Maladie d’Alzheimer : mieux prédire l’évolution de la maladie pour une meilleure prise en charge

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Rédigé par Alexia F. et publié le 30 mars 2022

En France, un million de personnes sont atteintes de la maladie d’Alzheimer. La recherche avance afin de mieux comprendre cette pathologie pour améliorer sa prise en charge. Jusqu’à présent, aucun marqueur prédictif de l’évolution clinique de la malade n’avait été défini. Une étude, publiée dans le Journal of neurology, neurosurgery and psychiatry, dévoile que la protéine tau constitue un marqueur de l’évolution de la maladie d’Alzheimer. Explications.

maladie d'Alzheimer un marqueur prédictif

Maladie d’Alzheimer : la manque de marqueur prédictif est un frein pour la prise en charge

La maladie d’Alzheimer est la maladie neurodégénérative la plus fréquente en France. Elle se caractérise par l’accumulation anomale de dépôts de protéines amyloïde et tau, dans le cerveau. Plus précisément, les protéines amyloïdes vont s’accumuler à l’extérieur des neurones et les protéines tau à l’intérieur. Ces agglomérats protéiques induisent une dégénérescence des neurones et l’altération de leur fonctionnement. L’accumulation des protéines débute 10 à 20 ans avant l’apparition des symptômes. La maladie d’Alzheimer ne touche pas uniquement les personnes âgées. Une proportion importante de patients est atteinte dès l’âge de 60 ans.

Par ailleurs, des études ont déjà montré que la localisation des lésions induites par l’accumulation de la protéine tau est corrélée aux symptômes cliniques. La maladie d’Alzheimer se manifeste par une atteinte de nombreuses fonctions cognitives. Son symptôme caractéristique est l’amnésie progressive, c’est-à-dire la difficulté à retenir une information. Celle-ci peut s’accompagner d’une :

  • Aphasie, c’est-à-dire une perte de la faculté à s’exprimer ;
  • Agnosie, qui est la difficulté à reconnaître des visages ou des objets ;
  • Apraxie, qui désigne des difficultés pour exécuter certains gestes.

À savoir ! Les fonctions cognitives représentent l’ensemble des capacités nous permettant d’être en interaction avec notre environnement. Ce sont elles qui permettent de percevoir, se concentrer, acquérir des connaissances, raisonner, s’adapter et interagir avec les autres.

Cependant, la rapidité de son développement clinique est extrêmement variable d’un patient à l’autre. En effet, certains patients connaissent une évolution relativement lente de la maladie, tandis que d’autres subissent une altération très rapide de leurs fonctions cognitives. Aujourd’hui, il n’existe aucun marqueur pronostique fiable prédisant son évolution clinique chez un patient donné. Or, sans prédiction de l’évolution de la maladie, il est difficile de proposer une prise en charge adaptée aux patients.

36 patients atteints de la maladie d’Alzheimer ont été suivi pendant 2 ans

Dans ce contexte, une étude menée par des chercheurs et médecins français a voulu définir un marqueur prédictif de l’évolution clinique de la maladie d’Alzheimer. Pour cela, les scientifiques ont suivi, pendant 2 ans, 36 patients présentant un stade débutant de la maladie. Dans un premier temps, les patients ont bénéficié d’un bilan clinique détaillé explorant les fonctions cognitives. En complément, deux évaluations de neuroimagerie ont été pratiquées :

  • Une IRM permettant de mesurer l’atrophie cérébrale, qui est une conséquence fréquente de la maladie d’Alzheimer ;
  • Une Tomographie par Emission de Positons (TEP) qui est une technique d’imagerie permettant de détecter l’accumulation anormale des protéines (amyloïde et tau) et leur répartition dans le cerveau.

Ensuite, les patients ont effectué des bilans cognitifs annuels et une seconde IRM en fin de suivi.

À savoir ! La Tomographie par Emission de Positons permet de mesurer une activité métabolique ou moléculaire dans un organe donné. Son principe repose sur celui de la scintigraphie. Il s’agit de l’injection d’un traceur permettant d’observer une image du fonctionnement d’un organe ou la présence d’une cible, dans le cas de cette étude, les protéines amyloïde et tau. La TEP sert d’outil diagnostic car elle permet de déceler des pathologies se traduisant par une altération de la physiologie normale comme les cancers ou la démence.

La protéine tau, marqueur prédictif de l’évolution clinique de la maladie d’Alzheimer

Les résultats de l’étude révèlent que la quantité initiale de protéine tau accumulée est associée à l’évolution des troubles cognitifs et de l’atrophie cérébrale. En clair, l’intensité des dépôts de la protéine tau, mesurée par la TEP, prédit l’évolution clinique de la maladie. De plus, les chercheurs ont mis en évidence une association entre la localisation des agrégats de protéine tau et les symptômes déclenchés durant les deux années de suivi. En effet, l’accumulation de la protéine tau dans des régions associées à certaines fonctions cognitives engendre leur déclin. Ainsi, cette étude souligne l’importance de la protéine tau dans les mécanismes de la maladie d’Alzheimer. Elle possède une valeur prédictive sur l’évolution clinique de la maladie.

Ces résultats sont cruciaux pour améliorer la prise en charge des patients. Ils permettent également d’identifier les malades à haut risque évolutif pour les essais cliniques. Ces travaux révèlent également l’utilité de la TEP qui permettrait aux équipes médicales de mieux anticiper l’évolution des troubles cognitifs des patients. Tout cela dans le but d’une meilleure prise en charge et d’un accompagnement optimisé des patients.

Alexia F., Docteure en Neurosciences

Sources
– Lagarde J, et al. Tau-PET imaging predicts cognitive decline and brain atrophy progression in early Alzheimer’s disease. J Neurol Neurosurg Psychiatry. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov. Consulté le 30 mars 2022.
– Prédire la rapidité de l’évolution de la maladie d’Alzheimer pour une meilleure prise en charge du patient : la recherche avance. presse.inserm.fr. Consulté le 30 mars 2022.

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