montée de lait

La montée de lait survient 3 à 5 jours après l’accouchement et correspond au moment où le colostrum est remplacé par du lait de transition. Cette montée de lait est attendue par les femmes qui allaitent leur enfant pour mettre en place leur allaitement. Il est alors possible de la stimuler par différents moyens. En revanche, la montée de lait est redoutée par les femmes qui ne souhaitent ou ne peuvent pas allaiter leur enfant. Là encore, des moyens existent pour tenter de stopper rapidement la montée de lait.

Qu’est-ce que la montée de lait ?

La montée de lait est un mécanisme physiologique, qui se produit entre trois et cinq jours après l’accouchement. Elle représente l’une des grandes étapes de la lactogenèse ou lactation, c’est-à-dire de la production de lait par les glandes mammaires.

Au moment de l’accouchement, ou dès la fin de la grossesse pour certaines femmes, les seins produisent un liquide particulier appelé le colostrum. Le colostrum est un liquide épais, jaunâtre, riche en vitamines et sels minéraux, en protéines, mais pauvre en lipides et en lactose. Parallèlement, il renferme de grandes quantités d’anticorps, qui permettent de protéger le nourrisson des infections.

La production de colostrum dans les heures qui suivent l’accouchement est faible, entre 2 et 20 ml par tétée. Après une durée de 3 à 5 jours selon les femmes, le colostrum est remplacé par un lait de transition, de composition différente (plus de lipides, de calories et de lactose) et produit en quantités plus importantes (entre 300 et 400 ml en 24 heures). Ce phénomène correspond à la montée de lait et s’accompagne de signes physiques particuliers chez les femmes :

  • Un gonflement des seins ;
  • Une tension dans les seins.

Comme les autres étapes de la lactation, la montée de lait est sous l’influence de différentes hormones, spécifiquement féminines ou non, telles que :

  • La prolactine ;
  • Les hormones œstrogènes ;
  • La progestérone ;
  • Les glucocorticoïdes ;
  • L’insuline ;
  • L’hormone de croissance ;
  • Les hormones thyroïdiennes.

Etape importante de la mise en place de l’allaitement maternel, la montée de lait peut être :

  • Attendue par les femmes qui allaitent leur enfant, pour bien mettre en place rapidement l’allaitement. Ces femmes cherchent alors à stimuler la montée de lait ;
  • Redoutée par les femmes qui ne peuvent ou ne souhaitent pas allaiter leur enfant. Ces femmes cherchent à stopper la montée de lait le plus rapidement possible.

Montée de lait normale ou retardée

La montée de lait est considérée comme normale, lorsqu’elle survient jusqu’à 72 heures après la naissance de l’enfant. Au-delà de ces délais, la montée de lait est considérée comme retardée ou tardive. De même, la montée de lait est qualifiée d’insuffisante, si la prise de lait par l’enfant est inférieure à 9,2 grammes de lait par tétée, à partir de 60 heures après l’accouchement.

L’appréciation de la montée de lait est le plus souvent subjective, décrite par la mère comme une tension accrue des seins et observée par une déglutition plus importante de l’enfant au moment des tétées. Dans certains cas, il est nécessaire de quantifier cette montée de lait, par des critères objectifs comme :

  • La pesée de l’enfant avant et après la tétée ;
  • Le dosage de certains constituants spécifiques du colostrum ou du lait de transition.

Le dépistage d’une montée de lait retardée ou insuffisante repose sur plusieurs critères :

  • L’absence d’augmentation du volume des seins 5 jours après l’accouchement ;
  • Une perte de poids supérieure à 7 % ou la persistance d’une perte de poids de l’enfant au-delà de J3 ;
  • Des selles rares (moins de 3 selles par 24 heures) ou la persistance de selles méconiales (selles particulières après la naissance) après J4 ;
  • Un volume urinaire faible (moins de 6 couches mouillées par 24 heures après J4) ;
  • Un nourrisson agité, affamé ou au contraire somnolent ;
  • Des douleurs mammaires persistantes ou qui s’aggravent.

Avant même l’accouchement, plusieurs facteurs de risque d’une montée de lait retardée ou insuffisante peuvent être pris en compte, pour prévenir tout risque d’échec de l’allaitement :

  • Des troubles hormonaux susceptibles d’empêcher le développement normal de la glande mammaire pendant la grossesse, à savoir :
    • Des lésions ou une chirurgie mammaire ;
    • Le syndrome des ovaires polykystiques ;
    • La rétention placentaire (complication de l’accouchement, toute ou partie du placenta n’étant pas expulsé au moment de la délivrance) ;
    • L’hypoplasie mammaire (insuffisance de développement des seins) ;
    • L’hypothyroïdie ;
    • L’hypopituitarisme (insuffisance de sécrétion des hormones hypophysaires) ou le syndrome de Sheehan (nécrose de l’hypophyse) ;
  • L’existence de mamelons plats ou rétractés, qui pourront compliquer la mise au sein ou la succion de l’enfant.

Après l’accouchement, plusieurs phénomènes peuvent expliquer une montée de lait retardée, notamment :

  • Une mise au sein trop tardive après la naissance, par exemple en raison d’un accouchement compliqué (césarienne, travail long et difficile, anesthésie générale, …) ou de problèmes de santé du nouveau-né (soins de réanimation par exemple) ;
  • Des mises au sein dont la durée et la régularité sont insuffisantes ;
  • Une mauvaise position du bébé au sein ;
  • La confusion sein – tétine, lorsqu’une tétine ou un biberon de lait maternel ou maternisé est donné prématurément au nourrisson, en parallèle de l’allaitement ;
  • Des facteurs maternels :
    • Des troubles hormonaux liés à certaines pathologies, comme le diabète, l’obésité ou l’hypothyroïdie ;
    • La prise de certains médicaments ;
    • Une fatigue importante ;
    • Le découragement ou le manque de confiance en soi ;
    • Une hydratation insuffisante ;
  • Des facteurs liés au nourrisson : une naissance prématurée, une mauvaise succion, un frein de langue trop court.

Une montée de lait tardive n’empêche pas systématiquement la mise en place d’un allaitement exclusif. Toutefois, il est impératif de suivre quelques conseils pour stimuler la lactation pour favoriser la montée de lait. Dans certains contextes, la lactation restera insuffisante et un complément par du lait artificiel devra être envisagé avec le pédiatre.

La stimulation de la montée de lait

Pour les femmes qui souhaitent allaiter leur enfant, la montée de lait est une étape capitale dans la mise en place de l’allaitement. Il est donc conseillé de stimuler la montée de lait, en particulier pour les femmes qui présentent des facteurs de risques de montée de lait retardée.

Il existe différents moyens pour stimuler la montée de lait dès l’accouchement :

  • Mettre au sein précocement le nourrisson, c’est-à-dire dans les deux heures qui suivent l’accouchement ;
  • Mettre au sein le nourrisson régulièrement, dès les premiers signes d’éveil ;
  • Prendre garde à la bonne position du nourrisson pour les tétées, par exemple en demandant l’avis d’un professionnel ;
  • S’assurer de la bonne succion du nourrisson, car certains bébés ne parviennent pas à téter correctement, ce qui peut entraver la montée de lait ;
  • Se reposer suffisamment, car une fatigue importante peut nuire à la lactation;
  • Boire en quantités suffisantes, au moins 1,5 à 2 litres d’eau par jour ;
  • Etre entourée et accompagnée pour pouvoir se consacrer sereinement à la mise en place de l’allaitement ;
  • Utiliser un tire-lait uniquement sur les conseils d’un professionnel, pour ne pas risquer de provoquer un engorgement des seins. Les professionnels déterminent en fonction du cas précis de chaque femme l’intérêt de l’utilisation d’un tire-lait, mais aussi le moment et la fréquence d’utilisation ;
  • Certaines souches homéopathiques, comme Ricinus communis 4 ou 5 CH, stimulent la lactation et peuvent être administrées à raison de 3 granules 3 à 4 fois par jour sous formes de cures de quelques jours.

Généralement, si la montée de lait apparaît progressivement, elle se déroule sans problèmes pour la mère. Mais dans certains cas, elle peut s’accompagner d’un engorgement des seins, qui est un gonflement anormal des seins associé à des douleurs. En cas d’engorgement, il est conseillé d’exprimer manuellement du lait, pour soulager la tension des seins.

La montée de lait même en l’absence d’allaitement

L’allaitement n’est pas une obligation. Certaines femmes peuvent tout à fait ne pas vouloir ou ne pas pouvoir allaiter leur enfant. Néanmoins, la montée de lait est une réaction physiologique, qui peut se produire malgré l’absence de stimulation après l’accouchement. La lactation cesse généralement spontanément en une quinzaine de jours si elle n’est pas stimulée.

En l’absence d’allaitement, la montée de lait représente un problème, qui peut entraîner différents symptômes :

  • Une forte tension dans les seins, pouvant aller jusqu’à l’engorgement ;
  • Un écoulement de lait, persistant sur plusieurs semaines ;
  • Des douleurs parfois importantes ;
  • Une fièvre modérée.

A savoir ! Jusqu’en 2013, des médicaments capables de stopper la lactation étaient prescrits pour bloquer la montée de lait chez les femmes n’allaitant pas. Depuis cette date, ces médicaments ne sont plus prescrits, en raison des risques d’effets indésirables considérés comme supérieurs aux bénéfices apportés.

Pour que la lactation cesse relativement rapidement, sans entraîner trop de désagréments pour la mère, il est possible de recourir à plusieurs méthodes :

  • Appliquer sur la poitrine des lingettes chaudes pour exprimer le lait, puis froides pour décongestionner les seins ;
  • Prendre des médicaments contre la douleur, si besoin ;
  • Des cataplasmes d’argile verte pour réduire la congestion ;
  • Un traitement homéopathique : plusieurs souches homéopathiques peuvent aider à stopper la lactation, par exemple Ricinus communis 30 CH, 1 dose par jour pendant 3 à 4 jours, ou encore Lac caninum 30 CH, 5 granules par jour pendant 10 à 15 jours ;
  • L’utilisation de plantes qui stoppent la lactation, comme la menthe, le chou, le cerfeuil, la sauge ou le persil ;
  • Des séances d’acupuncture.

Attention, certaines idées reçues ou remèdes de grand-mère sont absolument à proscrire, notamment :

  • Limiter les boissons : après l’accouchement, la mère a besoin de bien s’hydrater ;
  • Utiliser un tire-lait : un tire-lait risque au contraire de stimuler la lactation. Il ne doit être utilisé que sur avis médical dans des circonstances précises ;
  • Bander les seins : ce type de méthode peut renforcer les douleurs, au lieu de soulager la congestion mammaire.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Allaitement : gérer la montée de lait. MPedia.fr. Mis à jour le 21 mars 2018.
– Limiter la montée de lait pour les mamans non allaitantes. CH Redon Carentoir. Consulté le 15 octobre 2018.
– Reconnaître et gérer une montée de lait absente ou retardée. Les dossiers de l’allaitement n°81. Octobre – Novembre – Décembre 2009.
– L’expression du lait. Institut National de Santé Publique du Québec. Consulté le 15 octobre 2018.