autres trisomies

La trisomie 21 représente l’anomalie chromosomique la plus fréquente. Mais d’autres trisomies sont décrites et affectent différentes paires de chromosomes, sexuels ou non. En fonction des chromosomes concernés par l’anomalie chromosomique, les conséquences physiques et physiologiques sont variables.

Anomalies chromosomiques et trisomies

Les anomalies chromosomiques constituent un accident fréquent dans le développement de l’embryon et du fœtus et seraient responsables de près de la moitié des fausses couches spontanées survenant durant le premier trimestre de la grossesse.

Ces anomalies chromosomiques se divisent en deux principales catégories :

  • Les anomalies de nombre des chromosomes ;
  • Les anomalies de structure des chromosomes.

Elles résultent dans la grande majorité des cas d’accidents survenant au moment de la formation des gamètes (ovules et spermatozoïdes).

Dans les conditions normales, le caryotype (ensemble des chromosomes du noyau d’une cellule) comporte 23 paires de chromosomes, 22 paires de chromosomes et une paire de chromosomes sexuels (XX chez les filles, XY chez les garçons).

Une trisomie correspond à la présence d’un chromosome supplémentaire au niveau d’une paire de chromosomes. A l’inverse, la monosomie désigne la perte d’un des deux chromosomes d’une paire. Toutes les paires de chromosomes peuvent être concernées par une monosomie ou une trisomie, mais un nombre important de ces anomalies chromosomiques est létal et entraîne un avortement spontané au cours de la grossesse.

A la naissance, les trisomies les plus fréquemment observées sont :

  • La trisomie 8 en mosaïque (le terme mosaïque indique que toutes les cellules de l’organisme ne sont pas affectées par la trisomie, mais seulement une partie d’entre elles) ou syndrome de Warkany ;
  • La trisomie 13 ou syndrome de Patau ;
  • La trisomie 18 ou syndrome d’Edwards ;
  • La trisomie 21 ou syndrome de Down ;
  • Les trisomies des chromosomes sexuels avec plusieurs variantes possibles :
    • La trisomie X ou syndrome triple X (XXX) ;
    • Le syndrome de Klinefelter (XXY) ;
    • Le syndrome de Jacob (XYY).

Dépistage et diagnostic des trisomies

Le dépistage prénatal des trisomies, autres que la trisomie 21, repose sur la réalisation d’un caryotype fœtal sur un prélèvement effectué selon deux modalités :

  • Une choriocentèse ou biopsie du trophoblaste entre 13 et 15 semaines de grossesse (prélèvement des villosités choriales (tissu précurseur du placenta)) ;
  • Une amniocentèse à partir de 15 semaines de grossesse (prélèvement de liquide amniotique).

La réalisation du caryotype fœtal permet d’établir avec certitude l’existence ou l’absence de trisomie. Cependant, bien que courants, ces examens peuvent provoquer des complications, notamment la perte du fœtus. Ils ne sont donc pas systématiquement prescrits chez toutes les femmes, mais seulement à certaines présentant un risque important :

  • Les couples à risque élevé de trisomies (antécédent familial d’anomalie chromosomique) ;
  • La découverte d’anomalies morphologiques caractéristiques lors des échographies obstétricales (observations de malformations congénitales liées à la trisomie).

La trisomie 8 en mosaïque

La trisomie 8 en mosaïque, encore appelée le syndrome de Warkany, se définit par la présence d’un chromosome 8 supplémentaire, uniquement dans certaines populations de cellules de l’organisme (trisomie en mosaïque). Son incidence annuelle est comprise entre 1 cas pour 25 000 naissances et 1 cas pour 50 000 naissances. Les garçons sont cinq fois plus touchés que les filles.

Cliniquement, cette trisomie provoque :

  • Un retard mental modéré (QI entre 50 et 75) seulement dans certains cas ;
  • Un comportement lent ;
  • Une forme particulière du visage : un front haut et saillant, le visage allongé, un nez large et retroussé, une grande bouche avec une lèvre inférieure charnue et éversée, un petit menton en retrait, des oreilles anormales avec un grand pavillon ;
  • Un ptosis (chute des paupières), un strabisme et parfois une opacité de la cornée ;
  • Un palais en forme d’ogive, parfois avec une fente palatine ;
  • Un cou court et large ;
  • Des épaules étroites ;
  • Une grande taille ;
  • Des anomalies ostéo-articulaires en particulier au niveau des mains et des pieds (plis palmaires et plantaires très profonds), mais aussi de la colonne vertébrale ;
  • Des anomalies des voies urinaires (40 % des cas) ;
  • Des anomalies cardiaques (25 % des cas).

La prise en charge des enfants atteints de la trisomie 8 en mosaïque est pluridisciplinaire, adaptée aux problèmes spécifiques de l’enfant. Une chirurgie cardiaque peut être proposée dans le cas de certaines anomalies cardiaques. Si les malformations congénitales ne sont pas graves, l’espérance de vie de ces enfants est normale et certains peuvent même avoir des enfants. Cependant, cette anomalie chromosomique pourrait prédisposer à certaines pathologies, telles que :

  • Les tumeurs de Wilms (tumeur maligne du rein) ;
  • Des myélodysplasies (maladies de la moelle osseuse) ;
  • Les leucémies myéloïdes (cancers du sang).

La trisomie 13

La trisomie 13, encore appelée le syndrome de Patau, correspond à la présence d’un chromosome supplémentaire sur la 13ème paire de chromosomes. Elle peut toucher uniquement certaines cellules de l’organisme (forme en mosaïque) ou l’ensemble des cellules (forme complète). Son incidence annuelle est estimée entre 1 cas pour 8 000 naissances et 1 cas pour 15 000 naissances.

La trisomie 13 est responsable de différentes malformations congénitales :

  • La polydactylie (doigts ou orteils surnuméraires) ;
  • Des anomalies faciales, avec une fente labio-palatine bilatérale (bec de lièvre) ou un nez parfois absent ;
  • Des anomalies oculaires variables ;
  • Des malformations cardiaques (80 % des cas) ;
  • Des malformations cérébrales (défaut de séparation des ébauches des deux hémisphères cérébraux) (70 % des cas) ;
  • Des malformations uro-génitales ;
  • Des malformations digestives ;
  • Un retard psychomoteur très sévère.

La prise en charge de la trisomie 13 repose uniquement sur des soins de support et de confort. La majorité des enfants atteints ne parviennent à acquérir qu’une autonomie très limitée. La marche et le langage sont le plus souvent totalement absents.

Plus de 95 % des fœtus porteurs de la trisomie 13 décèdent in utero. Après la naissance, en cas de malformations cardiaques ou cérébrales graves, la trisomie 13 est de sombre pronostic, puisque la moitié des enfants décèdent dès le premier mois de vie et 90 % des enfants atteints meurent avant l’âge de 1 an, suite à des complications cardiaques, rénales ou neurologiques. Le traitement chirurgical des malformations congénitales ne permet généralement pas de modifier favorablement le pronostic. Certains enfants, atteints de formes en mosaïque de la trisomie 13, peuvent cependant survivre jusqu’à l’âge adulte.

La trisomie 18

La trisomie 18, ou syndrome d’Edwards, est une anomalie chromosomique caractérisée par la présence d’un chromosome supplémentaire sur la paire 18. Son incidence annuelle estimée est comprise entre 1 cas pour 6 000 naissances et 1 cas pour 8 000 naissances. Les filles sont quatre fois plus touchées que les garçons.

La trisomie 18 est marquée par des malformations congénitales très importantes et graves, notamment :

  • Des malformations viscérales ;
  • Des malformations cardiaques (plus de 90 % des cas) ;
  • Des malformations digestives ;
  • Des malformations rénales et urinaires ;
  • Des anomalies des membres (bras, mains et pieds) ;
  • Un retard de croissance ;
  • Un visage caractéristique (front fuyant, oreilles pointues et implantées en position basse, petite bouche, palais en ogive, troubles de la dentition) ;
  • Un crâne allongé (dolichocéphalie) et de taille anormalement petite (microcéphalie).

La trisomie 18 est prise en charge par des soins de support et de confort. La majorité des enfants n’acquièrent qu’une autonomie très limitée, sans le langage et sans la marche, et avec un retard statural important. Le traitement chirurgical des malformations congénitales ne permet pas de modifier significativement le pronostic des patients.

Plus de 95 % des fœtus porteurs de la trisomie 18 décèdent in utero. Les fœtus féminins auraient des chances de survie supérieures, sans que les spécialistes aient pu en déterminer la raison. Pour les enfants qui naissent avec cette anomalie chromosomique, les malformations sont telles que 90 % des enfants atteints décèdent avant l’âge de 1 an de complications cardiaques, rénales, neurologiques ou infectieuses. Certains enfants parviennent à vivre plusieurs années, voire jusqu’à l’âge adulte, notamment dans les formes mosaïque ou de trisomie partielle.

La trisomie 22 en mosaïque

La trisomie 22 correspond à la présence d’un chromosome supplémentaire sur la 22ème paire de chromosomes. Si trois chromosomes 22 entiers sont présents, le fœtus meurt avant la naissance. En revanche, si seulement une partie de chromosome 22 est présente en plus de la paire normale ou dans le cas de forme mosaïque, l’enfant peut vivre. Son incidence annuelle est estimée à 1 cas pour 74 000 naissances.

Les conséquences cliniques de la trisomie 22 sont très importantes, avec :

  • Un retard de développement associé à un déficit intellectuel chez 32 % des patients ;
  • Des troubles de la croissance ;
  • Des malformations du visage ;
  • Des malformations cardiaques ;
  • Des malformations pulmonaires ;
  • Des malformations urinaires ;
  • Des malformations digestives, notamment au niveau de la région anale ;
  • Des anomalies oculaires (cataracte, strabisme, …)

À savoir ! Parmi les anomalies oculaires associées à la trisomie 22, se trouve le colobome de l’iris, qui rappelle la forme de la pupille du chat. La maladie est alors surnommée le syndrome du cat eye (ou syndrome des yeux de chat en français).

Un traitement chirurgical est nécessaire pour les malformations digestives et cardiaques. L’espérance de vie des patients légèrement ou modérément atteints est proche de la normale, tandis que les enfants atteints de malformations multiples et/ou sévères décèdent au cours de l’enfance.

La trisomie X

La trisomie X, encore appelé le syndrome triple X, correspond à la présence de 3 chromosomes X sur la paire de chromosomes sexuels. Le chromosome X supplémentaire est toujours donné par la mère, et l’enfant atteint est une fille parfois stérile. Cette anomalie chromosomique est la plus fréquente chez les filles, avec une naissance concernée sur  1 000.

Les conséquences de la trisomie X sont variables et la plupart des femmes concernées ne présentent que peu de symptômes, voire aucun, et ne sont ainsi jamais diagnostiquées. Les spécialistes estiment ainsi que seulement 10 % des filles atteintes sont actuellement diagnostiquées.

Les manifestations cliniques de la trisomie X peuvent être les suivantes :

  • Une grande taille ;
  • Une baisse du tonus musculaire ;
  • Des plis épicanthiques (replis verticaux de la peau qui s’étend de la paupière supérieure au bord du nez) ;
  • Une clinodactylie (déviation latérale des doigts ou des orteils) ;
  • Une épilepsie ;
  • Des malformations rénales et génito-urinaires ;
  • Une infertilité liée à une insuffisance ovarienne ;
  • Un retard moteur et du langage entraînant des troubles cognitifs et de l’apprentissage ;
  • Des troubles de l’attention ;
  • Des troubles de l’humeur.

La prise en charge de la trisomie X est adaptée aux signes cliniques de chaque patient. Un suivi personnalisé est préconisé dès le plus jeune âge pour limiter les conséquences scolaires, sociales et psychologiques. D’éventuels troubles de la fertilité sont à surveiller. Le pronostic est ainsi étroitement lié à la sévérité des atteintes, mais aussi à la qualité et à la précocité des traitements mis en place.

Le syndrome de Klinefelter

Le syndrome de Klinefelter est défini par une trisomie des chromosomes sexuels, avec deux chromosomes X et un chromosome Y. Les enfants atteints sont des garçons stériles. Cette anomalie chromosomique est relativement fréquente, puisqu’elle toucherait 1 naissance sur 1 200.

Les garçons atteints naissent avec l’anomalie chromosomique, mais les manifestations cliniques n’apparaissent qu’à partir de la puberté et varient considérablement d’une personne à l’autre. Elles peuvent être les suivantes :

  • Une augmentation du volume des glandes mammaires (gynécomastie) unilatérale ou bilatérale ;
  • Des petits testicules (hypogonadisme), malgré un pénis et un scrotum de tailles normales ;
  • Une pilosité peu développée ;
  • Des anomalies dentaires (développement anormale de la pulpe dentaire, réduction de l’épaisseur de l’émail dentaire) associées avec un risque accru de caries ;
  • Un retard dans certains apprentissages (langage, lecture, motricité) ;
  • Des troubles émotionnels et de l’humeur ;
  • Une grande taille ;
  • Une infertilité avec une absence presque totale de spermatozoïdes (azoospermie).

Par ailleurs, à l’âge adulte, l’évolution du syndrome de Klinefelter expose à un risque majoré de certaines maladies, telles que l’ostéoporose.

Une prise en charge adaptée est nécessaire pour les troubles de l’apprentissage, notamment un suivi orthophonique et psychomoteur. Un traitement hormonal de substitution (testostérone) peut être prescrit dès le début de la puberté, pour limiter les conséquences physiques et psychiques de cette trisomie. Différentes techniques de procréation médicalement assistée (PMA) peuvent permettre aux hommes concernés d’envisager un projet parental. Enfin, le recours à la chirurgie esthétique peut être préconisé, soit pour enlever les glandes mammaires, soit pour implanter des prothèses testiculaires.

Le syndrome de Jacob

La trisomie XYY, ou syndrome de Jacob, se caractérise par la présence d’un chromosome Y en double exemplaire. Le chromosome Y supplémentaire provient obligatoirement des gamètes paternels. L’enfant atteint est un garçon. Les spécialistes estiment qu’environ 1 naissance sur 1 000 de garçons est touchée par cette anomalie chromosomique.

Les garçons porteurs de la trisomie XYY sont des individus plutôt grands et ne présentent le plus souvent aucune caractéristique particulière. Cette trisomie serait donc particulièrement sous-diagnostiquée. Aucun problème d’infertilité n’a été observé. Seuls certains troubles du comportement ont été rapportés chez les garçons XYY, justifiant la recommandation d’une prise en charge psychologique.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Syndrome du cat eye. ORPHANET. Mis à jour en novembre 2005.
– Le syndrome de Klinefelter. ORPHANET. Septembre 2006.
– Trisomie 13. ORPHANET. Mai 2008.
– Trisomie 18. ORPHANET. Mai 2008.
– Trisomie 8 en mosaïque. ORPHANET. Avril 2009.
– Trisomie X. ORPHANET. Juin 2010.
– Aspects cliniques des anomalies des autosomes hors trisomie 21. Collège National des Enseignants et Praticiens de Génétique Médicale – A. Moncla. Mis à jour le 1er février 2012.
– La trisomie. Handicap.fr. 1er avril 2013.