Stéatose hépatique ou « foie gras » : bientôt un traitement ?

Mar 8, 2018 par

Le foie gras non alcoolique, appelé aussi stéatose hépatique non alcoolique, est une pathologie fréquemment associée à l’obésité. Cette affection peut engendrer des complications hépatiques sévères comme une cirrhose et même, un cancer du foie. Compte tenu de l’augmentation croissante de cette pathologie dans les pays industrialisés et l’absence de traitement pharmacologique, les efforts de recherche sont actuellement très importants. Récemment, une équipe française a montré qu’une molécule, l’AMPK, pouvait être une cible thérapeutique pour le traitement de la maladie. Précisions sur la maladie et sur cette étude porteuse d’espoir.

Stéatose hépatique Nash

Quelques mots sur la stéatose hépatique

La stéatose hépatique non alcoolique ou NASH (Non Alcoholic Steatohepatitis en anglais) est une atteinte chronique du foie provoquée par l’accumulation excessive de graisses dans les cellules hépatiques.

Comme cette pathologie est étroitement liée à l’obésité et au diabète de type 2, on l’a tout d’abord assimilée aux Etats-Unis à une « maladie du soda » faisant référence à la malbouffe et la consommation excessive de boissons sucrées. Elle touche d’ailleurs 20 à 35% de la population nord-américaine et, en France, sa prévalence est estimée aujourd’hui à 12 %.

Au début, c’est une pathologie bénigne car réversible avec la mise en place d’un style de vie plus sain.

Mais, elle peut néanmoins évoluer vers des formes plus sévères comme une inflammation du foie (stéatohépatite), une cirrhose et dans certains cas, un cancer du foie. Actuellement, des travaux de recherche sont en cours pour mieux comprendre comment des cellules hépatiques normales évoluent vers un stade tumoral.

Aujourd’hui, aucune alternative pharmacologique n’existe pour diminuer la progression de la maladie et les recours qui s’offrent au patient sont :

  • Un régime alimentaire sain ;
  • La pratique d’exercices physiques régulièrement ;
  • Le traitement des pathologies annexes pouvant aggraver la stéatose hépatique (hypercholestérolémie, diabète, alcoolémie, maladie cardio-vasculaire).

Cependant, comme la mise en place d’une vie plus saine n’est pas toujours évident ou reste insuffisante dans certains cas pour limiter la progression de la maladie ou la faire reculer, des molécules pharmacologiques efficaces doivent être trouvées.

On sait, par exemple, qu’il est possible de jouer sur différentes molécules régulant le métabolisme des lipides.

Depuis 5 ans, les recherches s’orientent vers le potentiel de l’AMPK (Adenosine Mono Phosphate-activated protein Kinase), une enzyme (protéine accélérant la vitesse des réactions chimiques) connue pour inhiber la synthèse des lipides et activer leur dégradation afin de synthétiser de l’ATP, le carburant des cellules.

Il est d’ailleurs bien établi que son activité est réduite chez les patients présentant une stéatose hépatique et qu’il est possible de l’activer, ou de mimer son fonctionnement avec des molécules agonistes, autrement dit des molécules activant les mêmes récepteurs cellulaires.

Booster l’AMPK

Dans cette nouvelle étude, encadrée par Marc Foretz de l’institut Cochin de Paris, les chercheurs ont voulu d’abord tester la répercussion de l’absence de l’AMPK sur le métabolisme des lipides.

Pour ce faire, ils ont étudié le métabolisme de souris modifiés génétiquement afin de synthétiser moins d’AMPK qu’en temps normal.

Résultats : les souris ont un métabolisme lipidique normal au niveau de leur foie et elles ne développent pas d’accumulation de gras dans cet organe.

Ainsi, les chercheurs concluent que la diminution de l’activité de l’AMPK observée chez les patients atteints de stéatose hépatique n’est pas la cause de la maladie mais un mécanisme consécutif à son installation et progression.

En poursuivant leurs essais, les chercheurs ont mis en évidence que la réactivation de l’AMPK, grâce à des molécules pharmacologiques sur des souris modèles de la maladie, est suffisante pour provoquer un retour à l’équilibre des quantités de lipides dans le foie.

De plus, les auteurs suggèrent, d’après leur étude sur des cellules humaines in-vivo, que la réduction de l’excès de graisse hépatique par l’activation de l’AMPK pourrait améliorer la sensibilité à l’insuline chez des patients atteints de diabète de type 2 et suivant un traitement à base de metformine.

Dès le printemps 2018, des essais cliniques devront débuter pour évaluer l’efficacité de plusieurs molécules activatrices d’AMPK chez des patients atteints de stéatose hépatique.

Julie P., Journaliste scientifique

– L’activation de l’AMPPK à l’étude pour soigner la stéatose hépatique. Institut Cochin. Consulté le 27 février 2018.
– AMPK Re-Activation Suppresses Hepatic Steatosis but its Downregulation Does Not Promote Fatty Liver Development. Boudaba et al. E BioMedicine. Consulté le 28 février.
Julie P.
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