Sommeil et AVC : des liens complexes

Jun 23, 2018 par

Depuis plusieurs années, différentes études scientifiques ont mis en évidence que le manque de sommeil augmente le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC). Si le lien entre AVC et sommeil a été étudié, que devient-il après l’accident cardiovasculaire ? Une question sur laquelle se sont penchés des chercheurs de plusieurs pays européens, qui viennent de publier leurs résultats dans la revue scientifique Scientific Reports.

lien avc sommeil

Le manque de sommeil : un facteur de risque d’AVC

Plusieurs études scientifiques récentes ont pointé du doigt le manque de sommeil dans le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC).

Une étude américaine de 2012 indiquait que dormir moins de 6 heures par nuit était associé à un risque accu d’AVC. L’une des hypothèses avancées pour expliquer un tel lien était une association entre une mauvaise qualité du sommeil et une alimentation déséquilibrée, un facteur de risque connu d’AVC. Une autre étude a ainsi montré que le manque de sommeil incite les personnes à consommer plus d’aliments riches en sucres, en sel et en graisses.

Depuis, de nouvelles études ont permis de mieux comprendre le lien entre les troubles du sommeil et le risque d’AVC, en apportant de nouvelles informations :

  • Les femmes souffrant d’apnée du sommeil présenteraient un risque aussi élevé que les hommes de développer un AVC;
  • Le risque d’AVC pourrait quadrupler chez les personnes souffrant de troubles du sommeil ;
  • Chez les personnes âgées, le manque de sommeil pourrait contribuer au phénomène d’athérosclérose, un mécanisme clé dans le développement des accidents cardiovasculaires.

Enfin, en 2016, des chercheurs ont tenté de déterminer la durée optimale du sommeil pour minimiser le risque d’AVC, une durée qu’ils ont évaluée à 7-8 heures de sommeil par nuit.

Le sommeil influencerait aussi les suites de l’AVC

Si le manque de sommeil contribue au risque d’AVC, quel est son effet après la survenue de l’accident cardiovasculaire ? Pour répondre à une telle question, des chercheurs de plusieurs pays européens ont mené une étude sur les signaux cérébraux de deux groupes de personnes :

  • Des patients victimes d’un AVC vivant à leur domicile au moins un an après leur accident vasculaire ;
  • Des personnes témoins en bonne santé.

Le protocole d’étude comportait deux types d’examens, visant à déterminer les caractéristiques physiologiques du sommeil et la somnolence diurne de ces deux catégories de personnes :

  • Un polysomnogramme effectué sur deux nuits : le polysomnogramme est un examen incontournable dans l’étude du sommeil. Il combine les données de l’électroencéphalogramme (EEG) avec des données sur la respiration, l’activité cardiaque et musculaire et sur les mouvements oculaires.
  • Un test itératif de latence d’endormissement : ce test est une analyse de l’activité cérébrale sur une durée de 24 à 48 heures pour dépister une éventuelle pathologie d’endormissement en sommeil paradoxal.

Le sommeil : un élément important de la prise en charge de l’AVC

Par rapport aux personnes en bonne santé, les patients victimes d’un AVC présentaient des caractéristiques du sommeil différentes à plusieurs niveaux :

  • La continuité du sommeil ;
  • L’architecture du sommeil ;
  • Les caractéristiques de l’EEG.

D’une manière générale, les victimes d’AVC présentaient une moins bonne qualité de sommeil, des latences d’endormissement plus importantes et une moindre efficacité du sommeil. Elles étaient également plus exposées aux réveils nocturnes, tout en étant moins capables de s’endormir durant la journée. En revanche, la durée totale de sommeil restait similaire entre les deux groupes.

Selon les chercheurs, les victimes d’AVC présentaient des troubles du sommeil apparentés à l’insomnie, qui pourraient avoir des conséquences négatives, telles que :

  • Une réduction des capacités à récupérer de leur AVC ;
  • Un risque accru de dépression ;
  • Un risque accru d’un nouvel AVC.

Les auteurs de l’étude soulignent la nécessité de mieux prendre en compte le sommeil dans la prise en charge globale de l’AVC. Ils suggèrent également que des mécanismes similaires pourraient exister entre des troubles du sommeil et d’autres maladies chroniques.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Les troubles du sommeil augmentent le risque d’AVC. Neuromedia. Mis à jour en janvier 2016.
– Post-stroke insomnia in community-dwelling patients with chronic motor stroke: Physiological evidence and implications for stroke care. Sterr, A. and al. 2018. Scientific Reports 8 (8409). DOI:10.1038/s41598-018-26630-y.
Estelle B.
Pharmacienne
Spécialiste de l'information médicale et de l'éducation thérapeutique du patient.
Passionnée par les domaines de la santé et de l'environnement marin.
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