vaisseau sanguin

La myélofibrose est une maladie rare affectant les cellules de la moelle osseuse. Elle est caractérisée par un envahissement de la moelle par un tissu fibreux, l’empêchant alors de produire des cellules sanguines. Il en résulte une anémie grave, de la fatigue et une hypertrophie de la rate et du foie. Cette maladie peut survenir seule, on parle de myélofibrose primitive, ou en lien avec une autre pathologie, on parle de myélofibrose secondaire. Le diagnostic d’une myélofibrose nécessite diverses analyses : sanguines, génétiques et de la moelle osseuse. La greffe de moelle osseuse est le seul traitement permettant de guérir le patient.

Définition et symptômes

Qu’est-ce qu’une myélofibrose ?

dessin d'une femme qui est troublée

Une myélofibrose est une pathologie rare caractérisée par un remplacement des cellules souches sanguines présentes dans la moelle osseuse par du tissu fibreux. Elle se traduit par la production de globules rouges anormaux, une anémie et une augmentation du volume de la rate.

Normalement, la moelle osseuse contient des cellules, appelée fibroblastes, qui produisent un tissu fibreux contenant les précurseurs, appelés cellules

souches, des cellules sanguines. Chez les patients atteints de myélofibrose, les fibroblastes produisent en excès le tissu fibreux qui finit par remplacer les cellules souches. La production de globule diminue, et une anémie se développe.


À savoir ! L’anémie est une pathologie fréquente décrite comme étant un état survenant lorsque les globules rouges n’apportent plus suffisamment d’oxygène aux tissus. Elle peut être centrale (production insuffisante dans la moelle osseuse) ou périphérique (perte importante de sang ou une destruction anormale des globules rouges).

Par ailleurs, beaucoup des globules rouges des patients sont immatures ou anormaux. Des globules blancs et des plaquettes immatures peuvent aussi être présents dans le sang. Souvent, lorsque la maladie évolue, le nombre de globules blancs peut être augmenté ou diminué, en revanche, les plaquettes sont quasi systématiquement diminuées. On parle de thrombocytopénie.

Une myélofibrose peut être primitive (autrement dit isolée) ou secondaire à un autre trouble.

La myélofibrose primitive se développe spontanément, le plus souvent chez des individus  de sexe masculin âgés de 50 à 70 ans. A l’origine de ce trouble, diverses mutations génétiques ont été identifiées. Près de la moitié des patients présentent une mutation sur le gène JAK2 qui contrôle certaines enzymes impliquées dans la croissance cellulaire et la réponse immunitaire. D’autres sont porteurs d’une mutation au niveau du gène CALR impliqué dans la fabrication de protéines nécessaires au bon fonctionnement cellulaire ou au niveau du gène MPL essentiel à la croissance cellulaire.

La myélofibrose secondaire survient en lien avec une autre pathologie, comme :

  • Un myélome multiple ;
  • Un lymphome ;
  • Une leucémie myéloïde chronique ;
  • Une polyglobulie essentielle ;
  • La tuberculose  ;
  • L’hypertension pulmonaire ;
  • Un lupus érythémateux systémique ;
  • Des métastases osseuses ;
  • Une infection par le VIH.

Quels symptômes ?

Pendant plusieurs années, la myélofibrose est asymptomatique. Chez certains patients, la maladie peut rapidement être à l’origine d’une anémie, d’une thrombocytopénie (abaissement des plaquettes) ou d’une leucémie.

L’anémie finit par s’aggraver et engendrer de la fatigue, une perte de poids et une sensation de malaise ou de faiblesse. De la fièvre et des sueurs nocturnes peuvent être associés.

Lorsque le taux de globules blancs est abaissé, le patient est exposé à un risque important d’infections. La diminution du nombre de plaquettes expose à des risques de saignement.

Le volume du foie et de la rate augmente lorsque ces organes tentent de prendre le relai de la production des cellules sanguines. L’hypertrophie du foie et de la rate est responsable d’une douleur abdominale, d’une hypertension portale (élévation de la tension artérielle dans certaines veines) et des varices œsophagiennes.

A noter ! Les patients souffrant d’une myélofibrose secondaire présentent en plus les symptômes de la pathologie associée.

La myélofibrose maligne ou aiguë est un type rare de myélofibrose qui se traduit par une diminution du nombre de globules rouges, de globules blancs et de plaquettes. Cette pathologie est considérée comme étant un type de leucémie aiguë.

Diagnostic et traitement

Quel diagnostic ?

Une myélofibrose est évoquée en présence des symptômes caractéristiques de la maladie, notamment d’une anémie, et de globules rouges anormaux et immatures observés dans un échantillon de sang au microscope.

Une biopsie (prélèvement d’un échantillon de tissu pour l’analyser au microscope) de la moelle osseuse est nécessaire pour confirmer le diagnostic. Divers tests sont menés afin d’identifier des anomalies au niveau des gènes JAK2, CALR ou MPL.

Des examens complémentaires sont parfois nécessaires pour déterminer la présence d’une autre pathologie associée.

Près de la moitié des patients atteints de myélofibrose primitive survivent plus de 5 ans. A noter cependant que la durée de survie peut beaucoup varier d’un patient à un autre. En effet, la maladie étant d’évolution généralement lente, l’espérance de vie est généralement de 10 ans ou plus.

Concernant la myélofibrose secondaire, le pronostic dépend essentiellement du trouble sous-jacent. Par exemple, lorsque la myélofibrose se manifeste après une polyglobulie essentielle ou une thrombocytopénie, le pronostic est souvent défavorable.

Quel traitement ?

Le traitement de la myélofibrose vise à retarder la progression de la maladie et à limiter les complications. Seule la greffe de cellules souches permet de guérir les patients.

La greffe de cellules souches (ou de moelle osseuse) peut être proposée aux individus présentant un risque important de développer une myélofibrose primitive. C’est le seul traitement permettant d’obtenir la guérison, cependant les risques associés ne sont pas négligeables. Ce type de thérapeutique est plutôt recommandé aux patients jeunes disposant d’un donneur compatible et qui n’ont pas d’autres problèmes de santé.

Le ruxolitinib qui cible la mutation du gène JAK2 est généralement le traitement de première intention. Il est, par ailleurs, également efficace sur les deux autres mutations. Il permet d’obtenir une réduction de la rate, de contrôler les symptômes et d’augmenter la survie du patient.

Le fait de réduire la taille de la rate permet de soulager les symptômes du patient. Outre le ruxolitinib, les médecins peuvent aussi prescrire l’hydroxyurée (chimiothérapie, mais peut aggraver l’anémie et la thrombocytopénie) ou de la radiothérapie (effet temporaire avec un risque de diminution des globules blancs et donc d’infections).

Plus rarement, lorsque la rate est trop volumineuse et douloureuse, l’équipe médicale peut décider de la retirer chirurgicalement. Cette mesure n’est cependant réalisée qu’en dernière intention à cause des risques (infections, formation de caillots sanguins, transfert de la production au foie) après avoir tenté d’autres thérapeutiques.

L’association du danazol (hormone sexuelle masculine) à la prednisone peut permettre d’atténuer temporairement la gravité de l’anémie chez environ 1 tiers des patients. L’utilisation d’une autre hormone, l’érythropoïétine, peut aussi être utilisée pour stimuler la production de globules rouges afin d’améliorer l’anémie. Elle provoque cependant une augmentation du volume de la rate. En cas d’anémie sévère, des transfusions de globules rouges peuvent être nécessaires.

Charline D., Docteur en pharmacie

Sources

– Myélofibrose. Le manuel MSD – Version pour le grand public. Consulté le 28 septembre 2020.
– Myélofibrose : un cancer rare de la moelle osseuse. Concilio. Consulté le 28 septembre 2020.