Produits de contraste iodés : quels risques rénaux après 70 ans ?
Les produits de contraste iodés sont largement utilisés lors de certains examens d’imagerie médicale, notamment les angiographies. Mais ces substances peuvent-elles présenter un risque pour les reins chez les personnes âgées ? Le Dr Pouvelle, radiologue interventionnel à l’Hôpital Parly 2 (Ramsay Santé), explique pourquoi ces examens restent globalement sûrs, tout en nécessitant certaines précautions chez les patients les plus fragiles.

Les produits de contraste iodés sont utilisés dans de nombreux examens d’imagerie afin de mieux visualiser les organes ou les vaisseaux sanguins. Ils sont notamment indispensables lors d’une angiographie, un examen permettant d’explorer l’intérieur d’un vaisseau sanguin. « Une angiographie est un examen d’imagerie permettant de visualiser l’intérieur d’un vaisseau sanguin », explique le Dr Pouvelle.
Concrètement, un cathéter – un petit tube souple – est introduit dans un vaisseau pour y injecter un produit de contraste iodé. Des images radiologiques sont ensuite réalisées en temps réel afin de visualiser la circulation sanguine. « L’utilisation d’un produit de contraste est nécessaire car les vaisseaux sanguins ont la même densité que les organes voisins. Sans ce produit, ils ne seraient pas visibles sur l’imagerie », précise le radiologue.
Ces examens peuvent être réalisés dans un objectif diagnostique, par exemple pour explorer les artères du cœur lors d’une coronarographie, mais aussi dans un but thérapeutique.
Des examens plus fréquents avec l’âge
Avec le vieillissement de la population, ces examens sont de plus en plus réalisés chez les personnes âgées. « Avec l’âge, les pathologies augmentent en prévalence dans la population », rappelle le Dr Pouvelle. Les maladies vasculaires deviennent plus fréquentes, mais ce n’est pas la seule raison. Certaines pathologies comme les cancers ou l’hypertrophie bénigne de la prostate nécessitent également des explorations ou des traitements utilisant les vaisseaux sanguins.
Dans le même temps, la médecine évolue vers des techniques de plus en plus mini-invasives. De plus en plus de traitements sont désormais réalisés directement à l’intérieur des vaisseaux sanguins. « La médecine tend à être de plus en plus mini-invasive et les traitements réalisés à l’intérieur des vaisseaux sanguins s’inscrivent précisément dans cette évolution », souligne le spécialiste.
Les reins sont-ils plus fragiles après 70 ans ?
Les produits de contraste iodés ont longtemps suscité des inquiétudes concernant leur impact sur la fonction rénale. Aujourd’hui, leur sécurité s’est nettement améliorée. « Depuis leur développement dans les années 1950, les produits de contraste ont beaucoup évolué et présentent aujourd’hui des profils de sécurité bien supérieurs, notamment pour la fonction rénale », explique le Dr Pouvelle.
L’âge en lui-même n’est d’ailleurs pas considéré comme un facteur de risque direct. « Globalement, l’âge n’est pas un facteur de risque indépendant d’insuffisance rénale liée à l’injection de produit de contraste », précise le radiologue.
En revanche, le risque peut augmenter chez les patients présentant déjà une insuffisance rénale. Or cette situation devient plus fréquente avec l’âge. « La prévalence de l’insuffisance rénale augmente significativement avec l’âge et concerne aujourd’hui environ 17 à 19 % des personnes de plus de 60 ans », indique le Dr Pouvelle.
Quels patients sont les plus à risque ?
Le principal facteur de risque reste donc l’existence d’une insuffisance rénale préalable. « Le risque lié à l’injection de produit de contraste iodé survient surtout chez un patient présentant une insuffisance rénale préexistante ou chez un patient déshydraté », explique le spécialiste.
Certains éléments liés à l’examen lui-même peuvent également augmenter ce risque, notamment l’utilisation de doses élevées de produit de contraste ou la réalisation d’injections répétées sur une courte période. Les examens cardiovasculaires interventionnels peuvent également exposer à des doses plus importantes.
Comment la fonction rénale est-elle évaluée avant l’examen ?
Avant de réaliser une angiographie ou tout autre examen nécessitant un produit de contraste iodé, les médecins vérifient systématiquement la fonction rénale. « Les médecins évaluent la fonction rénale grâce au dosage de la créatinine dans le sang », explique le Dr Pouvelle.
La créatinine est une substance éliminée par les reins. Lorsque sa concentration augmente dans le sang, cela peut indiquer une diminution de la filtration rénale. À partir de cette mesure, les médecins calculent le débit de filtration glomérulaire, c’est-à-dire la capacité des reins à filtrer le sang. « Lorsque ce débit est inférieur à certains seuils, le risque d’aggravation de la fonction rénale après injection de produit de contraste devient plus important », précise le radiologue.
Quelles précautions pour limiter les risques ?
Plusieurs mesures permettent aujourd’hui de réduire les risques chez les patients fragiles. La première consiste à adapter les doses utilisées. « Il faut toujours utiliser la dose minimale de produit de contraste nécessaire », rappelle le Dr Pouvelle.
Les médecins veillent également à espacer les injections lorsque plusieurs examens sont nécessaires. « Les injections doivent être espacées de plus de quatre heures et parfois jusqu’à 48 heures en cas d’insuffisance rénale sévère », précise-t-il. Chez certains patients, une hydratation par voie intraveineuse peut également être mise en place pour protéger la fonction rénale.
Existe-t-il des alternatives pour les patients fragiles ?
Lorsque le risque rénal est jugé trop important, certaines alternatives peuvent être envisagées. « Il n’existe pas de contre-indication absolue à l’injection de produit de contraste iodé. L’utilisation se fait toujours selon le rapport bénéfice-risque pour le patient », souligne le Dr Pouvelle.
Dans certaines situations, une angiographie peut néanmoins être réalisée sans produit iodé grâce à l’utilisation de dioxyde de carbone, via des injecteurs de CO₂ dédiés, comme ceux utilisés en pratique clinique (notamment le dispositif Angiodroid à l’Hôpital Parly 2). « L’angiographie au CO₂ constitue une alternative intéressante, notamment chez les patients présentant une insuffisance rénale », explique le spécialiste. Ce gaz permet de visualiser les vaisseaux sans exposer les reins aux produits iodés et sans provoquer de réaction allergique.
Une prise en charge globale chez les patients très âgés
Chez les patients de plus de 80 ans, la sécurisation de ces examens repose sur une évaluation globale de l’état de santé. « Après 80 ans, les patients peuvent présenter plusieurs fragilités qui rendent ces interventions plus délicates », souligne le Dr Pouvelle.
Plusieurs précautions sont alors prises : évaluation gériatrique, adaptation des traitements, protocole d’hydratation personnalisé et surveillance après l’intervention. « Une prise en charge gériatrique globale permet de rendre accessibles au plus grand nombre ces traitements parfois vitaux », conclut le radiologue.
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