Séniors : un lien entre vitesse de marche et démence

Apr 6, 2018 par

En 2015, on estime que 47 millions de personnes dans le monde sont touchées par la démence. Un trouble cognitif large, incluant la maladie d’Alzheimer, et associant perte de mémoire, déclin du raisonnement et incapacités à réaliser certaines tâches de la vie quotidienne. Comme il n’existe pas encore de traitement curatif, les efforts de recherche se dirigent vers la prévention et notamment l’identification des facteurs accélérant la survenue de cette démence. Après la perte d’audition, l’hypertension artérielle, l’obésité ou la dépression, des chercheurs viennent de découvrir qu’une baisse de la mobilité, et notamment de la vitesse de marche, accélère également la survenue des symptômes de la démence.

femme agée accompagnée par une infirmière vitesse de marche

Vitesse de marche lente et risque de démence

On savait déjà, grâce à un ensemble de travaux scientifiques internationaux, que les personnes âgées ayant une vitesse de marche diminuée avaient plus de risques de développer une démence dans les années à venir comparativement à ceux conservant une vitesse de marche plutôt rapide.

Afin de confirmer cette observation sur un nombre plus important de participants et de mieux comprendre les mécanismes physiologiques reliant vitesse de marche et démence, des chercheurs de l’Université College London ont suivi plus de 3900 individus âgés de plus de 60 ans entre 2002 et 2015.

Ils ont notamment mesuré l’évolution, entre 2002 et 2005, de leur vitesse de marche et de leur cognition puis, entre 2006 et 2015, ils ont mesuré, à nouveau, leurs capacités cognitives.

Ensuite, Ruth Hackett, la première auteure de l’étude, et son équipe ont comparé les personnes qui avaient développé une démence (nombre = 289) avec celles ne présentant pas de troubles cognitifs (nombre = 3643).

Leurs observations ?

Les personnes ayant un risque plus important de développer une démence sont celles :

  • Ayant eu une diminution notable de leur vitesse de marche entre 2002 et 2004 ;
  • Présentant, dès 2002, une vitesse de marche faible ;
  • Ayant une faiblesse dans leurs capacités de penser ou de prendre des initiatives tout au long de l’étude ;
  • Dont les capacités de la fonction cognitive ont diminué au cours de l’étude.

Cependant, les chercheurs ont noté que la diminution de la vitesse de marche et les modifications cognitives n’interagissent pas ensemble pour impacter le risque de développer la démence.

Ce sont des éléments favorisant la démence mais aucune preuve de leur interdépendance ou de leur synergie n’a été jusqu’ici démontrée.

Les mécanismes physiologiques en cause

Cette étude observationnelle sur une population âgée anglaise fournit donc des informations sur la relation chronologique, mais non causale, entre la vitesse de marche et la démence.

En ce qui concerne les mécanismes liant la vitesse de marche à la démence, plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces résultats :

  • Les fonctions motrices (comme la marche) et la cognition sollicitent des régions cérébrales similaires, principalement dans le cortex préfrontal ;
  • La neurodégénérescence est un mécanisme reliant les déclins de la fonction physique et cognitive avec des modifications de la matière blanche et grise dans certaines zones du cerveau ;
  • Les facteurs de risque vasculaire (hypertension, arythmie cardiaque) peuvent également contribuer à ce lien car les lésions microscopiques des vaisseaux du cortex préfrontal et les lésions consécutives à un (Accident Vasculaire Cérébral) sont associées à des changements de la substance blanche ;
  • L’inflammation des tissus neuronaux (neuroinflammation) est également prédictive d’une démence et de troubles de la mobilité.

D’autres travaux sont nécessaires pour comprendre les mécanismes physiologiques qui sous-tendent ces associations et confirmer si l’augmentation de la vitesse de marche réduit significativement le risque de démence.

Si c’est notamment le cas, on peut imaginer que les campagnes de prévention concernant toutes formes de démence seront davantage ciblées avec des programmes d’exercices physiques plus précis pour retarder la survenue de la maladie.

Cependant, et plus globalement, il a déjà été montré que la pratique régulière d’activités physiques chez les séniors retarde la survenue de démence.

Julie P., Journaliste scientifique

– Older adults who have slower walking speeds may have increased risk for dementia? Science Daily. Consulté le 4 avril 2018.
– Walking Speed, Cognitive Function, and Dementia Risk in theEnglish Longitudinal Study of Ageing. The Journal of the American Geriatrics Society. A Hackett et al. Consulté le 4 avril 2018.
Julie P.
Journaliste scientifique.
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