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L’aménorrhée se définit par une absence totale de menstruations chez les femmes en âge de procréer. Elle témoigne d’un trouble grave lorsqu’elle survient en dehors de certaines périodes où l’absence de règles est physiologique (avant la puberté, pendant la grossesse, l’allaitement ou bien encore après la ménopause).

Le stress, un choc émotionnel, des dérèglements hormonaux sont des exemples de facteurs pouvant en partie expliquer sa survenue mais pas seulement… Deux types d’aménorrhées sont catégorisées sur le plan médical : les aménorrhées primaires des aménorrhées secondaires (2 à 5% des femmes concernées).

Rappel sur le fonctionnement du cycle ovarien

Régulation hormonale du cycle ovarien
Comprendre les mécanismes du cycle menstruel est fondamental pour ainsi mieux assimiler les causes possibles de chaque type d’aménorrhée.
Ces menstruations que l’on appelle plus communément les règles sont modulées par un puissant complexe hormonal, appelé neuro-hypothalamo-hypophysaire. Chaque mois, ce système agit en produisant des hormones qui préparent le corps et surtout l’utérus à une éventuelle grossesse.

Lorsque le système fonctionne normalement et qu’il n’y a pas de fécondation (grossesse), le cycle féminin prend fin avec le déclenchement des règles, provoqué par la destruction de la muqueuse utérine.
Les hormones ayant un impact sur le cycle menstruel sont régulées par différents organes en étroite collaboration avec le cycle ovarien tels que :

  1. L’hypothalamus : région du cerveau commandant l’hypophyse et responsable de la production de l’hormone de libération des gonadotrophines, la GnRH ;
  2. L’hypophyse : responsable de la production de l’hormone lutéinisante (LH), de l’hormone folliculo-stimulante (FSH), des hormones thyroïdiennes et de la prolactine ;
  3. Les ovaires : responsables de la production d’œstrogènes (principalement l’œstradiol), d’androgènes surtout la testostérone) et de progestérone.

L’arrêt soudain des règles (aménorrhée) est souvent lié à un dysfonctionnement d’une partie de ce système hormonal.

A savoir ! Un taux élevé de prolactine, hormone impliquée dans la production de lait maternel et synthétisée par des cellules de l’hypophyse, peut aussi être à l’origine d’un arrêt soudain des règles.

L’aménorrhée primaire

Définition

L’aménorrhée est dite primaire lorsqu’il y a absence de règles :

  1. Chez les jeunes filles de 16 ans ou plus, ou dans les 2 années qui suivent le développement de la puberté (marquée par l’apparition de caractères sexuels secondaires) ;
  2. Chez les jeunes filles de 13-14 ans ne présentant aucun signe de puberté (croissance, développement des caractères sexuels secondaires comme l’augmentation de la taille des seins, des poils pubiens, etc).

Causes

Les causes soutenant une aménorrhée primaire peuvent être multiples mais les plus courants sont surtout :

  1. Une malformation congénitale de l’organe reproducteur, dont l’utérus : cette anomalie peut entraîner un blocage du flux menstruel.
  2. Une maladie ou anomalie d’ordre génétique telle que : le syndrome de Turner, le syndrome de Kallmann, la surproduction d’hormones masculines par les glandes surrénales (hyperplasie surrénale congénitale) ainsi que les troubles entraînant le développement d’organes génitaux ambigus, c’est-à-dire ni masculins ni féminins (hermaphrodisme).

Attention, ces 2 types de causes (congénitale et génétique) peuvent être constatés très tardivement lors d’une aménorrhée primaire.

A savoir ! Le syndrome de Kallmann est une affection rare qui associe un hypogonadisme par insuffisance en hormones gonadotropes hypophysaires et un déficit de la perception des odeurs. Il touche plus souvent les individus de sexe masculin (entre 5 et 10 hommes pour une femme).

A savoir ! Parfois, la puberté est retardée chez des jeunes filles qui ne présentent aucun trouble, et les règles normales apparaissent tout simplement à un âge plus avancé. Un tel retard dans la puberté est parfois fréquent dans une famille.

L’aménorrhée secondaire

Définition

L’aménorrhée est dite secondaire lorsqu’il y a interruption totale des règles (plus de 3 mois en général) chez une femme ayant déjà eu ses règles mais pas encore ménopausée.

Causes

Les causes les plus fréquentes de l’aménorrhée secondaire sont les suivantes :

  1. La grossesse : principale cause d’aménorrhée secondaire ;
  2. L’allaitement ;
  3. Un dysfonctionnement de l’hypothalamus : le stress ou la pratique intensive d’une activité sportive peuvent perturber l’hypothalamus, provoquant ainsi l’arrêt des règles. Une faible alimentation (comme c’est le cas chez les femmes souffrant de troubles du comportement alimentaire) et des troubles mentaux (comme la dépression ou le trouble obsessionnel compulsif) peuvent aussi provoquer un dysfonctionnement de l’hypothalamus. La radiothérapie ou une blessure sont d’autres facteurs pouvant entraîner également un dysfonctionnement de l’hypothalamus.
  4. Le syndrome des ovaires polykystiques : troubles endocriniens provoquant un excès d’androgènes.
  5. Une ménopause précoce (insuffisance ovarienne précoce) ;
  6. Un dysfonctionnement de l’hypophyse : il peut résulter d’une lésion ou des taux élevés en prolactine.
  7. L’utilisation de certains médicaments, comme les pilules contraceptives (contraceptifs oraux), les antidépresseurs ou les médicaments antipsychotiques : ils peuvent être à l’origine d’une augmentation du taux en prolactine (exemple dans les tumeurs hypophysaires).

Diagnostic

Le diagnostic débute tout d’abord par un interrogatoire avec le médecin qui pose des questions sur les antécédents médicaux de la patiente, et plus précisément sur son historique menstruel (nature des cycles antérieurs : irrégularité, longueur, abondance des règles).
Un examen clinique est ensuite envisagé pour approfondir la cause et la nature de l’aménorrhée et adapter les examens complémentaires réalisés ultérieurement.

Concernant l’historique menstruel, le médecin détermine si l’aménorrhée est primaire ou secondaire, en demandant à la jeune fille ou à la femme si elle a déjà eu des règles. Si c’est le cas, il lui demande à quel âge elles sont apparues et quand les dernières menstruations ont eu lieu. Il lui demande également de décrire les règles :

  1. Durée ;
  2. Fréquence ;
  3. Régularité ;
  4. Abondance ;
  5. Présence de tension mammaire ou de changements de l’humeur liés aux règles.

Dans le cas où la jeune fille n’aurait jamais eu ses règles (aménorrhée primaire), le médecin va poser des questions relatives à l’apparition des caractères sexuels secondaires tels que le développement mammaire (seins), des poils pubiens et axillaires ou bien la poussée de croissance. L’examen clinique va aussi servir à déterminer si les caractères se sont bien développés (examen des seins, examen pelvien).
Ces informations vont permettre ainsi au médecin d’écarter certaines pistes et de savoir si la cause de l’aménorrhée est d’origine génétique ou non (après interrogation des membres de la famille).

Par ailleurs, le médecin va aussi orienter son entretien sur d’autres symptômes pouvant suggérer une cause et sur l’usage médicamenteux, pratiques sportives, habitudes alimentaires et d’autres conditions susceptibles de provoquer une aménorrhée.

Les symptômes pouvant suggérer une cause peuvent être les suivants :

  1. L’écoulement de lait provenant des deux mamelons : cet écoulement anormal peut provenir de maladies hypophysaires ou de médicaments augmentant les taux de prolactine ;
  2. La présence de céphalées et une perte partielle de la vision ou une vision double : ces troubles peuvent résulter de tumeurs hypophysaires ou de l’hypothalamus ;
  3. Le développement de caractères masculins (une pilosité corporelle excessive, réduction du timbre de la voix, augmentation de la masse musculaire) : peut découler du syndrome des ovaires polykystiques, de tumeurs produisant les hormones masculines ou de l’utilisation de médicaments, tels que des hormones synthétiques masculines (androgènes), des antidépresseurs ou des hormones synthétiques féminines, appelées progestatifs, à fortes doses ;

Traitement

Dans le cas où la jeune fille présente un retard des règles et que tous les examens cliniques sont normaux, une surveillance de sa puberté est réalisée tous les 3 à 6 mois. Pour stimuler sa puberté, il est parfois prescrit à la patiente des progestatifs ou des ’œstrogènes pour déclencher les premières règles ainsi que l’apparition des caractères sexuels secondaires.

S’il s’agit d’une anomalie congénitale affectant l’appareil génital, dans ce cas, une chirurgie peut être envisagée pour rétablir l’écoulement du flux menstruel.

Néanmoins, s’il s’agit d’une maladie génétique à l’origine de l’aménorrhée, aucune guérison ne peut être garantie.

Lucie B., Biologiste spécialisée en E-santé

– Les aménorrhées. Homéopathes sans frontières France. – Consulté le 05 octobre 2017.
– Chapitre 13 – Aménorrhées : aspects endocriniens (295). Faculté de médecine Pierre et Marie Curie. – Consulté le 05 octobre 2017.
– Aménorrhée. Le Manuel Merck. JoAnn V. Pinkerton. – Consulté le 05 octobre 2017.
– Diagnostic d’une aménorrhée – Volume 1/Numéro 3. John Libbey Eurotext. Décembre 1999.