Antipsychotiques : un suivi médical des patients trop insuffisant

Nov 9, 2018 par

Surpoids, cholestérol, diabète…les risques liés à la prise régulière de médicaments antipsychotiques, appelés anciennement neuroleptiques, sont nombreux. Récemment, et en référence à l’enquête du Docteur Marine Le Pierres pour sa thèse en psychiatrie, l’ANSM (Agence Nationale de sécurité du médicament et des produits de Santé) rappelle les recommandations de suivi métabolique pour les patients sous antipsychotiques.

antipsychotiques

Moins de 3 % des personnes sous antipsychotiques réalisent un suivi régulier

Les médicaments antipsychotiques sont généralement prescrits pour le contrôle des symptômes de la schizophrénie et du trouble bipolaire.

Certains antipsychotiques ont aussi d’autres indications spécifiques pour traiter certains symptômes de l’autisme ou encore ceux de la dépression majeure.

En France, on estime qu’entre 0,8 % et 2,7 % de la population française suit ce type de traitement.

D’après une thèse en psychiatrie présentée le 11 octobre 2018 à l’université de Nantes et se basant sur les données de 20 000 personnes affiliées à l’Assurance Maladie de Loire-Atlantique, moins de 3 % des patients prenant des antipsychotiques sont suivis consciencieusement sur le plan médical et 15 % ne sont pas contrôlés du tout.

Ce suivi consiste notamment à :

  • Réaliser des bilans sanguins fréquemment (glycémie, cholestérol, triglycérides) ;
  • Suivre régulièrement lIMC (Indice de Masse Corporelle) et le tour de taille ;
  • Vérifier la tension artérielle et le fonctionnement cardiaque.

Pourtant, la prise de ces médicaments antipsychotiques expose les patients à un risque non négligeable de développer différents types de maladies cardiovasculaires telles que l’athérosclérose.

Ces effets indésirables sont d’ailleurs plus importants avec certaines molécules, telles que la clozapine ou l’olanzapine.

À savoir ! La clozapine est prescrite dans le cas d’un diagnostic de schizophrénie, lorsque les autres traitements antipsychotiques sont restés inefficaces ou avaient des effets indésirables difficiles à supporter. Il est aussi prescrit pour traiter certains troubles psychiques au cours de la maladie de Parkinson, en cas d’échec des autres traitements.

 L’olanzapine a des propriétés antipsychotiques, mais elle agit également comme régulateur de l’humeur (on parle de thymorégulateur). Il est utilisé dans le traitement de la schizophrénie, des épisodes maniaques et dans la prévention des récidives chez les personnes ayant un trouble bipolaire.

Ce risque est d’autant plus élevé que le patient suit une mauvaise hygiène de vie associant sédentarité, tabagisme et alimentation déséquilibrée.

À savoir ! Une étude française récente portant sur 600 patients atteints de schizophrénie et stabilisés a montré que la prévalence du syndrome métabolique est deux fois plus importante chez eux que dans la population générale âgée de 40 ans (24,2 % contre 10 %). Les auteurs de cet article paru dans la revue “Encéphale” ont repéré que seulement 10 % des sujets hypertendus, 18 % des patients diabétiques, et 8 % des personnes présentant une dyslipidémie bénéficiaient d’un traitement ou d’un suivi hygiénodiététique adéquat.

Le rôle essentiel du médecin traitant

L’ANSM rappelle donc qu’avant l’instauration d’un traitement antipsychotique, le médecin doit rechercher les facteurs de risque du patient comme ses antécédents médicaux personnels et familiaux, son environnement et son hygiène de vie.

Pendant le traitement, il est nécessaire de pratiquer une stratégie de surveillance (bilan médical, bilan biologique) en adéquation avec les facteurs de risque du patient et le type de traitement suivi.

Le médecin traitant doit également :

  • Informer les patients et leur entourage de la nécessité de consulter rapidement, en cas de survenue de symptômes évocateurs d’un diabète comme une polyurie (volume urinaire important), une polydipsie (sensation de soif permanente) et/ou une perte de poids;
  • Rappeler les règles hygiéno-diététiques ;
  • Etre en rapport avec le psychiatre et faire intervenir un spécialiste (cardiologue, nutritionniste etc.) si la prise en charge thérapeutique le nécessite

Il est donc important de garder à l’esprit que le profil bénéfice-risque lié à la prise d’antipsychotiques n’est pas totalement favorable et qu’il faut rester vigilant sur le risque de survenue de problèmes métaboliques.

Les données de pharmacovigilance et les études pharmaco-épidémiologiques ont montré que leur administration est associée à une augmentation du risque de troubles métaboliques incluant prise de poids, diabète insulinodépendant, dyslipidémies.

Ces troubles contribuent à augmenter la fragilité de la santé des personnes souffrant de troubles psychiatriques sévères et à réduire leur espérance de vie.

Par ailleurs, ces effets secondaires métaboliques sont particulièrement préoccupants chez les enfants et les adolescents.

Julie P., Journaliste scientifique

– Usage et mésusage des médicaments psychotropes : les antipsychotiques, nouvelle panacée pour les troubles psychiatriques ? Hélène Verdoux et al. Académie française de médecine. Consulté le 7 novembre 2018.

– Antipsychotiques : rappel des mesures de suivi cardio-métabolique. Point d’Information. ANSM. Consulté le 29 octobre 2018.

– Schizophrénie : des failles dans la prise en charge du syndrome métabolique et de la dépression selon l’expérience des centres FondaMental. Le quotidien du médecin. C. Garré. Consulté le 7 novembre 2018.

Julie P.
Journaliste scientifique.
Spécialiste de l'information médicale.
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