Neutropénie


Rédigé par Charline D. et publié le 29 avril 2020

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Une neutropénie est un trouble hématologique caractérisé par un taux anormalement faible de certains globules blancs dans le sang. Ce type d’atteinte expose l’individu qui en souffre à un risque d’infection. La neutropénie peut être innée ou acquise, avec de nombreuses causes possibles (médicamenteuse, auto-immune, etc.). Ce trouble peut être plus ou moins sévère. Dans les cas les plus graves, il peut mettre en jeu le pronostic vital. Le diagnostic d’une neutropénie repose sur un hémogramme (plus précisément une numération de la formule sanguine) et un myélogramme (analyse de la moelle osseuse). Le traitement n’est pas systématique, il dépend de la cause et de la sévérité du trouble.

Définition et symptômes

Qu’est-ce qu’une neutropénie ?

neutropenie-trouble-hematoUne neutropénie est une diminution dans le sang du nombre de polynucléaires neutrophiles par rapport à la normale.

Les polynucléaires neutrophiles, aussi appelés simplement neutrophiles, sont un type de globules blancs qui constituent la principale défense de l’organisme contre les infections bactériennes, et certaines infections fongiques. Ils représentent 45 à 75% de la totalité des globules blancs circulants dans le sang. Sans neutrophiles, l’organisme est en difficulté pour contrôler des infections potentiellement mortelles.

La limite inférieure du taux de neutrophiles est fixée à 1 500 cellules par microlitre de sang. En dessous de cette limite, le risque infectieux augmente.

On distingue divers degrés de sévérité de neutropénie :

  • Légère lorsque le nombre de neutrophiles est compris entre 1 000 et 1 500 par microlitre de sang ;
  • Modérée, entre 1000 et 500 ;
  • Sévère dès que le taux de neutrophiles est inférieur à 500. A ce niveau, le risque de développer une infection est très important.

Même des bactéries qui vivent habituellement dans la bouche et les intestins sans nuire peuvent provoquer une infection.

A savoir ! On parle d’agranulocytose en cas d’absence totale de neutrophiles. Cet état représente une urgence vitale en raison du risque infectieux. Le patient doit être hospitalisé dans les plus brefs délais.

Une neutropénie peut avoir diverses origines. On distingue deux grands types de causes majeures :

  • L’utilisation et la destruction des neutrophiles sont supérieures à leur production dans la moelle osseuse. Beaucoup de troubles entraînent ce type de neutropénie : des infections bactériennes, certains troubles allergiques, certains médicaments, des maladies auto-immunes ;
  • La production est réduite, par exemple en cas de cancer, d’infection virale (par exemple la grippe), d’infection bactérienne (comme la tuberculose), de myélofibrose, de carence en vitamines B12 ou en vitamines B9. Ce type de neutropénie peut aussi se manifester chez les patients dont la moelle osseuse a été irradiée par radiothérapie, avec certaines chimiothérapie ou certains toxiques (insecticides). L’anémie aplasique, une maladie au cours de laquelle la moelle osseuse arrête sa production de cellules sanguines est une autre cause de neutropénies. Enfin, la neutropénie congénitale sévère (une pathologie héréditaire rare au cours de laquelle les neutrophiles ne parviennent jamais à maturité) est également une cause de neutropénie.

Quels symptômes ?

Une neutropénie peut se manifester brutalement (c’est-à-dire en quelques heures voire jours) ou progressivement.

Ce type d’anomalie hématologique ne provoque aucun symptôme caractéristique. Elle est alors souvent découverte lorsqu’une infection survient.

L’infection se traduit souvent par la présence de fièvre et d’ulcérations douloureuses au niveau de la bouche ou de la région anale.

Lorsque l’origine est médicamenteuse, les patients peuvent se plaindre de fièvre, d’une éruption cutanée et d’un gonflement des ganglions lymphatiques.

En cas de neutropénie sévère, les infections les plus fréquentes sont : la cellulite (infection bactérienne localisée au tissu cutané et sous cutané), la furonculose (abcès cutanés provoqués par des staphylocoques), la pneumonie et la septicémie.

A noter ! Certains patients ayant une neutropénie chronique bénigne (avec un nombre de neutrophiles inférieurs à 200) ont rarement des infections graves.

Diagnostic et traitement

Quel diagnostic ?

neutropenie-troubles-sanguinsLorsque la neutropénie ne comporte pas de symptômes spécifiques, ce trouble n’est pas suspecté. Une neutropénie est évoquée devant la survenue d’infections fréquentes ou inhabituelles.

Le diagnostic repose sur deux examens : la numération de la formule sanguine (NFS) et un examen de la moelle osseuse (myélogramme).

L’objectif de la NFS est de compter et d’analyser les cellules sanguines. Une simple prise de sang suffit pour réaliser ce test. Le sang prélevé est conservé dans un tube contenant un anticoagulant afin de maintenir les cellules sanguines intactes jusqu’à leur analyse au microscope. Une faible numération de neutrophiles indique la présence d’une neutropénie.

A noter ! Dans beaucoup de cas, la neutropénie est prévisible et son origine connue, par exemple chez les patients qui suivent une chimiothérapie ou une radiothérapie.

Lorsque la cause est inconnue, et que la neutropénie est issue d’une découverte fortuite à l’occasion d’un bilan sanguin de routine, le médecin recherche la présence d’une éventuelle infection invisible.

La première des hypothèses investiguées est généralement celle des médicaments. Le médecin interroge donc son patient sur ses traitements et les potentielles expositions à des toxiques.

Dans un second temps, le médecin recherche la présence d’infections ou de maladies pouvant provoquer une neutropénie. Pour cela, il prescrit un myélogramme qui consiste à prélever une petite quantité de moelle osseuse, aspirée par une aiguille. Ce geste est réalisé sous anesthésie locale. L’échantillon est analysé au microscope afin de déterminer si son aspect, le nombre de précurseurs des neutrophiles et le développement des neutrophiles sont normaux. Le myélogramme permet donc de préciser au médecin si le trouble est en lien avec une production cellulaire insuffisante ou si il est dû à une utilisation ou destruction excessive. Parfois, le myélogramme révèle la présence d’un cancer ou d’une infection.

Des examens complémentaires peuvent être prescrits lorsqu’il subsiste un doute sur le diagnostic. Par exemple, en cas de gêne intestinale, un scanner de l’abdomen peut être demandé en complément.

Quel traitement ?

En cas de neutropénie découverte suite à une infection, la priorité est de traiter cette dernière. En effet, chez les individus souffrant de neutropénie sévère, les infections s’aggravent vite, et peuvent rapidement devenir mortelles sans traitement antibiotique.

La prise en charge d’une neutropénie dépend de sa cause et de sa gravité. En cas de neutropénie d’origine médicamenteuse, le médicament suspecté doit être arrêté le plus tôt possible. L’exposition à d’éventuels toxiques doit être éliminée.

La moelle osseuse n’a pas toujours besoin de traitement pour se régénérer. Par exemple, la neutropénie associée à la grippe guérie spontanément en même temps que l’infection. Ainsi, les individus ayant une neutropénie modérée sans symptôme, ne sont pas systématiquement traités.

Les neutropénies sévères, en revanche, sont prises en charge à l’hôpital avec des antibiotiques par voie intraveineuse, en raison de leur risque important d’infections graves. La fièvre est généralement le premier symptôme chez ces patients. Elle doit conduire à consulter un médecin en urgence.

L’injection de facteur de croissance pour stimuler la production de globules blancs au niveau de la moelle osseuse est parfois nécessaire.

Lorsque la neutropénie est due à une pathologie (cancer, tuberculose), la prise en charge repose sur celle de cette dernière.

Charline D., Docteur en pharmacie

– Neutropénie. LE MANUEL MSD. Consulté le 5 avril 2020.
– Neutropénie. LAROUSSE. Consulté le 5 avril 2020.