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L’accouchement et la naissance de l’enfant sont le point d’orgue de neuf mois d’attente depuis la conception. Nombreuses sont les femmes qui ressentent des sautes brutales d’humeur dans les jours qui suivent l’accouchement. Mais de ce baby blues bien connu, certaines basculent vers un état dépressif plus ou moins important, la dépression du post-partum. Diagnostiquée et prise en charge, elle peut être traitée efficacement, limitant ses conséquences pour la mère et pour l’enfant.


Du baby blues à la psychose du post-partum

Les spécialistes considèrent trois grands types de dépression du post-partum ou dépression post-natale :

  • Le syndrome du troisième jour, ou baby blues, est la forme la plus légère et la plus fréquente de dépression post-natale, puisqu’entre 50 et 80 % des femmes connaitraient cet état. Il survient entre le premier et le troisième jour après la naissance et se manifeste par des pleurs, de l’irritabilité, un manque de sommeil, des sautes d’humeur et un sentiment de vulnérabilité. Ces troubles durent généralement quelques jours, au maximum deux semaines et s’estompent d’eux-mêmes.
  • La dépression du post-partum toucherait entre 3 et 20 % des femmes et se manifeste à n’importe quel moment au cours des six mois qui suivent l’accouchement.
  • La psychose du post-partum est un trouble relativement rare, qui concernerait moins d’une femme sur 1 000. Elle se manifeste par un désarroi extrême, de la fatigue, une agitation, une modification de l’humeur, des sentiments de désespoir et de honte, des hallucinations (auditives, visuelles et olfactives), une allocution rapide ou des manies. Cette psychose constitue une urgence psychiatrique, impliquant une hospitalisation immédiate.

La dépression du post-partum est une dépression modérée, qui dure plusieurs mois voire un an. Les symptômes, proches de ceux de la dépression classique, sont les suivants :

  • Un découragement ;
  • Une tendance constante aux pleurs ;
  • Un sentiment de ne pas être à la hauteur ;
  • Une perte d’intérêt et de motivation pour toute activité ;
  • Une culpabilité ;
  • Une anxiété ;
  • Une irritabilité ;
  • Une fatigue permanente ;
  • Une modification de l’appétit ;
  • Des troubles du sommeil ;
  • Une baisse de la libido ;
  • Des maux de tête ;
  • Un engourdissement ;
  • Des douleurs thoraciques ;
  • Une hyperventilation (augmentation de la vitesse de respiration).

Les symptômes peuvent s’accentuer en fin de journée, en lien avec la fatigue.

Point historique La dépression du post-partum était déjà mentionnée au 4ème siècle avant J.-C. Pourtant, elle n’est reconnue comme une maladie que depuis peu. Elle reste encore souvent mal diagnostiquée, alors qu’il est possible de la traiter efficacement en la prenant en charge précocement.

Causes et facteurs de risque de la dépression du post-partum

Les causes exactes de la dépression post-natale demeurent inconnues. Il semble qu’elle résulte d’un ensemble complexe de multiples facteurs. Différentes études ont étudié l’impact de certains facteurs sur la survenue de cette dépression, en particulier :

  • Les changements hormonaux de la grossesse ;
  • Le déroulement de l’accouchement ;
  • Un jeune âge de la mère ;
  • Les attentes à l’égard des fonctions maternelles ;
  • Le niveau de soutien social de la mère.

Certains facteurs ont pu ainsi être identifiés comme des facteurs de risque de dépression du post-partum :

  • Des antécédents de dépression avant la grossesse (25 % de récidives en post-partum) ou pendant la grossesse (50 % des troubles dépressifs survenant pendant la grossesse se poursuivent après la naissance) ;
  • Un nombre important de congés maladie durant la grossesse et de consultations médicales ;
  • Des antécédents d’avortements ou de complications obstétriques ;
  • Le syndrome prémenstruel ;
  • Une relation difficile avec le conjoint ;
  • Les milieux socio-économiques défavorisés ;
  • Un faible niveau de soutien social, à la fois en termes émotionnels et informatifs ;
  • La monoparentalité ;
  • La survenue d’événements stressants pendant la grossesse ou après l’accouchement ;
  • Le fait que l’enfant soit prématuré, malade ou atteint d’une malformation.

En revanche, le niveau d’éducation maternelle, le mode d’accouchement et de conception ne semblent pas constituer des facteurs de risque.

A noter ! Beaucoup de mères atteintes d’une dépression du post-partum ressentent un sentiment de culpabilité. Pourtant les spécialistes sont formels : cette dépression n’est en aucun cas de la faute de la mère !

Dans tous les cas, il reste difficile de prédire si une femme sera touchée ou non par une dépression suite à l’accouchement. Les changements induits par la naissance sont très importants et peuvent contribuer à une dépression post-natale. Ces changements sont de deux ordres :

  • Physiques : une baisse brutale et forte des taux d’hormones, une modification du volume sanguin et de la tension artérielle, mais aussi du système immunitaire et du métabolisme ;
  • Emotionnels : le manque de sommeil, la fatigue, une nouvelle image corporelle à accepter et les fonctions qu’implique le nouveau rôle de mère.

A savoir ! La dépression du post-partum n’est pas réservée aux mères, elle peut également toucher les pères (jusqu’à 10 % selon les estimations). Largement sous-diagnostiquée, la dépression paternelle peut impacter tous les membres de la famille, d’autant plus que le père est moins accompagné par les professionnels de santé que les mères. Le risque est accru lorsque la mère souffre elle-même de dépression post-natale.

Conséquences pour l’enfant et diagnostic de la dépression post-natale

Si la dépression du post-partum entraîne des conséquences importantes pour la mère et le couple, elle n’est pas sans retombées sur l’enfant qui vient de naître. Ses répercussions pour l’enfant peuvent être plus ou moins graves selon la gravité de la dépression :

  • Un développement altéré du lien affectif entre la mère et l’enfant, puisque la mère peut ressentir des sentiments d’ambivalence, de désintérêt ou de négativité vis-à-vis de son enfant ;
  • Un risque de rejet de l’enfant par sa mère, ce qui peut nuire au développement cognitif et affectif de l’enfant avec des conséquences à long terme (problèmes scolaires, difficultés relationnelles, développement d’une pathologie psychiatrique) ;
  • Un risque rare mais grave d’infanticide ou de suicide maternel.

Compte-tenu de l’importance des conséquences familiales de la dépression post-natale, son diagnostic constitue un enjeu majeur dans les semaines et mois qui suivent l’accouchement. Une mère en souffrance demande rarement de l’aide, car elle a souvent le sentiment d’être une mauvaise mère. L’entourage et les professionnels de santé intervenant auprès de la mère et/ou du bébé (sages-femmes, puéricultrices, médecins, pédiatres, …) doivent être particulièrement vigilants pour détecter les signes de troubles dépressifs. Certaines études récentes ont ainsi montré que les symptômes dépressifs sont généralement présents dès la grossesse et pourraient être diagnostiqués avant même la naissance. Pourtant, les spécialistes estiment que 50 % des dépressions post-natales ne sont pas diagnostiquées.

Le diagnostic de la dépression post-natale est crucial, car prise en charge précocement, cette maladie peut être traitée efficacement, en limitant les conséquences pour tous les membres de la famille. Ce diagnostic repose notamment sur la présence d’au moins cinq symptômes parmi la liste suivante (l’un des deux premiers symptômes doit être présent) :

  • Une humeur dépressive toute la journée, presque tous les jours, ressentie par la patiente ou signalée par l’entourage ;
  • Une diminution marquée de l’intérêt pour toutes ou presque toutes les activités ;
  • Une perte ou un gain de poids significatif en l’absence de régime ;
  • Une insomnie ou une hypersomnie presque tous les jours ;
  • Une agitation ou un ralentissement psychomoteur, constaté par l’entourage ;
  • Une fatigue ou une perte d’énergie presque tous les jours ;
  • Un sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée ;
  • Une diminution de l’aptitude à penser, à se concentrer ou à se décider ;
  • Des pensées négatives récurrentes, voire des idées suicidaires.

La prise en charge de la dépression du post-partum

Une prise en charge adaptée de la dépression post-natale est capitale, pour préserver la mère, l’enfant et le reste de la famille des conséquences de ces troubles. Elle repose sur trois axes principaux :

  • Une psychothérapie, parfois utilisée seule, notamment lorsque la mère allaite et/ou refuse les médicaments antidépresseurs ou lorsque les troubles dépressifs sont légers ;
  • Les réseaux de soutien, à travers des groupes de parents, et l’implication paternelle ;
  • Les traitements médicamenteux par des antidépresseurs, nécessaires lorsque les troubles dépressifs sont importants. Différentes classes d’antidépresseurs peuvent être prescrits dans ce contexte et certains sont compatibles avec l’allaitement.

D’une manière générale, la dépression du post-partum est traitée comme toute dépression. Mais il existe une difficulté supplémentaire, représentée par l’acceptation du trouble dépressif et du traitement par la mère. Pourtant, sans traitement, la durée moyenne de la dépression post-natale est de sept mois, avec des conséquences parfois importantes pour l’enfant.

A savoir ! Des études récentes ont mis en évidence que les mécanismes physiologiques impliqués dans la dépression du post-partum seraient spécifiques et très différents de ceux observés lors d’une dépression classique. Des recherches complémentaires dans ce domaine sont nécessaires pour mieux comprendre l’origine de la dépression post-natale et ainsi mieux la traiter.

Malgré cette prise en charge, le risque de récidives de la dépression du post-partum est important, entre 10 et 35 % lors des grossesses suivantes. Ce risque est encore accru en cas de psychose du post-partum.

A savoir ! Une étude menée en 2016 suggère que l’alimentation pourrait jouer un rôle dans la dépression du post-partum. Les auteurs ont mis en évidence un lien entre la carence en certains nutriments (notamment la vitamine D) et l’apparition de la dépression du post-partum. Prendre soin de son alimentation dans les semaines et les mois qui suivent l’accouchement pourrait contribuer à se prémunir contre les troubles dépressifs.

Allaitement et dépression post-natale

Différentes études ont cherché à comprendre si l’allaitement exerce un effet protecteur contre la dépression du post-partum ou au contraire constitue un facteur de risque. Ces études aboutissent à des résultats souvent contradictoires. Néanmoins, aucun élément ne permet de conclure que l’allaitement augmente le risque de dépression post-natale. Un allaitement réussi contribue généralement à renforcer la confiance en elle de la mère, réduisant ainsi le risque de troubles dépressifs. A l’inverse, la mise en place de l’allaitement peut représenter une source de stress et induire un sentiment de culpabilité en cas d’échec.

Lorsque la dépression est diagnostiquée, l’allaitement peut être compromis par les traitements médicamenteux. Cependant, l’allaitement maternel peut jouer un rôle bénéfique pour la mère dépressive, si elle souhaite le poursuivre.

La relation entre dépression du post-partum et allaitement apparaît donc complexe, mais sans lien direct de causalité entre les deux phénomènes.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– La dépression du post-partum. La Leche League de France. 1997. Dossiers de l’allaitement n°30.
– Traitement de la dépression du post-partum par antidépresseur. Organisation Mondiale de la Santé. Le 14 mai 2015.
– Dépression post-partum. Hôpital Mère Enfant de Montréal. Mis à jour mai 2016.
– Dépression post-partum. Centre de Consultation Psychologique et Éducationnelle. Le 8 février 2017.
– La dépression post-partum. Association Canadienne pour la Santé Mentale. Consulté le 29 mai 2017.
– Dépression post-partum : où en est la recherche en neurobiologie ? Université de Rennes. Consulté le 29 mai 2017

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