Les déficits immunitaires congénitaux sont des dysfonctionnements du système immunitaire, plus ou moins importants, qui affectent les enfants dès leur naissance. Exposés à de multiples risques d’infections, ces enfants sont parfois appelés des bébés-bulles, car ils doivent être protégés des agents pathogènes présents dans l’environnement extérieur. Le traitement des déficits immunitaires congénitaux reposent sur l’administration de médicaments de substitution ou sur une greffe de cellules souches hématopoïétiques dans les cas les plus sévères.

les bébés-bulles

Déficits immunitaires et bébés-bulles

Les déficits immunitaires sont des dysfonctionnements du système immunitaire, plus ou moins graves en fonction de leur nature et de leur ampleur. Selon leurs causes, il est possible de distinguer plusieurs catégories de déficits immunitaires :

  • Les déficits immunitaires acquis ou secondaires ont plusieurs origines :
    • La prise d’un traitement immunosuppresseur, par exemple après une greffe d’organes ;
    • Une maladie grave, comme le diabète ou les cancers ;
    • La malnutrition sévère ;
    • L’infection par le VIH ;
    • Le vieillissement, le système immunitaire s’altérant progressivement avec l’âge ;
  • Les déficits immunitaires congénitaux ou primitifs, qui apparaissent dès la naissance et sont généralement héréditaires. Les enfants atteints par des formes sévères sont parfois appelés des bébés-bulles, puisqu’ils doivent être protégés du monde extérieur dès leur naissance.

À savoir ! D’où vient le terme de bébés-bulle utilisé pour certains enfants atteints de déficits immunitaires congénitaux ? Avant l’arrivée des greffes ou des traitements de thérapie génique, les enfants atteints d’un déficit immunitaire combiné sévère lié à l’X devaient vivre dès la naissance confinés dans une bulle stérile, pour éviter tout risque d’infection, potentiellement mortelle pour ces enfants sans défenses immunitaires.

Les déficits immunitaires congénitaux sont beaucoup plus rares (environ 1 cas pour 5 000 naissances) que les déficits immunitaires acquis, mais aussi beaucoup plus variables. En effet, plus d’une centaine de déficits immunitaires congénitaux sont décrits.

Les déficits immunitaires congénitaux sont généralement dus à des mutations génétiques. Si le gène touché par la mutation se trouve sur le chromosome X, les spécialistes parlent de maladies génétiques liées à l’X, des maladies qui sont plus fréquentes chez les garçons. D’une manière générale, 60 % des enfants atteints de déficits immunitaires congénitaux sont des garçons.

Les différents types de déficits immunitaires congénitaux

Plus de 100 déficits immunitaires congénitaux sont répertoriés. Ils sont classés en fonction de l’anomalie immunitaire en cause :

  • L’immunité humorale, reposant sur les lymphocytes B (type de globules blancs) producteurs d’anticorps (immunoglobulines). Cette forme d’immunité est affectée dans plus de la moitié des déficits immunitaires congénitaux. Se retrouvent par exemple dans cette catégorie :
    • L’hypogammaglobulinémie à expression variable ;
    • Le déficit en immunoglobulines de type A ;
    • L’hypogammaglobulinémie transitoire de l’enfance ;
    • L’agammaglobulinémié liée à l’X.
  • L’immunité cellulaire, reposant sur les lymphocytes T capables de reconnaître les agents pathogènes à détruire. Se retrouvent notamment dans cette catégorie :
    • La candidose cutanéomuqueuse chronique ;
    • Le syndrome de DiGeorge ;
    • Le syndrome lymphoprolifératif lié à l’X.
  • L’immunité humorale et cellulaire, lorsque ces deux aspects sont simultanément touchés. Se retrouvent dans cette catégorie :
    • L’ataxie-télangiectasie ;
    • Le syndrome d’hypergammaglobulinémie E ;
    • L’immunodéficience combinée sévère (les bébés-bulles) ;
    • Le syndrome de Wiskott-Aldrich.
  • Les phagocytes, des cellules qui ingèrent les agents pathogènes pour les tuer. Se retrouvent dans cette catégorie les déficits suivants :
    • La granulomatose septique chronique ;
    • Le syndrome de Chédiak-Higachi ;
    • La neutropénie cyclique ;
    • Les déficits d’adhésion leucocytaire.
  • Le système du complément, ensemble de protéines capables de reconnaître, d’identifier et de détruire des cellules étrangères ou anormales. Se retrouvent dans cette dernière catégorie :
    • L’œdème de Quincke héréditaire ;
    • Les déficits en facteurs du complément :
      • Le déficit en C3 ;
      • Le déficit en C4 ;
      • Le déficit en C5, C6, C7, C8 et/ou C9.

A chaque fois, le déficit immunitaire congénital peut se matérialiser de plusieurs façons :

  • La diminution d’un élément du système immunitaire ;
  • Une anomalie d’un élément du système immunitaire ;
  • Un dysfonctionnement d’un élément du système immunitaire ;
  • L’absence d’un élément du système immunitaire.

Conséquences des déficits immunitaires congénitaux

Le système immunitaire est le moyen de défense de l’organisme face aux attaques des agents pathogènes :

  • Les bactéries ;
  • Les virus ;
  • Les champignons microscopiques ;
  • Les parasites.

Lorsque le système immunitaire est déficient, l’organisme est plus exposé au risque infectieux. Les personnes atteintes de déficits immunitaires congénitaux présentent ainsi les caractéristiques suivantes :

  • Un plus grand nombre d’infections ;
  • Des infections plus sévères ;
  • Un taux important de rechutes ou de récidives ;
  • Un délai de guérison des infections plus long.

Les symptômes peuvent apparaître peu de temps après la naissance, ou au cours de la petite enfance. Dans les formes les plus légères, ils peuvent passer inaperçus jusqu’à l’âge adulte.

Mais les conséquences des déficits immunitaires congénitaux ne s’arrêtent pas là. A moyen-long terme, les personnes concernées sont exposées à un risque majoré de développer :

  • Une maladie auto-immune, comme une thrombocytopénie immunitaire (déficit en plaquettes d’origine immunitaire) ;
  • Un lymphome ;
  • Un cancer.

Le diagnostic des déficits immunitaires congénitaux

Un déficit immunitaire congénital sévère est généralement détecté peu de temps après la naissance, suite à la survenue d’infections anormalement sévères dans les premiers jours ou semaines de vie de l’enfant. Dans les formes moins sévères, la multiplication d’infections ou des infections anormalement sévères ou longues peut amener à suspecter un déficit immunitaire congénital. Des antécédents familiaux de déficits immunitaires primitifs peuvent orienter le médecin vers le diagnostic.

Les signes d’alerte qui doivent faire suspecter au médecin un déficit immunitaire congénital sont les suivants :

  • Des infections respiratoires récurrentes, par exemple plus de 8 otites par an chez un enfant de moins de 4 ans, plus de 4 otites par an chez un enfant de plus de 4 ans, plus de 2 pneumonies ou sinusites par an ;
  • Des infections sévères par des bactéries telles que le pneumocoque, Haemophilus influenzae b ou Neisseria meningitidis (méningocoque) ;
  • D’autres infections récurrentes, par exemple cutanées ou tissulaires ;
  • Des infections inhabituelles ou persistantes, comme une diarrhée persistante ou une candidose récidivante ;
  • Une cassure de la courbe de staturo-pondérale ;
  • D’autres signes cliniques comme un eczéma, une inflammation chronique ou des adénopathies (gonflement des ganglions lymphatiques).

Pour confirmer le diagnostic d’un déficit immunitaire congénital et en déterminer précisément la nature, des prélèvements sanguins et des analyses biologiques sont nécessaires, parmi lesquels :

  • Une NFS (Numération Formule Sanguine), avec une formule leucocytaire (numération des différents types de globules blancs) ;
  • Le dosage des différentes catégories d’immunoglobulines (anticorps) ;
  • Des analyses plus précises des différents types de globules blancs et de certaines catégories d’anticorps ;
  • Des analyses génétiques, notamment en cas d’antécédents familiaux.

La prise en charge des déficits immunitaires congénitaux

Les enfants atteints de déficits immunitaires congénitaux nécessitent une surveillance médicale étroite et régulière dès leur naissance ou dès le diagnostic de la maladie, en raison de la gravité des infections qu’ils peuvent présenter. Les déficits immunitaires congénitaux sont des maladies chroniques, et le suivi et le traitement sont souvent nécessaires à vie.

Selon la nature et la gravité du déficit immunitaire congénital, plusieurs types de traitements peuvent actuellement être envisagés :

  • La prise d’antibiotiques pour prévenir certaines infections, notamment des infections opportunistes (infections qui se développent souvent chez les personnes atteintes de déficits immunitaires) ;
  • La prise d’antibiotiques pour traiter les infections qui surviennent ;
  • L’administration d’immunoglobulines (anticorps), lorsque le déficit immunitaire se manifeste par un déficit en anticorps ;
  • Une greffe de cellules souches hématopoïétiques (ou greffe de moelle osseuse) dans les formes les plus sévères, qui permet de guérir le déficit immunitaire congénital ;
  • La thérapie génique, en développement, qui permet de réparer la mutation génétique à l’origine du déficit immunitaire congénital et donc de guérir l’enfant.

Les immunoglobulines administrées aux enfants atteints de déficits immunitaires congénitaux proviennent du plasma de plusieurs milliers de donneurs de sang. Elles sont administrées :

  • Par perfusion intraveineuse toutes les 3 à 4 semaines (durée de vie moyenne des anticorps) ;
  • Par voie sous-cutanée chaque semaine.

Ce traitement substitutif permet de considérablement réduire le nombre et la gravité des infections. Mais il doit être poursuivi à vie par les patients.

La greffe de moelle osseuse et la thérapie génique sont les deux seuls traitements capables de traiter définitivement le déficit immunitaire congénital. Si la greffe de moelle osseuse a considérablement amélioré le pronostic des enfants nés avec un déficit immunitaire congénital sévère, la thérapie génique n’est disponible pour l’instant que pour un nombre très réduit de patients. Elle reste réservée aux enfants, dont l’état de santé ne permet pas d’envisager raisonnablement une greffe de moelle osseuse. Dans les années à venir, les spécialistes espèrent voir la thérapie génique se développer et devenir accessible à un nombre plus important d’enfants.

Bébés-bulles et vaccination

Pour les enfants atteints d’un déficit immunitaire congénital, la vaccination peut être l’un des moyens les plus efficaces pour se prémunir des infections. Ces enfants bénéficient ainsi de recommandations vaccinales particulières, à savoir :

  • La vaccination par des vaccins inactivés est recommandée, avec des schémas de vaccination adaptés ;
  • La vaccination contre la grippe saisonnière est recommandée chaque année ;
  • Les vaccins vivants atténués sont contre-indiqués, et les enfants concernés ne peuvent pas être vaccinés contre les maladies suivantes :

L’entourage proche des enfants atteints de déficits immunitaires congénitaux doit également être à jour de ses vaccinations, pour minimiser le risque de transmettre une grave infection à ces enfants.

Estelle B., Docteur en Pharmacie

– Bébés-bulles : une nouvelle thérapie génique. INSERM. 9 octobre 2014.
– Déficits immunitaires congénitaux. Vaccination Info Service. 1er mars 2017.
– Présentation des déficits immunitaires. Le Manuel MSD. Consulté le 8 février 2019.