L’acupuncture est l’une des pratiques fondatrices de la médecine traditionnelle chinoise. Elle repose sur la stimulation de points spécifiques, situés à différents endroits du corps, à l’aide de plusieurs techniques physiques. Ses indications thérapeutiques sont très vastes, faisant de l’acupuncture l’une des principales médecines complémentaires à l’allopathie.

Acupuncture

Qu’est-ce que l’acupuncture ?

La médecine traditionnelle chinoise regroupe plusieurs branches pratiquées en Chine depuis plusieurs millénaires :

  • La pharmacopée chinoise (ensemble des plantes médicinales et de leurs utilisations thérapeutiques) ;
  • La diététique chinoise ;
  • Les techniques corporelles, comme le Qi-Gong ;
  • L’acupuncture.

L’acupuncture aurait été introduite en Europe au début du 16ème siècle, mais elle n’a été reconnue sur le plan international qu’à partir du 20ème siècle.

L’acupuncture désigne la stimulation de points précis du corps (les points d’acupuncture) dans un but thérapeutique, à l’aide de différentes techniques physiques. Dans la médecine chinoise, l’acupuncture et la moxibustion sont deux termes confondus sous une même appellation. La moxibustion correspond à la stimulation d’un point d’acupuncture par la chaleur.

À noter ! Il existe une pratique proche de l’acupuncture, l’auriculothérapie, parfois appelée l’acupuncture auriculaire. Elle consiste à stimuler des zones réflexes au niveau de l’oreille, à l’aide d’aiguilles d’acupuncture.

Les principes de l’acupuncture

En acupuncture, le corps humain est considéré sur le plan énergétique. L’acupuncteur s’intéresse à la circulation de l’énergie vitale (le QI) dans le corps humain et établit un diagnostic énergétique, basé sur plusieurs éléments :

  • Une anamnèse (histoire clinique du patient, ses antécédents, ses symptômes) ;
  • Une inspection du patient ;
  • Une palpation qui comprend plusieurs aspects essentiels en acupuncture :
    • La prise des pouls au niveau des poignets ;
    • L’examen de la langue ;
    • Un examen audio-olfactif.

La maladie ou les symptômes de la maladie sont perçus comme des dérèglements dans la circulation de l’énergie corporelle, comme un déséquilibre énergétique. L’objectif de la pratique est de restaurer l’équilibre de cette circulation.

L’énergie vitale QI se compose d’énergie YIN et d’énergie YANG, ces deux types d’énergie étant à la fois indissociables, opposés et complémentaires. Elle circule dans l’ensemble du corps humain le long de méridiens (sortes de canaux énergétiques qui parcourent l’ensemble du corps). Les différents méridiens sont reliés entre eux et relient également les différents organes du corps.

Les points d’acupuncture sont des endroits particuliers de la peau, où il est possible d’accéder à l’énergie circulante du corps. Au niveau de ces points, l’énergie est plus concentrée et plus superficielle qu’aux autres endroits du corps.

Actuellement, 361 points d’acupuncture sont reconnus et situés pour la plupart sur les 14 méridiens du corps :

  • 11 sur le méridien Poumon ;
  • 20 sur le méridien Gros Intestin ;
  • 45 sur le méridien Estomac ;
  • 21 sur le méridien Rate et Pancréas ;
  • 9 sur le méridien Cœur ;
  • 19 sur le méridien Intestin Grêle ;
  • 67 sur le méridien Vessie ;
  • 27 sur le méridien Reins ;
  • 9 sur le méridien Maître Cœur ;
  • 23 sur le méridien Triple Réchauffeur ;
  • 44 sur le méridien Vésicule Biliaire ;
  • 14 sur le méridien Foie ;
  • 28 sur le méridien Vaisseau Gouverneur ;
  • 24 sur le méridien Vaisseau Conception.

Le reste des points d’acupuncture (48 au total) ne sont pas situés sur des méridiens.

Ces points peuvent être stimulés par différentes techniques physiques, selon les indications et selon les problèmes de santé présentés par les personnes :

  • La stimulation par des aiguilles insérées à travers la peau.
  • La moxibustion, initialement associée à l’implantation des aiguilles, qui consiste à stimuler le point par la chaleur. La source de chaleur est obtenue traditionnellement par la combustion d’un bâtonnet d’armoise ou plus récemment par un système électrique à rayonnement infrarouge.
  • L’électro-acupuncture, dans laquelle les aiguilles sont reliées à un courant électrique continu d’intensité et de fréquence variables, délivré par un électrostimulateur médical.
  • La laser-acupuncture, qui utilise un rayonnement laser pour stimuler le point d’acupuncture.

À savoir ! La stimulation manuelle ou acupression d’un point d’acupuncture ne fait pas partie des techniques utilisées en acupuncture, mais rentre dans le cadre des massages et techniques corporelles de la médecine traditionnelle chinoise.

Dans tous les cas, la stimulation reste superficielle et centrée sur le point d’acupuncture. D’autres techniques plus anecdotiques sont décrites dans la littérature, comme l’utilisation de ventouses, d’aimants (magnéto-acupuncture), ou encore l’injection de substances chimiques particulières au niveau des points d’acupuncture (chimio-acupuncture).

La stimulation par des aiguilles est la technique la plus fréquemment utilisée en France. Les aiguilles utilisées sont en acier chirurgical inoxydable et doivent être stériles et à usage unique (jetables).Leur diamètre (de 0,18 à 0,42 mm) et leur longueur (de 10 à 150 mm) varient selon les acupuncteurs, les points d’acupuncture et le gabarit du patient. Les aiguilles sont laissées en place pendant une durée allant de quelques minutes à quelques dizaines de minutes. Après leur retrait, elles doivent être éliminées conformément à la réglementation des DASRI (Déchets d’Activité de Soins à Risque Infectieux).

Quelles sont les indications ?

Les indications thérapeutiques sont très nombreuses. Parmi les applications les plus fréquemment utilisées, il est possible de citer :

  • Les douleurs chroniques quelles que soient leur origine ;
  • L’anxiété et la dépression
  • Les troubles du sommeil ;
  • Certains troubles de la grossesse, comme les nausées et vomissements, les problèmes de dos, l’éversion fœtale, … ;
  • Les addictions (tabac, alcool, substances psychoactives).

En parallèle de ces principaux champs d’applications, elle est également utilisée contre :

  • Les pathologies de la sphère ORL (acouphènes, trachéite, …) ;
  • Les allergies (eczéma, rhinite, conjonctivite, asthme, …) ;
  • Certaines atteintes digestives (douleurs digestives, troubles du transit intestinal, …) ;
  • Les troubles génito-urinaires (énurésie, cystites, troubles du cycle menstruel, infertilité, …) ;
  • Les troubles de la ménopause (troubles de l’humeur, bouffées de chaleur, …)
  • Les effets secondaires de certains médicaments, en particulier lors des chimiothérapies anticancéreuses.

Dans tous les cas, cette pratique reste une médecine complémentaire, qui ne doit pas se substituer à la médecine conventionnelle.

S’il n’existe pas de contre-indication formelle à l’acupuncture, il existe néanmoins des aires thérapeutiques, dans lesquelles elle ne peut pas être utilisée ou est largement déconseillée par les autorités de santé. Ainsi, elle n’est pas indiquée dans les situations suivantes :

  • Dans les situations d’urgence, où l’intervention des services de secours s’impose.
  • Pour le traitement des tumeurs malignes. La pose d’aiguilles au site d’une tumeur est interdite. L’acupuncture peut en revanche être intéressante pour soulager les douleurs et les effets secondaires des traitements anticancéreux.
  • Dans le cas des maladies psychiatriques, où une prise en charge spécifique est impérative.
  • Chez les patients ayant des problèmes de saignement et de coagulation.

Pendant la grossesse, elle doit être pratiquée avec précautions, car elle est susceptible de provoquer des contractions utérines.*

En pratique

En pratique, une séance se décompose en plusieurs étapes :

  1. Un examen clinique regroupant l’ensemble des investigations menées par l’acupuncteur en vue d’établir un diagnostic et un protocole thérapeutique adapté au patient. Si besoin, l’acupuncteur doit orienter le patient vers un professionnel de santé pour établir un diagnostic médical et mettre en place un traitement adapté.
  2. Le repérage anatomique des points et le choix de la technique de stimulation de chaque point ;
  3. Le temps de pose des aiguilles ou de la réalisation de la stimulation, dont la durée est variable selon les contextes ;
  4. L’extraction de l’aiguille ou l’arrêt de la stimulation.

Généralement, plusieurs séances sont nécessaires pour obtenir une amélioration de des symptômes du patient.

Attention ! En France, la pratique de l’acupuncture est considérée sur le plan juridique comme un acte médical. Seuls des membres des professions médicales peuvent la pratiquer, tels que les médecins, les chirurgiens-dentistes ou les sages-femmes. Les personnes pratiquant l’acupuncture sans appartenir au corps médical peuvent être poursuivies pour exercice illégal de la médecine.

Quelle est la réelle efficacité de l’acupuncture ?

Médecine complémentaire, très largement répandue dans le monde et en France, cette pratique a déjà fait l’objet de très nombreuses études scientifiques pour en évaluer l’efficacité dans un grand nombre d’indications thérapeutiques.

Actuellement, les seuls effets bénéfiques scientifiquement démontrés se limitent à quelques applications spécifiques :

  • Le traitement des douleurs chroniques, de différentes origines ;
  • Le traitement des nausées et des vomissements dans trois contextes cliniques :
    • Après une intervention chirurgicale ;
    • Au cours de la grossesse ;
    • Pendant une chimiothérapie anticancéreuse.

Pour toutes les autres indications, aucune preuve scientifique de son efficacité n’a été établie jusque-là. De plus, les mécanismes physiologiques sous-jacents à la pratique restent à déterminer.

Dans tous les cas, l’acupuncture représente une approche complémentaire intéressante dans le cadre d’une prise en charge globale du patient, notamment à chaque fois que la médecine conventionnelle ne permet pas de soulager efficacement et suffisamment le patient.

Quels sont les risques associés ?

Les risques associés à l’acupuncture sont ceux classiques des techniques médicales invasives. En effet, l’utilisation des aiguilles peut être à l’origine de plusieurs effets indésirables :

  • La formation d’une ecchymose ;
  • Un léger saignement ;
  • Une douleur locale au moment de l’insertion de l’aiguille ;
  • Un risque rare d’infection.

Les effets indésirables associés aux autres techniques de stimulation n’ont pas fait l’objet d’études scientifiques poussées.

Lorsque l’acupuncture est pratiquée dans un contexte médical, les risques liés aux techniques en elles-mêmes sont très rares. En revanche, un risque majeur d’aggravation des symptômes est présent, si l’acupuncture se substitue aux traitements classiques de l’allopathie. Elle doit rester une médecine complémentaire aux traitements conventionnels.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture. INSERM. 17 janvier 2014.
– L’acupuncture. Fiche du Ministère des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes. solidarites-sante.gouv.fr. Mars 2015.