pollakiurie

La pollakiurie correspond à une envie anormalement fréquente d’uriner au cours de la journée ou durant la nuit. Dans la majorité des cas, elle ne s’accompagne pas de polyurie (augmentation anormale du volume des urines sur 24 heures). Les causes peuvent être multiples et le traitement doit donc être adapté au cas spécifique de chaque patient.

Les différentes formes de pollakiurie

La pollakiurie se traduit par une envie anormalement fréquente d’uriner, soit tout au long de la journée, soit au cours de la nuit. Les mictions correspondantes sont généralement peu abondantes (moins de 100 ml le plus souvent), et le volume total des urines sur 24 heures reste normal (absence de polyurie). Ce phénomène est provoqué par l’activation des nerfs participant à l’estimation du volume des urines, généralement suite à une inflammation locale ou à la présence d’un corps étranger. Il en résulte une sensation permanente que la vessie est pleine.

En pratique, la pollakiurie se manifeste selon plusieurs modalités, seules ou associées chez un même patient :

  • Le fait d’aller aux toilettes plus de sept fois par jour ;
  • Des mictions rapprochées (moins de deux heures entre deux mictions successives) ;
  • Le fait de se lever plus d’une fois par nuit pour uriner en petite quantité (pollakiurie nocturne ou nycturie).

La pollakiurie est plus ou moins importante selon les patients avec des cas extrêmes où les mictions sont nécessaires toutes les 15 à 20 minutes.

A savoir ! En dehors de tout contexte pathologique, le besoin d’uriner survient quand la vessie se remplit d’urine et uniquement au cours de la journée, toutes les 3 à 4 heures. La miction est volontaire, indolore, courte (moins d’une minute) et correspond à un volume d’urine d’environ 350 ml. Après la miction, la vessie est totalement vide, signe que la miction est complète.

Selon les causes de la pollakiurie, d’autres symptômes peuvent accompagner cette envie d’uriner :

  • Des mictions impérieuses (envies pressantes d’uriner) ;
  • Des brûlures urinaires ;
  • Des fuites urinaires évoquant une incontinence urinaire.

Les causes de la pollakiurie

La pollakiurie peut avoir différentes causes, parmi lesquelles :

  • Des maladies ou troubles de l’appareil urinaire :
    • Une cystite aigüe (infection urinaire), cause très fréquente de pollakiurie ;
    • Une pyélonéphrite (infection des voies urinaires touchant également les reins) ;
    • Un calcul rénal à l’origine de coliques néphrétiques ;
    • Une vessie de taille anormalement réduite (petite vessie constitutionnelle) ;
    • Un cancer de la vessie ;
    • Une réduction de la capacité vésicale, suite à des traitements anti-cancéreux dans la région pelvienne ;
    • Un rétrécissement de l’urètre, suite à une infection ou à la présence d’une tumeur ;
    • Une vessie dite neurologique (atteinte du système nerveux affectant le fonctionnement de la vessie, par exemple chez les patients atteints de sclérose en plaques, de maladie de Parkinson ou suite à un accident vasculaire cérébral) ;
    • Une hyperactivité vésicale (contraction anormale du muscle de la vessie, sans cause connue, mais fréquente chez les femmes de plus de 40 ans) ;
    • Une maladie de la prostate (adénome de la prostate, cancer de la prostate, prostatite (infection de la prostate)) ;
  • Des maladies affectant des organes proches de la vessie :
    • Chez les femmes après plusieurs accouchements difficiles, un prolapsus génital, plus connu sous le nom de « descente d’organes » (glissement vers le bas, transitoire ou permanent, d’un ou plusieurs organes pelviens) ;
    • Une sigmoïdite (infection de la partie terminale du côlon) ;
    • Une péritonite (infection du péritoine (membrane recouvrant la cavité abdominale)) ;
    • Une salpingite (infection des trompes de Fallope) ;
    • Une tumeur bénigne ou maligne dans la région pelvienne ;
    • Une vaginite (infection au niveau du vagin) ;
  • La grossesse quel que soit le trimestre de grossesse, en raison des changements hormonaux et de la pression exercée par l’utérus sur la vessie;
  • La consommation excessive de thé, de café ou d’alcool, ces boissons exerçant à la fois une action diurétique et irritante pour la vessie ;
  • Des facteurs psychiques dans le cas de la pollakiurie psychogène.

A savoir !   A partir de 60 ans, le fait de se lever une fois la nuit pour uriner n’est pas considéré comme un état pathologique. De même, aller aux toilettes la nuit en cas d’insomnie ou d’activité nocturne n’est pas anormal.

Diagnostic et attitude à adopter en cas de pollakiurie

Pour établir un diagnostic de pollakiurie, il est capital de dresser un bilan des mictions sur 24 heures et ce pendant au minimum 3 jours consécutifs. Plusieurs critères sont étudiés :

  • Les horaires des mictions, en particulier les mictions nocturnes ;
  • Les circonstances des mictions (besoin urgent, précaution avant une sortie par exemple) ;
  • Leur fréquence ;
  • Le volume des mictions ;
  • Le volume total des urines sur 24 heures ;
  • Les éventuels symptômes associés aux mictions (fuite, brûlure, …).

Parallèlement, il est important de noter la quantité de liquide absorbée au cours de la journée.

Si les mictions sont anormales sur plusieurs jours alors que la quantité de liquide absorbée est normale (entre 1 et 1,5 litre par jour), une consultation médicale est nécessaire pour déterminer la cause du trouble urinaire. Il est d’autant plus important et urgent de consulter dans les situations suivantes :

  • La pollakiurie s’accompagne d’autres symptômes (brûlures urinaires, douleurs lombaires ou abdominales, présence de sang dans les urines, sensation anormale de soif) ou de signes généraux comme la fièvre, des frissons, une fatigue importante, des vomissements ou encore une perte de poids.
  • La pollakiurie touche un enfant (signe pouvant être annonciateur d’un diabète de type 1).

Afin de déterminer la cause des troubles urinaires, le médecin s’appuie sur les caractéristiques des mictions, mais aussi sur des examens complémentaires, adaptés au cas de chaque patient :

  • Une bandelette urinaire à la recherche de globules rouges et/ou blancs, de nitrites, de protéines ou de sucre ;
  • Un ECBU (Examen CytoBactériologique des Urines) pour mettre en évidence un éventuel agent pathogène responsable d’une infection urinaire ;
  • Une échographie de la région abdomino-pelvienne ;
  • Une cystoscopie (technique d’endoscopie sous anesthésie locale, consistant à introduire un fin tube souple équipé d’une caméra dans l’urètre pour explorer l’intérieur de la vessie) ;
  • Une débitmétrie pour déterminer le volume des urines, la puissance du jet urinaire et la vitesse d’émission des urines.

Si ces examens ne suffisent pas à déterminer la cause de la pollakiurie, un bilan urodynamique complet peut être prescrit. Il associe les examens suivants :

  • Une cystomanométrie (enregistrement de la pression à l’intérieur de la vessie vide et en cours de remplissage) ;
  • Une profilométrie urétrale (mesure des pressions dans l’urètre) ;
  • Une électromyographie (étude de l’activité du sphincter de l’urètre).

Le traitement de la pollakiurie

Parfois, quelques gestes simples peuvent suffire à estomper la pollakiurie, par exemple :

  • Une diminution des apports hydriques en fin de journée ;
  • Une réduction de la consommation de thé, de café et d’alcool ;
  • Une réduction et un espacement des boissons au cours de la journée.

Le traitement spécifique de la cause de la pollakiurie reste cependant nécessaire dans la plupart des cas, en particulier :

  • Le traitement d’une infection touchant le système génital ou urinaire ;
  • Le traitement chirurgical d’un adénome de la prostate ou d’un prolapsus génital ;
  • Le traitement des calculs rénaux ;
  • Le traitement des maladies ou tumeurs en cause.

Dans la grande majorité des cas, le traitement de la cause de la pollakiurie associé aux mesures hygiéno-diététiques permettent de réduire voire de supprimer les symptômes.

Plus rarement, la pollakiurie peut nécessiter l’instauration de thérapeutiques spécifiques :

  • La rééducation périnéo-sphinctérienne, particulièrement dans le cas d’une hyperactivité vésicale ;
  • Une thérapie comportementale pour la pollakiurie psychogène ;
  • Un traitement médicamenteux par des anticholinergiques, efficaces contre l’hyperactivité vésicale mais entraînant des effets indésirables souvent importants (sécheresse buccale, nausées, remontées acides, douleurs abdominales, troubles visuels, …) ;
  • Des injections de toxine botulique dans le muscle vésical (le détrusor) en cas d’hyperactivité vésicale d’origine neurologique ou indéterminée ;
  • Exceptionnellement le recours à la chirurgie, après échec des autres traitements.

Lorsque la chirurgie est nécessaire, deux techniques peuvent être utilisées pour réduire la pollakiurie :

  • L’implantation d’un pace maker vésical, qui envoie des impulsions électriques pour réguler l’activité de la vessie;
  • L’entérocystoplastie d’agrandissement, qui permet d’augmenter le volume de la vessie.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Pollakiurie. UROFRANCE. 12 mars 2011.
– Pollakiurie. Ameli Santé. 5 avril 2017.