliums). D’autres types de tumeurs, comme le carcinome verruqueux, le mélanome malin et le sarcome de Kaposi, sont moins fréquents.

Causes et épidémiologie des cancers de la bouche

Les cancers de la bouche représentent chaque année en France plus de 10 000 nouveaux cas. Les hommes sont trois fois plus touchés que les femmes, même si les femmes sont de plus en plus concernées par ces cancers.

Les facteurs de risque connus des cancers de la bouche sont les suivants :

  • Principalement la consommation chronique ou importante d’alcool;
  • Egalement le tabac, sous toutes ses formes (cigarettes, cigares, pipes, tabac à chiquer, bétel à mâcher, tabac à priser) ;
  • L’association alcool-tabac à l’origine du risque le plus élevé de cancer de la bouche ;
  • Des infections par les papillomavirus humains ;
  • L’âge, l’incidence de ces cancers augmentant avec l’âge ;
  • Certains problèmes bucco-dentaires chroniques ou mal soignés, comme des dents ébréchées aux bords tranchants, des obturations dentaires, des cavités ou prothèses dentaires mal adaptées ou encore une mauvaise hygiène bucco-dentaire ;
  • Des radiographies fréquentes dans la région de la tête et du cou ;
  • Une candidose chronique (infection par un champignon microscopique) ;
  • Une forte exposition au soleil dans le cas des tumeurs touchant les lèvres.

Les signes cliniques et le pronostic

Le plus souvent, les premiers signes des cancers de la bouche passent inaperçus, car les patients ne se plaignent d’aucune douleur pendant une longue période. Ces tumeurs peuvent se manifester sous différentes formes, telles que :

  • Des plaies ouvertes ;
  • Des excroissances, des ulcérations ;
  • Des tâches planes ou légèrement en relief ;
  • Des lésions molles ou au contraire très dures ;
  • Des zones décolorées (blanches) ou au contraire rouges ou brunes dans une région de la bouche.

Les symptômes des cancers de la bouche sont par ailleurs variables selon la localisation de la tumeur. Après une longue phase indolore, les premiers signes douloureux entraînent progressivement :

  • Une gêne à la déglutition, faisant penser à un mal de gorge ;
  • Des difficultés pour parler ;
  • Des problèmes pour s’alimenter pouvant entraîner une perte de poids et une dénutrition.

Le pronostic des cancers de la bouche dépend de plusieurs critères :

  • La localisation de la tumeur ;
  • Le stade de la tumeur et son éventuelle extension à d’autres organes (métastases) ;
  • Son origine.

Le dépistage et la prévention des cancers de la bouche

Actuellement, plus de deux cancers de la bouche sur trois sont diagnostiqués trop tardivement avec un pronostic moins favorable. La grande variabilité des symptômes est en partie responsable de cette difficulté de dépistage.

Le dépistage précoce des cancers de la bouche est nécessaire pour optimiser l’efficacité des traitements et ainsi augmenter les chances de guérison. Les médecins traitants et les chirurgiens-dentistes sont amenés à jouer un rôle crucial dans ce dépistage car les patients détectent rarement eux-mêmes les premières lésions cancéreuses, qui sont généralement indolores.

Une surveillance accrue est conseillée chez les personnes présentant les facteurs de risque suivants :

  • Une consommation régulière d’alcool et ne consommation régulière de tabac;
  • Une consommation régulière de cannabis ainsi que la consommation d’autres substances, comme la chique de bétel.

D’une manière générale, tout symptôme inhabituel persistant depuis plus de 10 jours doit amener à consulter un médecin pour déterminer la nature du problème et en rechercher la cause.

Au-delà du dépistage, des mesures de prévention peuvent être recommandées pour réduire le risque de développer un cancer de la bouche, notamment d’éviter toute consommation excessive de tabac et d’alcool et d’adopter une bonne hygiène bucco-dentaire ainsi que la consultation régulièrement un chirurgien-dentiste. Se protéger correctement du soleil et se vacciner contre les infections à papillomavirus humains est également recommandé.

Le diagnostic et traitements des cancers de la bouche

Pour poser le diagnostic d’un cancer de la bouche, le médecin prescrit un certain nombre d’examens médicaux, lorsqu’il détecte une lésion buccale suspecte. En premier lieux, un examen minutieux de la cavité buccale grâce à un miroir et/ou à un tube de visualisation flexible (endoscope) puis des biopsies des lésions buccales pour identifier la nature de la tumeur et ensuite des examens d’imagerie (scanner, IRM (Imagerie par Résonance Magnétique)) afin de déterminer la taille de la tumeur, le stade du cancer et son éventuelle propagation.

Les cancers de la bouche peuvent s’étendre à d’autres organes, comme les ganglions lymphatiques du cou, le larynx, les poumons et l’œsophage.

Prise en charge des cancers aérodigestives supérieures

La stratégie thérapeutique mise en place dans les cancers de la bouche dépend de plusieurs critères :

  • La partie de la bouche concernée ;
  • La localisation précise de la tumeur ;
  • Les caractéristiques histologiques de la tumeur ;
  • Le stade de la tumeur et l’existence éventuelle de métastases.

La prise en charge des cancers de la bouche est pluridisciplinaire et repose principalement sur trois traitements. Tout d’abord la chirurgie pour retirer la tumeur, traitement de première intention et parfois unique traitement dans les cancers de la bouche. Ensuite la radiothérapie si la chirurgie ne permet pas de retirer l’intégralité de la tumeur et  la prise de médicaments anticancéreux, uniquement dans les stades avancés de cancers de la bouche. Et pour finir la chimiothérapie ainsi que des thérapies ciblées, comme l’immunothérapie en plein essor dans cette indication.

La chirurgie

Elle consiste à retirer la tumeur de la bouche, et parfois les ganglions lymphatiques sous et derrière la mâchoire et le long du cou. Ce type d’interventions peut entraîner des conséquences importantes sur l’apparence physique du patient. Des interventions de chirurgie reconstructrice peuvent alors être envisagées dans un second temps.

La radiothérapie

La radiothérapie est à l’origine d’effets secondaires importants. En particulier une destruction des glandes salivaires provoquant une sécheresse buccale chronique associée à des problèmes dentaires (caries) ainsi qu’une ostéoradionécrose (destruction des tissus osseux impactés par les rayonnements des séances de radiothérapie) qui peut être prévenue par des soins dentaires spécifiques.

Parallèlement à ces traitements destinés à combattre le cancer, la prise en charge globale peut comporter de multiples aspects, comme un soutien psychologique et un accompagnement social afin d”effectuer toutes les démarches administratives et les demandes d’aides spécifiques. Mise en place d’un suivi nutritionnel pour limiter le risque de dénutrition ainsi qu’une prise en charge orthophonique pour rééduquer la voix et réduire les troubles de la déglutition et un suivi dentaire renforcé. Mais aussi une aide au sevrage tabagique et au sevrage alcoolique.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– La prise en charge du cancer des voies aéro-digestives supérieures. Guide patient. HAS. Septembre 2010.
– Les traitements des cancers des voies aérodigestives supérieures. Cancer Info. Décembre 2012.
– Cancers des voies aérodigestives supérieures. Institut National du Cancer. Consulté le 4 septembre 2018.
– Dépistage des cancers de la bouche : points clés. Institut National du Cancer. Consulté le 4 septembre 2018.
– Cancer de la bouche et de la gorge. Bradley, A. et al. Manuel MSD. Consulté le 4 septembre 2018.