Don et greffe de moelle osseuse

Greffe de moelle osseuseLe don de moelle osseuse permet chaque année de sauver la vie de nombreux malades, en attente d’une greffe de cellules souches hématopoïétiques.

Moelle osseuse et cellules souches hématopoïétiques

La moelle osseuse est une substance particulière, essentiellement présente dans les os plats de l’organisme. Elle renferme en grande quantité des cellules souches hématopoïétiques, qui sont les cellules à l’origine de l’ensemble des cellules du sang, à savoir :

  • Les globules rouges ou hématies ;
  • Les globules blancs, de différents types (polynucléaires, macrophages, lymphocytes, …) ;
  • Les plaquettes, qui participent à la coagulation du sang.

À savoir ! Il ne faut pas confondre moelle osseuse et moelle épinière. La moelle osseuse est située à l’intérieur des os, tandis que la moelle épinière est le prolongement du système nerveux central dans un canal situé à l’arrière de la colonne vertébrale.

Le don de moelle osseuse correspond au recueil d’une partie des cellules souches hématopoïétiques du donneur. Ces cellules sont ensuite greffées chez un receveur compatible, lors d’une greffe de moelle osseuse ou greffe de cellules souches hématopoïétiques. Une fois greffées, les cellules souches hématopoïétiques peuvent reconstituer l’ensemble des cellules sanguines chez le patient.

Aspects réglementaires

En France, le don de moelle osseuse est encadré par la loi. L’organisme chargé de la gestion du don de moelle osseuse et de la greffe de cellules souches hématopoïétiques est l’Agence de Biomédecine (ABM).

En 1986, a été créé le registre national des donneurs de moelle osseuse, le registre France Greffe de Moelle, géré par l’Agence de Biomédecine, qui est elle-même sous la tutelle du ministère en charge de la santé. Ce registre est destiné aux patients qui sont en attente d’une greffe de cellules souches hématopoïétiques, et pour lesquels il n’existe pas de donneurs compatibles dans leur fratrie. Ce registre rassemble l’ensemble des donneurs volontaires pour un don de moelle osseuse sur le territoire français, ce qui représente actuellement plus de 210 000 donneurs.

Le registre France Greffe de Moelle a plusieurs missions :

  • Centraliser l’ensemble des données sur les donneurs de moelle osseuse ;
  • Assurer la coordination et l’organisation des prélèvements de moelle osseuse ;
  • Rechercher le donneur le plus compatible pour les patients en attente de greffe, en France et dans le monde ;
  • Garantir l’anonymat entre le donneur et le receveur.

Pour mener à bien ses missions, le registre France Greffe de Moelle collabore étroitement avec les centres donneurs, les équipes de greffes et les registres internationaux de donneurs. Il est notamment membre de la WMDA (World Marrow Donor Association), une association de 73 registres internationaux, qui représente 27 millions de donneurs dans près de 60 pays.

Le don de moelle osseuse

En France, pour devenir donneur de moelle osseuse, cinq étapes sont nécessaires :

  • Un temps de réflexion pour s’informer et réfléchir à l’engagement que représente le don de moelle osseuse. Ce délai est laissé à l’appréciation de chaque candidat donneur.
  • Une demande de pré-inscription à l’Agence de Biomédecine, organisme chargé de la gestion du registre des donneurs de moelle osseuse. Cette demande peut se faire par trois moyens différents : courrier électronique, téléphone ou courrier postal.
  • Un rendez-vous médical fixé par le centre d’accueil du lieu de résidence du candidat donneur (Etablissement Français du Sang (EFS) ou centre hospitalier selon les départements). Une prise de sang sera effectuée au cours de ce rendez-vous pour déterminer votre typage HLA (analyse de sang qui permettra d’établir la compatibilité sanguine entre donneur et receveur).
  • L’inscription sur le registre national de l’Agence de Biomédecine, si le candidat donneur remplit toutes les conditions pour devenir donneur de moelle osseuse.
  • Le candidat donneur doit en permanence rester joignable par l’ABM et doit donc signaler tout changement éventuel de coordonnées ou de situation médicale.

Etre inscrit sur le registre des donneurs ne signifie pas que la personne sera systématiquement sollicitée pour donner sa moelle osseuse. Elle peut être contactée très rapidement, après des années ou jamais. Tout dépend des besoins et de la compatibilité entre le donneur et le receveur.

Pour devenir donneur de moelle osseuse, il est impératif de remplir un certain nombre de conditions :

  • Avoir plus de 18 ans et moins de 51 ans au moment de son inscription sur le registre. L’inscription se poursuit jusqu’aux 60 ans du donneur et il est possible de donner sa moelle osseuse jusqu’à 60 ans.
  • Etre en parfaite santé.
  • Accepter de répondre en toute sincérité à un questionnaire de santé et de réaliser une prise de sang.

Etre en parfaite santé implique notamment de ne présenter aucune contre-indication au don de moelle osseuse. L’existence de contre-indications au don est vérifiée par le médecin au cours du rendez-vous médical précédant l’inscription sur le registre, afin de garantir la sécurité à la fois du donneur et du receveur. Les principales contre-indications au don de moelle osseuse sont les suivantes :

  • Les pathologies cardiaques ;
  • L’hypertension artérielle ;
  • Les maladies respiratoires ;
  • Les maladies neurologiques ;
  • Les affections métaboliques, comme le diabète ou l’insuffisance hépatique ;
  • Les antécédents de cancers ;
  • Les antécédents d’accidents thromboemboliques veineux, comme les phlébites ou l’embolie pulmonaire ;
  • Les atteintes dorsales et lombaires invalidantes ;
  • Les pathologies neuromusculaires ;
  • Les comportements sexuels à risque ;
  • L’œdème de Quincke ;
  • La prise de médicaments à long terme, excepté la contraception orale.

En France, le don de moelle osseuse, comme le don du sang ou les dons de gamètes, est régi par trois principes fondamentaux, qui sont :

  • L’anonymat : le donneur accepte de donner sa moelle pour un patient dont il ne connaîtra jamais l’identité et qui peut se trouver en France ou à l’étranger.
  • Le libre consentement ou volontariat : le don est un choix accepté, confirmé devant le Tribunal de Grande Instance, lorsque le donneur est sollicité pour un don. Ce consentement reste révocable à tout moment.
  • La gratuité : le don est totalement désintéressé. En revanche, l’intégralité des frais pour le prélèvement, l’hospitalisation, le transport et si besoin la perte de rémunération est prise en charge.

En pratique, le prélèvement de moelle osseuse peut s’effectuer selon deux techniques :

  • Un prélèvement dans les os postérieurs du bassin : ce type de prélèvement permet de recueillir les cellules souches hématopoïétiques et leur milieu environnant. Le prélèvement est effectué au cours d’une intervention chirurgicale, au bloc opératoire, sous anesthésie générale. Deux jours d’hospitalisation sont généralement nécessaires. Le volume de moelle osseuse prélevé est déterminé par le médecin greffeur en fonction du poids respectif du donneur et du receveur.
  • Le prélèvement dans le sang par une technique appelée l’aphérèse : ce mode de prélèvement ne permet de recueillir que les cellules souches hématopoïétiques en grande quantité. Avant le don, un médicament est injecté par voie sous-cutanée au donneur pendant plusieurs jours pour stimuler la production de cellules souches hématopoïétiques et leur passage dans la circulation sanguine. Au moment du don, le sang du donneur est prélevé, les cellules souches hématopoïétiques sont recueillies par un procédé spécifique et le reste du sang est réinjecté au donneur. Une à deux séances d’aphérèse, d’environ 4 heures sont nécessaires.

Le choix du type de prélèvement de moelle osseuse appartient au médecin greffeur, en fonction des besoins du patient receveur. Le donneur ne peut pas choisir le mode de prélèvement de sa moelle osseuse.

Lorsque le donneur est identifié par le registre France Greffe de Moelle comme compatible pour un receveur en attente de greffe, la procédure du don de moelle osseuse débute et comporte plusieurs étapes :

  1. Un contact par le centre donneur qui informe le donneur et lui indique la date du don, entre 1 et 3 mois plus tard.
  2. Un examen médical pré-don et des examens sanguins environ 3 semaines avant le don.
  3. Un consentement formel devant le Tribunal de Grande Instance.
  4. L’admission dans un centre EFS ou un service hospitalier pour le don en lui-même, en fonction du mode de prélèvement choisi par l’équipe de greffe.
  5. Le prélèvement de la moelle osseuse. La moelle osseuse prélevée se reconstitue en seulement quelques jours.
  6. La greffe des cellules souches hématopoïétiques au patient receveur dans les 12 à 36 heures qui suivent le prélèvement, car la moelle osseuse ne se conserve que très peu de temps. Cette greffe se déroule comme une transfusion sanguine, par administration intraveineuse.
  7. Le suivi post-don, avec 3 questionnaires de suivi à retourner au centre donneur le jour du prélèvement, un mois après et un an après.

Chaque année, le centre donneur contacte le donneur prélevé pour se renseigner sur son état de santé et mettre éventuellement à jour ses coordonnées. Un donneur déjà prélevé ne peut être sollicité à nouveau que pour le même receveur.

La greffe de cellules souches hématopoïétiques

La greffe de moelle osseuse, ou greffe de cellules souches hématopoïétiques, constitue une approche thérapeutique importante dans le traitement de certaines maladies. Elle permet de sauver la vie de nombreux patients, qui n’ont parfois aucune autre alternative thérapeutique.

Les principales pathologies qui peuvent nécessiter une greffe de cellules souches hématopoïétiques sont :

  • Les leucémies aigües et chroniques, chez l’adulte et chez l’enfant, qui sont la première indication des greffes de cellules souches hématopoïétiques à partir d’un don de moelle osseuse.
  • L’aplasie médullaire, maladie rare qui touche les enfants et les adultes jeunes et qui se caractérise par un arrêt du fonctionnement de la moelle osseuse.
  • L’anémie de Fanconi, maladie génétique entraînant une défaillance progressive et sévère de la moelle osseuse.
  • Les déficits immunitaires congénitaux chez les enfants, plus connus sous le nom d’enfants-bulles ou bébé-bulles.
  • La drépanocytose ou anémie falciforme, anomalie héréditaire dans la production des globules rouges.
  • Les thalassémies, anémies héréditaires provoquées par une déficience de synthèse de l’hémoglobine.

La liste des indications de la greffe de cellules souches hématopoïétiques augmente d’année en année. De nouvelles indications thérapeutiques sont toujours en cours d’évaluation dans le cadre d’essais cliniques, en particulier le traitement de certains lymphomes.

À savoir ! Pour réaliser une greffe de cellules souches hématopoïétiques, il existe une alternative au don de moelle osseuse, le don de sang de cordon ou don de sang placentaire. Dans certaines conditions, ce sang de cordon, qui renferme des quantités intéressantes de cellules souches hématopoïétiques peut être greffé chez un patient atteint d’une maladie grave du sang. Les femmes enceintes peuvent décider au cours de leur grossesse de donner le sang du cordon ombilical au moment de l’accouchement, à condition que leur maternité soit habilitée par l’ABM pour ce type de prélèvement. Le don de sang de cordon n’a aucun impact sur le déroulement de l’accouchement ou sur l’état de santé du bébé.

Deux types de greffe de cellules souches hématopoïétiques sont considérés selon leur contexte :

  • Les greffes allogéniques ou allogreffes, lorsque donneur et receveur sont deux personnes différentes ;
  • Les greffes autologues ou autogreffes, lorsque donneur et receveur sont une seule et même personne.

Pour les allogreffes, en France, chaque année, plus de 2 000 personnes ont besoin d’une greffe de moelle osseuse. Donneur et receveur doivent présenter la meilleure compatibilité possible, pour que la greffe soit un succès. La compatibilité est déterminée par une analyse sanguine ou salivaire, appelée le typage HLA (Human Leukocyte Antigen). Ce typage consiste à définir les antigènes présents à la surface des globules rouges. Il représente en quelque sorte la carte d’identité des globules rouges.

La meilleure compatibilité est souvent retrouvée chez les frères et les sœurs, qui ont 1 chance sur 4 d’être compatible entre eux, alors que dans la population générale, deux personnes prises au hasard n’ont qu’une chance sur un million d’être compatibles. Pourtant, dans 75 % des cas, aucun donneur compatible n’est trouvé dans la fratrie et le patient doit attendre un donneur anonyme compatible. Ces chiffres démontrent l’importance que le registre national des donneurs de moelle osseuse soit le plus important possible, pour augmenter les chances de trouver un donneur compatible pour chaque patient qui a besoin d’une greffe.

Une fois le donneur compatible trouvé, la greffe de cellules souches hématopoïétiques se déroule comme une simple transfusion sanguine. Les cellules souches sont administrées par voie intraveineuse au patient. Selon les cas, avant la greffe, la destruction des cellules souches hématopoïétiques du patient est nécessaire par un traitement de chimiothérapie spécifique (étape de conditionnement). Après la greffe, les cellules souches hématopoïétiques du donneur vont  reconstituer une nouvelle moelle osseuse, sans maladie.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Le don de moelle osseuse. Dondemoelleosseuse.fr. Consulté le 6 décembre 2018.
– Le don de moelle osseuse. France ADOT. Consulté le 6 décembre 2018.
– Greffes de cellules souches hématopoïétiques. Institut National du Cancer. Consulté le 6 décembre 2018.