Fausse couche et qualité du sperme : le lien enfin révélé

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Rédigé par Julie P. et publié le 31 janvier 2019

Dans le monde, un à deux couples sur 100 en âge de procréer se voient confronter à des fausses couches répétées. Plusieurs causes, souvent maternelles, viennent expliquer ces avortements spontanés s’achevant avant les 12 semaines d’aménorrhée. Récemment, des chercheurs britanniques se sont aperçus que le sperme des hommes de ces couples avait tendance à présenter un ADN deux fois plus endommagé que la normale. Aperçu de cette étude parue dans la revue Clinical Chemestry.

Fausse couche

Fausse couche et qualité du sperme : un lien peu étudié

Les causes avancées pour expliquer les fausses couches sont nombreuses.

À savoir ! La fausse couche correspond à l’expulsion spontanée d’un embryon  ou  d’un  fœtus.  :  elle  est  dite  précoce  si  elle  a  lieu  avant la 14ème semaine d’aménorrhée (absence de règles) et tardive ensuite. La fausse couche est identifiable difficilement, car elle peut survenir très tôt et passer totalement  inaperçue.

Parmi les causes les plus fréquentes, on retrouve :

  • Des  anomalies  chromosomiques et des  malformations chez l’embryon ou le foetus ;
  • Des infections (listeria,  toxoplasmose) et des  facteurs  immunologiques ;
  • Une consommation de substances comme l’alcool, la drogue ou certains médicaments et plantes médicinales.

Quand la fausse couche se répète, au-delà de trois interruptions consécutives de grossesses avant la 12ème semaine d’aménorrhée, des investigations cliniques sont mises en place.

Les professionnels de santé rechercheront, chez la mère, la présence éventuelle d’un diabète mal contrôlé, de troubles hormonaux, d’une maladie auto-immune (lupus), des troubles de la coagulation ou des anomalies de l’utérus et de l’endomètre (fibrome, endométriose).

Traditionnellement, les médecins se concentraient sur les femmes pour rechercher les causes des fausses couches récurrentes. La santé des hommes – et la santé de leur sperme- n’était pas analysée“, souligne Channa Jayasena, auteure principale de l’étude et chercheuse à l’Imperial College de Londres.

Cependant, les médecins savent que l’intégrité des spermatozoïdes, et notamment leur matériel génétique peut influencer la survenue d’une fausse couche étant donné qu’ils jouent un rôle clef dans la formation du placenta, organe essentiel au développement de l’embryon.

À savoir ! Le placenta est un organe qui connecte physiquement et physiologiquement l’embryon à la paroi de l’utérus. La connexion se fait grâce au cordon ombilical relient l’embryon au placenta. Il apporte à l’embryon puis au foetus : l’eau, les nutriments et l’oxygène dont il a besoin. Le placenta évacue aussi les déchets métaboliques (l’urée ou le CO2 par exemple) vers les organes maternels (poumon, foie, rein) et il produit aussi des hormones permettant le maintien de la grossesse.

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Des radicaux libres quatre fois plus abondants

Pour en savoir plus, l’équipe de chercheurs et de cliniciens a analysé et comparé le sperme de 50 hommes dont la femme avait subi des fausses couches répétées avec celui de 60 hommes dont le couple n’avait pas subi de tels évènements (groupe témoin).

Les résultats les plus intéressants ?

Pas de différence concernant le volume de sperme et le nombre ou la motilité (capacité de se déplacer) des spermatozoïdes.

Par contre, le sperme des hommes ayant dû affronter des fausses couches au sein de leur couple était deux fois plus endommagé que le groupe témoin. Les chercheurs parlent notamment de “fragmentation de l’ADN”.

Ces altérations de l’ADN peuvent être déclenchées par des molécules présentes dans le sperme qui émettent des radicaux libres pour notamment :

  • Protéger les cellules germinales (les spermatozoides) des infections ou des attaques bactériennes ;
  • Activer différentes voies biochimiques (maturation, acquisition du pouvoir fécondant, condensation de l’ADN).

On parle ici de molécules réactives à l’oxygène.

À savoir ! Les molécules réactives à l’oxygène (ou dérivés actifs de l’oxygène : DAO) produisent, si elles sont en excès, un stress oxydatif qui joue un rôle important dans le processus des altérations des spermatozoïdes. Les radicaux libres peuvent modifier la structure membranaire  et l’ADN des spermatozoïdes.

En mesurant la concentration de ces molécules, les chercheurs se sont aperçus qu’elles étaient, en moyenne, quatre fois plus concentrées que chez la population témoin. Ce déséquilibre crée un environnement pro-oxydant dans le sperme.

En parallèle, les concentrations d’hormones type oestradiol et testostérone étaient 15% plus faible chez les hommes victimes de fausse couche au sein de leur couple par rapport aux hommes du groupe témoin.

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Que reste t-il encore à découvrir ?

Dans la poursuite de ces travaux, les chercheurs vont :

  • Tester l’efficacité de l’administration d’antioxydant chez ces hommes avec une concentration forte en molécules réactives à l’oxygène ;
  • Mettre au point un protocole de diagnostic pour mesurer cette concentration en molécules prooxydantes chez les couples confrontés à des avortements spontanés et répétés ;
  • Vérifier l’impact d’un régime alimentaire en antioxydants ;
  • Mesurer l’impact d’un traitement hormonal sur la qualité du sperme ;
  • Comprendre le mécanisme à l’origine de ces niveaux élevés de molécules prooxydantes (facteurs environnementaux ou génétiques).

Ces travaux constituent, d’une part, un réel espoir pour les couples subissant des fausses couches répétées, et d’autre part, une nouvelle voie de recherche pour mieux comprendre les mécanismes d’infertilité masculine.

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Julie P., Journaliste scientifique

– Et si le sperme était aussi responsable des fausses couches répétées ? Sciences et Avenir. Consulté le 28 janvier 2019.
– Reduced Testicular Steroidogenesis and Increased Semen Oxidative Stress in Male Partners as Novel Markers of Recurrent Miscarriage. Clinical Chemestry. Consulté le 28 janvier 2019.

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