Fontaine à eau, une source sûre ?
Au bureau, à la salle de sport, dans les centres commerciaux… les distributeurs d’eau sont de plus en plus présents en France depuis quelques années dans les établissements recevant du public. Des études récentes, menées à l’international, montrent que ces accès à l’eau ne sont pas sans risque. Eclairage.

Fontaine à eau potable en France : une obligation de 2022
Depuis le 1er janvier 2022, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (loi AGEC) impose à tous les établissements recevant du public (ERP) accueillant plus de 300 personnes (gares, les stades, les musées, les salles de concert, les centres commerciaux) d’installer au moins une fontaine à eau potable, clairement signalée et dont l’accès doit être gratuit.
L’ambition est double : offrir un accès équitable à l’eau dans l’espace public et réduire la consommation de bouteilles en plastique.
Selon le Code de la santé publique, tout responsable de la mise sur le marché d’une fontaine à eau doit s’assurer de différents éléments. En premier lieu, et avant toute mise sur le marché, de disposer de preuves de la conformité sanitaire sur les matériaux et objets constitutifs de son appareil et sur les produits et procédés de traitement d’eau destinée à la consommation humaine mis en œuvre.
Dans les faits, et après avoir obtenu la notice d’utilisation et les recommandations du fournisseur pour l’emploi et l’entretien de la fontaine à eau, c’est le responsable de l’établissement équipé de cette fontaine qui reste responsable de la production et de la distribution d’eau – au sens du Code de la santé publique.
C’est donc à lui que revient la charge de la mise en œuvre régulière d’opérations de nettoyage et de désinfection de la fontaine, mais aussi vérifier le respect de la qualité de l’eau distribuée.
Un contrat de maintenance peut aussi être signé avec le fournisseur de la fontaine.
Distributeurs d’eau : des développement de bactéries qui posent problème
Des chercheurs américains ont passé en revue environ 70 études internationales sur la qualité de l’eau des distributeurs d’eau.
Pour rappel, on classe des fontaines en deux catégories : les systèmes directement raccordés au réseau d’eau du robinet et les distributeurs à bonbonnes utilisent des bouteilles d’eau remplaçables.
Ces résultats, publiés en décembre 2025 dans la revue scientifique AIMS Microbiology mettent en évidence que les fontaines d’eau peuvent présenter des niveaux de contamination microbienne plus élevés que les sources d’eau du robinet qui les alimentent.
Une étude brésilienne qui a analysé des échantillons d’eau prélevée dans ces fontaines met d’ailleurs en avant que 76 % d’entre eux contenaient des bactéries coliformes – un type de bactéries fécales. Ce taux tombait à 36 % pour l’eau du robinet.
Une autre étude, réalisée en Suisse, avait détecté un bacille (Pseudomonas aeruginosa) dans 24 % des échantillons d’eau distribuée contre 10 % dans l’eau du robinet.
D’autres études, italiennes, malaisiennes, iraniennes, allemandes, thaïlandaises, canadiennes, américaines, portant sur l’eau collectée dans des fontaines (écoles, hôpitaux, entreprises et espaces publics) incitent les scientifiques à tirer la sonnette d’alarme. Aucune étude de ce type n’a été réalisée pour l’instant en France.
Selon eux, le problème majeur réside dans la survenue de biofilms. Autrement dit, des communautés de microorganismes qui se fixent sur les surfaces internes et les recoins du distributeur (tuyaux, robinets, vannes, composants) en formant une couche visqueuse.
« Ces endroits constituent des surfaces idéales pour l’implantation de ces communautés bactériennes. Plusieurs facteurs favorisent ces dépôts comme l’usage de matière plastique et le fait que l’eau stagne la nuit ou les jours non ouvrés » détaillent les chercheurs dans le média digital StudyFinds,
Autre facteur problématique : la fontaine peut être un environnement chaud propice au développement de microorganismes et l’usage de filtres à charbon peut accentuer la contamination microbienne s’ils ne sont pas changés à temps. Sans oublier que, contrairement à l’eau du robinet, certaines eaux des distributeurs (fontaine par bonbonne par exemple) ne contiennent pas de chlore résiduel pour limiter la prolifération.
De nombreux travaux ont également mis en avant le fait que les buses de distribution de ces machines sont les plus problématiques, car en étant en contact avec les verres ou gourdes des consommateurs, elles peuvent constituer des voies de transmission possibles de certains pathogènes.
Quelles recommandations pour l’avenir ?
Après la compilation de toutes ces études à l’international, les chercheurs encouragent les pouvoirs publics et les structures privées proposant des fontaines à eau d’améliorer leur surveillance et leur entretien.
Les fabricants de tels dispositifs sont quant à eux invités à utiliser des matériaux (verre, inox) et technologies mieux adaptées à la lutte contre la prolifération bactérienne (composants internes recouverts de nanoparticules, injection de chlore à faible dose, ou de systèmes de stérilisation par UV ou par ozone).
Pour les usagers, il est recommandé de :
- Laisser couler l’eau quelques secondes avant de remplir son verre ;
- Eviter le contact direct entre son contenant à remplir d’eau et l’embout du distributeur.
Si vous vous questionnez sur cette eau mise à disposition dans un lieu public, vous pouvez avoir accès aux informations relatives à sa qualité. Ces données doivent en effet être affichées de manière visible pour les usagers.
– Your Office Water Cooler Might Be Dirtier Than You Think, Study Says. studyfinds.org. Consulté le 19 mars 2026.
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