un trouble électrolytique

L’hyperkaliémie est un trouble électrolytique assez fréquent, marqué par une élévation anormale du taux sanguin de potassium. Le plus souvent, l’hyperkaliémie est provoquée par une insuffisance rénale ou la prise de médicaments. Les signes cliniques associés, en particulier cardiaques, peuvent être graves. Ils nécessitent une prise en charge rapide pour restaurer durablement un niveau normal de potassium dans le sang.

Définitions et symptômes de l’hyperkaliémie

Qu’est-ce que c’est ?

potassiumL’hyperkaliémie est un trouble électrolytique, défini par une élévation anormale du taux sanguin de potassium. En temps normal, l’organisme dispose de moyens de régulation de ce taux, pour le maintenir relativement constant. Les taux normaux sont entre 4,5 et 5,5 millimoles par litre de sang. Les spécialistes parlent donc d’hyperkaliémie au-delà de 5,5 millimoles par litre de sang. Elle est dite modérée jusqu’à 6,9 millimoles par litre de sang, et sévère pour des valeurs supérieures à 7 millimoles par litre de sang.

À savoir ! Parallèlement à l’hyperkaliémie, il existe également des hypokaliémies, définies par une baisse anormale du taux sanguin de potassium. Hypo- et hyperkaliémies doivent être détectées et traitées pour éviter toute complication grave

Le taux sanguin de potassium, appelé la kaliémie, est régulé par différents mécanismes :

  • En premier lieu et rapidement, le transfert intracellulaire de potassium qui est sous la dépendance :
    • Du métabolisme acido-basique (régulation du pH sanguin) ;
    • Des catécholamines (adrénaline, noradrénaline et dopamine) jouant des rôles d’hormones ou de neurotransmetteurs ;
    • De l’insuline (hormone hypoglycémiante sécrétée par le pancréas, et notamment affectée dans le diabète ;
  • Dans un second temps, l’élimination rénale d’un excès de potassium.

L’hyperkaliémie résulte donc de deux mécanismes possibles :

  • Un défaut d’élimination du potassium en excès par les reins ;
  • Un déplacement anormal du potassium de l’intérieur vers l’extérieur des cellules.

Les causes d’hyperkaliémie sont multiples :

  • Des apports excessifs en potassium, par voie orale (consommation excessive d’aliments riches en potassium) ou parentérale (perfusion contenant du potassium trop rapide ou en trop grande quantité) ;
  • La prise de médicaments qui altèrent l’excrétion rénale de potassium : certains médicaments antihypertenseurs ou antiarythmiques ou encore des anti-inflammatoires non stéroïdiens ;
  • Les pathologies rénales aiguës ou chroniques, notamment l’insuffisance rénale chronique ;
  • Les brûlures étendues;
  • Les hémorragies des tissus mous ou digestives ;
  • L’insuffisance surrénalienne (dysfonctionnement dans la sécrétion des hormones des glandes surrénales, comme l’aldostérone et le cortisol) ;
  • L’acidose métabolique, en particulier l’acidocétose diabétique (complication du diabète) ;
  • Une maladie génétique rare, la paralysie périodique familiale hyperkaliémique.

Les symptômes

L’hyperkaliémie peut être transitoire, avec un retour rapide à la normale. C’est le cas par exemple de la pratique sportive intense qui augmente temporairement la kaliémie. En revanche, quand la kaliémie s’éloigne durablement de ses valeurs normales, l’hyperkaliémie peut s’installer. Si elle n’est pas rapidement détectée, elle peut s’aggraver.

L’hyperkaliémie se manifeste par différents signes cliniques, plus ou moins caractéristiques :

  • Des troubles neuromusculaires parfois imperceptibles par le patient, d’autres fois seuls signes présents : troubles sensoriels, faiblesse musculaire, paralysie flasque des quatre membres ;
  • Des effets cardiotoxiques, avec l’apparition de troubles du rythme cardiaque pouvant évoluer vers une fibrillation ventriculaire, voire une asystolie (troubles graves du rythme cardiaque pouvant entraîner un arrêt du cœur).

Les signes cardiaques de l’hyperkaliémie doivent immédiatement alerter, en particulier chez une personne à risque (insuffisant rénal par exemple). Une consultation médicale en urgence est nécessaire pour doser le potassium sanguin, avant que les troubles cardiaques ne s’aggravent. Sans prise en charge, ces troubles peuvent mettre en jeu le pronostic vital du patient.

Diagnostic et traitements de l’hyperkaliémie

Quel est le diagnostic ?

diagnostic d'une Hyperkaliémie Le diagnostic de l’hyperkaliémie repose en premier lieu sur le dosage sanguin du potassium. La détection d’une valeur supérieure à 5,5 millimoles par litre de sang détermine la présence d’une hyperkaliémie et sa gravité, en lien avec la valeur obtenue. Plus la valeur est élevée, plus l’hyperkaliémie est sévère. Un ionogramme complet (dosage de l’ensemble des ions potassium, sodium, chlorure et calcium) est recommandé pour détecter d’autres troubles électrolytiques associés.

A savoir ! A ce stade du diagnostic, il ne faut absolument pas confondre l’hyperkaliémie avec la pseudohyperkaliémie. La pseudohyperkaliémie correspond à la détection erronée d’une hyperkaliémie au moment du dosage sanguin du potassium. Cette situation peut se rencontrer lorsque les cellules du sang libèrent du potassium intracellulaire dans le tube de prélèvement, dans les circonstances suivantes :

  • La coagulation du sang dans le tube de prélèvement ;
  • Une hémolyse dans le tube (rupture des globules rouges) ;
  • L’application prolongée d’un garrot ou un poing trop serré au moment du prélèvement sanguin ;
  • Des taux anormalement élevés de plaquettes sanguines (thrombocytose) ou de globules blancs (leucocytose importante) ;
  • Une maladie auto-immune dite des agglutinines froides à l’origine d’une destruction des globules rouges.

Distinguer l’hyperkaliémie et la pseudohyperkaliémie est fondamental. L’hyperkaliémie révèle des anomalies physiologiques, alors que la pseudohyperkaliémie est un problème lors du dosage sanguin ; Celle-ci ne révèle pas d’anomalie physiologique. Si la pseudohyperkaliémie est traitée comme une hyperkaliémie, le patient risque de développer une hypokaliémie.

Une fois le taux sanguin de potassium dosé, d’autres examens sont nécessaires pour évaluer le retentissement de l’hyperkaliémie sur l’organisme :

  • Un électrocardiogramme (ECG), dont les éventuelles anomalies permettent de mettre en évidence les troubles du rythme cardiaque et d’écarter une pseudohypokaliémie ;
  • Un prélèvement d’urines pour doser le potassium urinaire ;
  • Un bilan de la fonction rénale (dosage de l’urée et de la créatinine dans le sang et les urines) ;
  • Une recherche de la cause de l’hyperkaliémie, en fonction du profil et des antécédents du patient : une échographie rénale, un dépistage du diabète, le dosage des hormones surrénaliennes, ….

L’ensemble de ces éléments diagnostiques détermine l’urgence de la prise en charge et ses modalités de mise en œuvre.

Quels sont les traitements  ?

traitement de l'Hyperkaliémie en hopital Le traitement de l’hyperkaliémie a pour objectif de restaurer des valeurs normales de potassium sanguin et si possible de corriger la cause du trouble électrolytique. La prise en charge s’appuie sur différents aspects, en fonction du cas de chaque patient :

  • Une diminution des apports alimentaires ou veineux en potassium ;
  • L’arrêt de certains médicaments, ou l’adaptation de certains traitements ;
  • L’administration orale d’une résine échangeuse d’ions (polystyrène sulfonate de sodium dans du sorbitol) pour capter les ions potassium présents en excès à travers la muqueuse digestive ;
  • L’administration intraveineuse de glucose, de calcium et d’insuline ;
  • L’inhalation d’une forte dose d’albutérol dans les formes sévères, sauf chez les patients présentant des troubles cardiovasculaires graves (angor instable, infarctus du myocarde) ;
  • L’administration intraveineuse de bicarbonates, uniquement lorsque l’hyperkaliémie est associée à une acidose ;
  • Une hémodialyse dans les formes sévères.

Lorsque l’hyperkaliémie est sévère, la prise en charge doit être urgente, pour prévenir toute complication cardiaque grave.

Une fois le traitement instauré, le suivi régulier de la kaliémie est nécessaire pour s’assurer qu’elle revient et reste à des valeurs normales. Chez les sujets atteints de pathologies chroniques à risque d’hyperkaliémie ou suivant un traitement par des médicaments susceptibles d’augmenter la kaliémie, des solutions sur le long terme doivent être envisagées :

  • L’arrêt de tout médicament induisant une hyperkaliémie et non indispensable ;
  • L’administration quotidienne d’une résine polymère (le patiromer) pour prévenir l’hyperkaliémie ;
  • La réduction des apports alimentaires en potassium : suppression des aliments riches en potassium, lavages successifs et systématiques des fruits et légumes frais, … ;
  • La dialyse.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources
– Hyperkaliémie. msdmanuals.com. Consulté le 3 mars 2021.
– HYPERKALIÉMIE DE L’ENFANT. pap-pediatrie.fr. Consulté le 3 mars 2021.
– Hyperkaliémie. revmed.ch. Consulté le 3 mars 2021.