Une nouvelle variante de polio aux USA

Oct 26, 2016 par

Une maladie faisant étrangement penser à la poliomyélite touche des enfants américains pour la troisième année consécutive. D’où vient cette nouvelle maladie ?

Enfant atteint de polio

Qu’est-ce que la poliomyélite ?

La poliomyélite – polio en langage courant – est une maladie très contagieuse due à l’infection par un virus, le poliovirus. La maladie se transmet par contact buccal avec des aliments ou des objets souillés par des selles. L’hygiène des mains est une mesure de prévention capitale contre la transmission du virus. Le virus envahit rapidement le système nerveux provoquant des paralysies irréversibles voire la mort par paralysie des muscles respiratoires (5 à 10 % des cas). Depuis les années 60, deux vaccins permettent de prévenir cette maladie et l’OMS gère depuis 1998 un programme mondial d’éradication de la polio. Avant l’apparition du vaccin, la poliomyélite touchait plus de 600 000 enfants dans le monde chaque année. En France, la vaccination contre la poliomyélite fait partie des vaccinations obligatoires chez les nourrissons. Grâce au vaccin, la polio est quasiment éradiquée dans les pays occidentaux, seuls quelques cas d’importation subsistent encore.

Apparition d’une maladie proche de la polio

Depuis quelques années, des américains, et plus particulièrement des enfants, sont affectés par une maladie inconnue dont les symptômes ressemblent curieusement à ceux de la polio éradiquée aux USA depuis 1979. En 2014, 120 personnes ont été touchées dans 34 états, en 2015, 21 personnes dans 16 états et en 2016, déjà 50 personnes concernées dans 24 états en moins de 8 mois.

Dès l’automne 2012, une vingtaine d’enfants californiens ont présenté des paralysies des membres similaires à celles observées dans la poliomyélite. Dans la plupart des cas, une infection respiratoire bénigne avait précédé ces symptômes.

À l’image de la polio, cette maladie inconnue touche le système nerveux notamment la moelle épinière. Des lésions de la moelle épinière ont ainsi été détectées lors des examens IRM (imagerie par résonance magnétique). Les tests de dépistage de la poliomyélite se sont avérés négatifs et les enfants étaient tous vaccinés contre cette maladie.

Les symptômes des patients comportent une faiblesse des membres (diminution du tonus musculaire et perte des réflexes), un affaissement du visage ainsi que des difficultés de déglutition et d’élocution>. L’importance de la paralysie varie considérablement d’un patient à l’autre, certains perdent l’usage d’un seul muscle, d’autres deviennent soudainement tétraplégiques. À ce jour, aucune thérapie ne permet de guérir efficacement cette maladie.

Un entérovirus soupçonné

Différentes hypothèses ont été testées pour déterminer l’origine possible de la maladie, des toxines de l’environnement, des désordres génétiques, un syndrome de Guillain-Barré, mais celle qui a retenu l’attention des spécialistes est une origine virale à ce nouveau mal.

Selon les spécialistes, cette nouvelle maladie proche de la polio serait d’origine virale. Restait à trouver le virus responsable. Les études ont permis d’éliminer plusieurs virus : le virus West Nile, le virus de l’encéphalite japonaise, le virus de l’encéphalite de Saint Louis et le virus Zika. Les soupçons se sont alors portés sur un entérovirus, l’entérovirus D68, proche du poliovirus responsable de la poliomyélite.

À savoir ! Les entérovirus constituent un grand groupe de virus répartis partout dans le monde. Ils provoquent souvent des épidémies en été et en automne. Ils infectent initialement l’appareil digestif, mais ils peuvent aussi se disséminer dans d’autres endroits de l’organisme. Le plus souvent, l’infection par les entérovirus n’engendre aucun symptôme ou des symptômes bénins (fièvre, rhinopharyngite, diarrhée, conjonctivite, éruption cutanée). Parmi les maladies courantes dues à des entérovirus, on peut noter le syndrome pied-main-bouche, l’herpangine et des méningites virales (1ère cause de méningite virale chez l’enfant et l’adulte).

L’entérovirus D68 est connu depuis plusieurs années et décrit comme responsable de maladies respiratoires généralement bénignes. En 2014, les premiers cas californiens de la maladie sont survenus au cours d’une épidémie d’infections par l’entérovirus D68. Cet entérovirus a d’ailleurs été détecté dans les sécrétions nasales de certains patients, mais jamais dans le liquide céphalo-rachidien dans lequel baigne la moelle épinière. Le lien de causalité entre l’infection par l’entérovirus et les paralysies reste donc à démontrer formellement.

Et en France ?

Les entérovirus sont des virus très présents dans de nombreux pays. Si les USA sont touchés, qu’en est-il de la France ? En 2014, un seul cas a été signalé et en 2015 aucun cas. En 2016, les spécialistes notent une recrudescence d’atteintes neurologiques associées à des infections par des entérovirus.

Pour mieux surveiller l’évolution de cette nouvelle maladie, les autorités de santé française ont mis en place un système de signalement des cas de paralysies et d’atteintes neurologiques sévères. Lors de la survenue d’un nouveau cas, différents examens médicaux sont obligatoirement prescrits pour rechercher l’origine de la maladie (analyse des selles et des sécrétions nasales, recherche de virus dans le liquide céphalo-rachidien).

Les investigations complémentaires en cours aux USA et en France sont indispensables pour identifier avec certitude l’origine de cette nouvelle maladie, afin de pouvoir mettre au point un traitement adapté voire un vaccin.

Estelle B., Docteur en Pharmacie


– ContagionLive. Enterovirus Associated with “Poliolike Syndrome” in Pediatric Patients. 25 juillet 2016.
– Aliabadi N, Messacar K, Pastula DM, et al. Enterovirus D68 infection in children with acute flaccid myelitis, Colorado, USA, 2014. Emerg Infect Dis. 2016 Aug. DOI: 10.3201/eid2208.151949.
– Le Quotidien du médecin. La recrudescence du mystérieux syndrome « poliolike » inquiète aux ÉtatsUnis, la France n’est pas épargnée.
10 octobre 2016.
Medscape. Syndrome Cases on the Rise in US. 5 octobre 2016.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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