Femme qui souffre d'algodystrophieL’algodystrophie, encore appelée l’algoneurodystrophie ou le syndrome douloureux local complexe, se définit par l’apparition et l’évolution d’un syndrome douloureux au niveau d’une ou plusieurs zones d’articulation. Le plus souvent, elle survient après un traumatisme ou une intervention chirurgicale et évolue en deux phases distinctes, une phase chaude et une phase froide. Dans la majorité des cas, elle disparaît d’elle-même au fil du temps, mais peut aussi nécessiter une prise en charge pluridisciplinaire et un programme de rééducation spécifique lorsqu’elle devient chronique.

Définitions et symptômes de l’algodystrophie

Qu’est-ce que c’est ?

personne qui joue au footL’algodystrophie, encore appelée le syndrome douloureux local complexe, l’algoneurodystrophie ou le syndrome douloureux régional complexe de type 1 (SDRC1), correspond au développement d’un syndrome douloureux au niveau d’une ou plusieurs régions articulaires. Toutes les zones articulaires peuvent être touchées.

L’algodystrophie peut survenir à tous les âges de la vie, chez les hommes comme chez les femmes. Les cas chez les enfants et les adolescents restent rares. Les femmes sont statistiquement trois fois plus exposées que les hommes. La prévalence exacte de ce syndrome douloureux reste méconnue, car de nombreux cas ne seraient pas ou mal diagnostiqués, en particulier chez les sportifs de haut niveau.

Les circonstances de survenue de ce syndrome douloureux local sont principalement :

  • Un traumatisme physique (chute, coup, blessure, accident, …) ;
  • Une intervention chirurgicale orthopédique (chirurgie de la main, du pied, du genou, de la hanche, de l’épaule, …) ;
  • Une immobilisation prolongée d’une articulation ou d’un membre, par exemple après une fracture ou à la suite d’une longue hospitalisation ;
  • Des microtraumatismes répétés, en particulier chez les sportifs de haut niveau.

Les spécialistes ont identifié plusieurs causes et facteurs de risque de développer une algodystrophie, notamment :

  • La pratique du sport de haut niveau ;
  • Des troubles psychiques : l’anxiété ou une hyperactivité ;
  • Une phase de repos excessive après un traumatisme physique ;
  • Un suivi post-opératoire mal mené ou insuffisant après une intervention orthopédique ;
  • Les migraines ;
  • L’asthme ;
  • Les irrégularités et les troubles du cycle menstruel ;
  • Certaines maladies neurologiques (sclérose en plaques ou accident vasculaire cérébral (AVC) ;
  • Des troubles veineux, comme une phlébite ;
  • Des pathologies ostéoarticulaires, comme des rhumatismes inflammatoires chroniques (polyarthrite rhumatoïde, rhumatisme psoriasique, …) ou un syndrome du canal carpien ;
  • Certaines infections virales ou bactériennes ;
  • Des troubles endocriniens, comme les troubles thyroïdiens ou le diabète ;
  • La prise de certains médicaments, notamment certaines classes de médicaments anti-hypertenseurs (inhibiteurs de l’enzyme de conversion) ou certains psychotropes.

Le lien physiopathologique entre ces facteurs favorisants et le développement d’une algodystrophie n’est pas toujours scientifiquement expliqué à ce jour. Dans la majorité des cas, l’algodystrophie apparait très rapidement après la cause, mais parfois elle peut survenir à distance de la cause (plusieurs semaines ou mois après).

À savoir ! Une forme particulière d’algodystrophie peut apparaître chez les femmes enceintes, l’algodystrophie de la hanche, en lien avec les changements ostéoarticulaires de la grossesse

Quels symptômes ?

L’algodystrophie peut toucher toutes les zones articulaires de l’organisme. Classiquement, cette atteinte peut évoluer en deux phases successives :

  1. La phase dite chaude correspond au développement d’une réaction inflammatoire dans la zone articulaire touchée sur quelques semaines ou mois. Cette inflammation se manifeste par des signes cliniques caractéristiques :
    1. Des douleurs articulaires au niveau de l’articulation touchée, avec des irradiations possibles vers les articulations voisines ;
    2. Une hypersensibilité à la douleur ;
    3. Des douleurs de type allodynie (douleur ressentie malgré l’absence de stimulus douloureux) ;
    4. Une réduction des capacités fonctionnelles de l’articulation concernée allant vers un enraidissement de l’articulation ;
    5. Des signes inflammatoires (chaleur, douleur, rougeur, œdème) ;
  2. La phase dite froide survient plus tardivement et associe :
    1. Une incapacité fonctionnelle non seulement de l’articulation touchée mais aussi de toute la zone anatomique autour ;
    2. Des troubles trophiques à savoir une froideur du membre, une pâleur, une coloration bleutée des extrémités ;
    3. Un syndrome post-traumatique, très empreint d’anxiété ;
    4. Des troubles psychologiques.

Parfois, l’algodystrophie ne suit pas cette évolution habituelle, et se manifeste directement par une phase froide ou encore reste en phase chaude sans jamais évoluer vers une phase froide. Les phases chaudes et froides peuvent également se succéder sur plusieurs années.

Le plus souvent, l’algodystrophie disparait d’elle-même avec le temps, après généralement de longs mois (entre 12 et 24 mois). Dans environ 20 % des cas, elle évolue vers une forme chronique à l’origine d’un handicap moteur et fonctionnel sur plusieurs années. L’atteinte articulaire peut alors se délocaliser dans une autre zone articulaire, parfois très éloignée de la zone touchée initialement (par exemple, souffrir de l’épaule, après une algodystrophie localisée initialement à la hanche). Dans l’algodystrophie chronique, les problèmes psychologiques associés sont généralement importants.

Diagnostic et traitements de l’algodystrophie

Quel diagnostic ?

homme souffrant d'Algodystrophie Tout syndrome douloureux au niveau d’une ou plusieurs articulations, associé à des troubles psychiques (dépression, anxiété, stress, …), doit amener le médecin à envisager un diagnostic d’algodystrophie, surtout s’il identifie un événement causal ou une circonstance de survenue.

Le diagnostic de l’algodystrophie repose sur plusieurs aspects complémentaires, car aucun examen médical spécifique ne permet d’emblée de confirmer le diagnostic :

  • Un interrogatoire du patient (état de santé, antécédents personnels et familiaux, état psychique, traumatisme récent, …) ;
  • Une auscultation clinique mettant en évidence la réaction inflammatoire, la réduction des capacités fonctionnelles, l’hypersensibilité à la douleur, … ;
  • Des examens complémentaires qui peuvent regrouper :
    • Une radiographie standard de la zone douloureuse : la radiographie est normale en phase chaude d’algodystrophie, mais des indices de déminéralisation peuvent apparaître dans les formes froides ou chroniques ;
    • Une IRM de la zone touchée ne permet généralement pas de confirmer l’algodystrophie ;
    • L’ostéodensitométrie permet d’évaluer la densité minérale osseuse et d’éliminer une ostéoporose ;
    • La scintigraphie osseuse est généralement requise pour confirmer le diagnostic, mais n’est pas un examen spécifique de cette atteinte articulaire.

À savoir ! Le diagnostic de l’algodystrophie peut être complexe, lorsque les symptômes ne sont pas caractéristiques. Le médecin doit alors éliminer d’autres causes de douleurs articulaires, comme l’arthrite ou une infection articulaire

Une fois le diagnostic de l’algodystrophie confirmé, une prise en charge adaptée doit être instaurée le plus rapidement possible.

Quels traitements ?

La prise en charge de l’algodystrophie est nécessairement pluridisciplinaire, impliquant notamment :

  • Une rééducation fonctionnelle, coordonnée par un médecin spécialiste (rhumatologue, médecin du sport, …) et un kinésithérapeute :
    • Une rééducation associant soins de balnéothérapie et séances de kinésithérapie ;
    • Un drainage lymphatique ;
    • Des techniques de physiothérapie ;
    • La cryothérapie (applications de courte durée d’un froid intense) ou au contraire des séances de réchauffement en particulier pour les formes froides ;
    • Un programme d’activité physique adapté (le repos strict n’est pas recommandé) ;
  • Un traitement médical pour soulager les symptômes du patient :
    • Des médicaments contre la douleur ;
    • Des médicaments anti-inflammatoires dans les formes chaudes, même s’ils sont souvent peu efficaces ;
    • Un béta-bloquant, le propranolol pour soulager les douleurs de type allodynie ;
    • Des injections de calcitonine pendant quelques semaines ou des injections de bisphosphonates dans les formes les plus sévères ;
    • Des médicaments psychotropes pour les troubles psychologiques (anxiolytiques et/ou antidépresseurs) ;
    • La neurostimulation transcutanée peut soulager certaines douleurs ;
    • Dans les formes les plus sévères et résistantes aux autres traitements, d’autres thérapeutiques peuvent être envisagées au cas par cas, comme les blocs régionaux intraveineux (forme d’anesthésie locale ou loco-régionale) ;
  • Un suivi psychologique pour prendre en charge la composante anxiodépressive de l’algodystrophie.

Il n’existe actuellement pas de recommandations générales pour la prise en charge de l’algodystrophie. Les différents aspects du traitement sont adaptés au cas spécifique de chaque patient et notamment à l’évolution de ces symptômes.

Après un traumatisme ou une intervention de chirurgie orthopédique, un suivi régulier et un programme de rééducation adapté sont conseillés pour réduire le risque de survenue d’une algodystrophie.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

Sources
– Algodystrophie du Sportif. irbms.com. Consulté le 4 mars 2021.
– Item 221 : Algoneurodystrophie. campus.cerimes.fr. Consulté le 4 mars 2021.