La prise de médicaments anti-vomitifs serait liée à la survenue d’AVC

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Rédigé par Alexia F. et publié le 29 mars 2022

Les accidents vasculaires cérébraux (AVC) constituent l’une des principales causes de mortalité en France. Des études antérieures avaient démontré que la prise de médicaments antidopaminergiques pouvait augmenter le risque d’AVC. Etant donné que les anti-vomitifs sont des médicaments de la même classe, des chercheurs français ont étudié le lien entre leur consommation et le risque d’AVC. Les résultats de cette étude, publiée dans le British Medical Journal, révèlent une augmentation du risque d’AVC dès le début de la prise des médicaments anti-vomitifs.

AVC et médicaments anti-vomitifs

AVC et consommation d’anti-vomitifs

En France, chaque année, près de 140 000 personnes sont victimes d’un AVC. Il s’agit d’une des principales causes de mortalité, avec 15 à 20% de décès un mois après la survenue de l’AVC. Il est aussi la première cause de handicap acquis chez l’adulte. La gravité de l’AVC dépend de sa localisation et du nombre de zones cérébrales concernées. Il constitue ainsi un véritable enjeu de santé publique. La majorité des AVC survient chez les personnes âgées en moyenne de 74 ans. Dans environ 80% des cas, l’occlusion d’une artère cérébrale par un caillot de sang est responsable de l’AVC. On parle alors d’AVC ischémique.

D’autre part, la consommation de médicament anti-vomitifs, aussi appelés antiémétiques, est courante en France. En effet, en 2017, plus de 4 millions de Français avaient reçu au moins un remboursement pour un des médicaments anti-vomitifs les plus utilisés sur le marché. Les antiémétiques sont utilisés en traitement symptomatiques des nausées et vomissements survenant dans diverses situations telles que la gastro-entérite, la migraine, certains contextes post-opératoires ou durant les chimio- et radiothérapies. La majorité des antiémétiques sont des médicaments antidopaminergiques.

A savoir : Un médicament antidopaminergique est une substance qui bloque l’action du neurotransmetteur appelé dopamine. Outre son action sur le circuit de la récompense (sensation de plaisir) et dans l’initiation des actes moteurs, la dopamine agit également sur une zone cérébrale impliquée dans le réflexe de vomissement. C’est pourquoi la prise de médicaments antidopaminergiques permet de bloquer ce réflexe.

Un risque accru d’AVC dans les premiers jours de prise d’anti-vomitifs

Depuis les années 2000, la littérature a décrit le lien entre la prise de médicaments antipsychotiques antidopaminergiques et le risque d’AVC. Ainsi, des chercheurs français se sont demandé si la consommation d’autres types de médicaments antidopaminergiques tels que les anti-vomitifs, largement utilisés dans la population générale, était aussi associée à un risque accru d’AVC ischémiques.

Pour cela, les scientifiques ont analysé les données issues de l’Assurance maladie et celles des admissions à l’hôpital. Ainsi, ils ont pu comparer l’utilisation des anti-vomitifs juste avant la survenue d’un AVC (dans les 14 jours précédant l’AVC) à la prise de ce type de médicament dans une période antérieure sans qu’il y ait eu d’AVC (plus d’un mois avant l’AVC). Les scientifiques ont analysé les données de 2 612 adultes hospitalisés pour un AVC ischémique. Les patients sélectionnés avaient débuté un traitement anti-vomitif dans les 70 jours précédant la survenue de l’AVC. Ainsi, les auteurs ont comparé la survenue d’AVC dans deux groupes. Un groupe avait débuté son traitement moins de 15 jours avant l’AVC. L’autre a commencé la prise de médicament 30 à 70 jours avant.

Les résultats de l’étude révèlent une plus forte consommation d’antiémétiques dans les jours précédant l’AVC (les 15 premiers jours). Notamment, un pic d’initiation du traitement anti-vomitif précède la survenue des AVC. Cela signifie que les patients qui débutent le traitement antiémétique ont un risque majoré de présenter un AVC. Également, les résultats suggèrent une augmentation du risque d’AVC au début de l’utilisation des médicaments.

Les chercheurs ont vérifié si le pic de consommation d’antiémétiques s’expliquait par un biais de la période de l’étude. En effet, une épidémie de gastro-entérite, par exemple, aurait pu expliquer la forte prise d’antiémétiques.  Pour cela, les chercheurs ont analysé les données de 21 859 personnes, n’ayant pas subi d’AVC, durant la même période. Les résultats ne montrent aucun pic de consommation d’anti-vomitifs dans cet échantillon.

Des explications encore à déterminer

Ainsi, les résultats de cette étude suggèrent une augmentation du risque d’AVC ischémique associée à la prise de médicaments anti-vomitifs. Néanmoins, elle n’apporte pas d’explication supplémentaire sur les mécanismes mis en jeu. En effet, le lien de causalité entre la prise de médicaments antidopaminergiques et la survenue d’AVC demeure inexpliqué. Anne Bénard-Laribière, une des auteurs, de l’étude explique : « Cette première étude apporte un signal fort, portant sur des médicaments largement utilisés dans la population générale. Dans l’immédiat, il parait très important que ces résultats puissent être répliqués dans d’autres études, études qui pourraient en outre apporter des indications sur la fréquence de cet effet indésirable […]. »

Parce qu’il faut agir dès les premières minutes de l’AVC, un moyen mnémotechnique permet de se rappeler des signes évocateurs, FAST :

  • Face (visage) – Le visage paraît inhabituel ?
    Demandez à la personne de sourire. Le sourire de la personne est-il asymétrique ?
  • Arm (bras) – L’un des bras reste pendant ?
    Demandez à la personne de lever les deux bras. Le bras retombe-t-il vers le bas ?
  • Speech (parole) – La personne parle bizarrement ? Elle est incapable de parler ou difficile à comprendre ?
    Demandez à la personne de répéter une phrase simple, comme « Le ciel est bleu ». Répète-elle la phrase correctement ?
  • Time (temps d’appeler le 15 ou 112) – vous observez l’un des symptômes, même si ces symptômes disparaissent, appelez immédiatement les secours et amener la personne directement à l’hôpital, notez également l’heure exacte d’apparition de ces signes.

Une intervention médicale rapide, dans les 3h, permet un diagnostic précoce. Il s’en suit d’une prise en charge rapide, adaptée et efficace.

Alexia F., Docteure en Neurosciences

Sources
– Bénard-Laribière A, et al. Risk of first ischaemic stroke and use of antidopaminergic antiemetics: nationwide case-time-control study. bmj.com. Consulté le 28 mars 2022.
– Augmentation du risque d’AVC ischémique associée à certains médicaments destinés à soulager les nausées et vomissements. presse.inserm.fr. Consulté le 28 mars 2022.

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