intolérance glutenL’intolérance au gluten, appelée également maladie cœliaque, est une maladie inflammatoire intestinale chronique et auto-immune, liée à l’ingestion de gluten. Elle peut survenir dès la petite enfance ou n’apparaître qu’à l’âge adulte. Les symptômes de la maladie sont variables, mais elle peut avoir des répercussions très importantes. Le seul traitement consiste en une éviction totale et définitive du gluten de l’alimentation.

L’origine de l’intolérance au gluten

L’intolérance au gluten, ou maladie cœliaque, est une maladie inflammatoire chronique, qui touche l’intestin grêle. Elle résulte d’un mécanisme auto-immun au niveau de l’intestin. Le système immunitaire réagit à une ou plusieurs fractions protéiques constitutives du gluten, en produisant différents anticorps. Cette réaction immunitaire anormale occasionne des lésions de la paroi intérieure de l’intestin, avec deux types de conséquences :

  • Une dégradation de la digestion ;
  • Une altération de l’assimilation (malabsorption) de la majorité des nutriments, des vitamines et des minéraux.

À noter ! Le gluten est un ensemble de protéines présentes dans de nombreuses céréales (le blé et ses différentes variétés (blé dur, épeautre, kamut), l’orge, le seigle, le triticale, etc.) et participe à la fermentation du pain.

L’intolérance au gluten survient généralement chez des personnes présentant une prédisposition génétique, puisque que 95 % des patients sont porteurs d’un ou deux gènes spécifiques (HLA-DQ2 et HLA-DQ8) et que plusieurs membres d’une même famille sont fréquemment touchés.

Par ailleurs, certains facteurs semblent favoriser le déclenchement de la maladie, notamment :

  • Des anomalies chromosomiques, telles que la trisomie 21, le syndrome de Turner ou le syndrome de Williams ;
  • Une autre maladie auto-immune (thyroïdite, hépatite auto-immune) ;
  • Un diabète de type 1.

Enfin, l’intolérance au gluten est trois fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes.

Dans les pays développés, l’intolérance au gluten toucherait selon les estimations entre 0,7 et 2 % de la population. D’une manière générale, la maladie cœliaque est en augmentation dans l’ensemble du monde.

À savoir ! L’intolérance au gluten ne doit pas être confondue avec d’autres affections :

  • L’hypersensibilité au gluten, qui correspond à la survenue de troubles digestifs mineurs (ballonnements, gêne) en cas de consommation d’aliments riches en gluten ;
  • Les allergies au gluten, au blé et à ses dérivés, qui mettent en jeu des phénomènes allergiques et provoquent des symptômes allergiques (eczéma, urticaire, rhinite, œdème de Quincke, …).

Les symptômes de l’intolérance au gluten

Les symptômes de l’intolérance au gluten peuvent être très variables d’une personne à l’autre, certains patients ne présentant que des symptômes très mineurs. De même, la maladie peut se manifester dès la petite enfance ou plus tard au cours de l’enfance, voire de l’âge adulte. La maladie apparaît en effet progressivement et s’installe dans la durée. Elle peut donc passer totalement inaperçue jusqu’à l’âge adulte chez certains patients.

Chez le nourrisson, les premiers symptômes se manifestent quelques semaines après l’introduction du gluten dans l’alimentation :

  • Une diarrhée progressivement chronique ;
  • Des selles peu nombreuses mais volumineuses ;
  • Une perte d’appétit ;
  • Un changement de comportement du bébé (apathie) ;
  • Une modification de la croissance (taille et poids), avec une cassure franche sur la courbe de poids.

Lorsque la maladie apparaît au cours de l’enfance, les signes cliniques sont souvent très divers et de deux catégories :

  • Des signes digestifs :
    • Une diarrhée chronique ou intermittente ;
    • Des nausées et/ou des vomissements ;
    • Un manque d’appétit ;
    • Des douleurs abdominales récidivantes ;
    • Un météorisme abdominal (augmentation du volume abdominal due à une accumulation de gaz intestinaux) ;
  • Des perturbations non digestives :
    • Une perte de poids et/ou un retard de croissance ;
    • Une fatigue chronique ;
    • Une irritabilité ;
    • Un retard d’apparition de la puberté ;
    • Une anémie par carence en fer ;
    • Une aménorrhée ;
    • Des aphtes récidivants et des anomalies de l’émail dentaire (hypoplasie de l’émail dentaire) ;
    • Des douleurs articulaires ;
    • Une dermatite herpétiforme (démangeaisons cutanées et poussées de cloques groupées en bouquets).

Chez l’adulte, les symptômes de la maladie cœliaque sont à la fois digestifs et non digestifs, et souvent très nombreux :

  • Des manifestations digestives :
    • Une diarrhée chronique, parfois une constipation ;
    • Des douleurs abdominales ;
    • Des ballonnements et des flatulences ;
    • Une perte de poids ;
  • Des symptômes non digestifs :
    • Une fatigue prolongée ;
    • Une anémie par carence en fer ou en acide folique (vitamine B9) ;
    • Des aphtes récidivants ;
    • Une dermatite herpétiforme ;
    • Une fracture par ostéoporose ;
    • Des troubles hépatiques ;
    • Une neuropathie périphérique (atteinte des nerfs des membres) ;
    • Des crampes musculaires ;
    • Une aménorrhée, des règles irrégulières ou des fausses couches à répétition.

Si certains adultes ne présentent que des symptômes mineurs difficilement attribuables à l’intolérance au gluten, d’autres souffrent de complications rares mais graves de la maladie :

  • Un syndrome hémorragique suite à une importante carence en vitamine K ;
  • Des œdèmes.

Le diagnostic de l’intolérance au gluten

La grande variabilité des symptômes et de l’âge de survenue de la maladie rend difficile le diagnostic de cette pathologie et explique que de nombreux patients restent non diagnostiqués pendant de longues années.

Face à des signes cliniques évocateurs d’une intolérance au gluten, le médecin traitant oriente le patient vers un gastro-entérologue, pour effectuer le diagnostic de la maladie. Plusieurs examens médicaux sont nécessaires :

  • Une prise de sang pour rechercher les anticorps les plus spécifiques de la maladie (anticorps transglutaminase tissulaire et anticorps anti-endomysium) ;
  • Une prise de sang pour un typage génétique HLA, afin de déceler une éventuelle prédisposition génétique ;
  • Des biopsies de l’intestin grêle au cours d’une endoscopie digestive haute (examen endoscopique réalisé en passant les instruments par la bouche) pour détecter les lésions de l’intestin grêle ;
  • Un bilan sanguin pour mettre en évidence une carence en fer ou des troubles hépatiques ;
  • Une ostéodensitométrie pour rechercher une ostéoporose.

Les résultats de l’ensemble de ces examens peuvent permettre au médecin de poser le diagnostic d’intolérance au gluten. En cas de doute, la confirmation du diagnostic est obtenue si les symptômes régressent grâce à une mise au régime sans gluten.

Le régime sans gluten

L’intolérance au gluten ne peut actuellement pas être guérie. Le seul traitement est le suivi d’un régime sans gluten strict. Le suivi par un diététicien ou un nutritionniste est fortement recommandé. Un tel régime est particulièrement contraignant, car il oblige à supprimer de l’alimentation tous les aliments susceptibles de contenir du gluten (même en petites quantités) ou d’être contaminés par du gluten.

Parallèlement, juste après le diagnostic, il est parfois nécessaire de prendre en charge les conséquences de la maladie par des traitements adaptés :

  • La correction des carences par des suppléments en vitamines ou en minéraux ;
  • Une réalimentation en cas de malnutrition importante.

Le suivi du régime sans gluten est particulièrement difficile lors des repas en collectivités. Pour les enfants, il est possible d’obtenir des repas sans gluten, par le biais d’un projet d’accueil individualisé (PAI), établi entre le directeur de l’école, le médecin, le médecin scolaire et le responsable de la restauration scolaire.

En pratique, les intolérants au gluten doivent supprimer de leur alimentation :

  • Tous les produits contenant une variété de blé, de l’orge, du seigle ou un hybride de ces céréales ;
  • Le pain, les viennoiseries et les pâtisseries ;
  • Les pâtes alimentaires ;
  • Les biscuits ;
  • Tous les aliments panés, enfarinés ou enrobés de pâte à frire ;
  • Les pains de viande et de poisson contenant de la farine ou de la chapelure ;
  • Les soupes, desserts et sauces industrielles ;
  • Toutes les bières ;
  • Le seitan (aliment végétarien, très riche en gluten).

De plus, le gluten est souvent présent en faibles quantités dans les charcuteries, le sucre glace, les épices ou certains médicaments.

Les produits sans gluten font l’objet d’une réglementation stricte. Depuis 2009, le règlement européen n° 41/2009 fixe la composition et l’étiquetage des denrées alimentaires convenant aux intolérants au gluten.

À savoir ! L’Assurance Maladie rembourse à 60 % les aliments diététiques sans gluten, pour les patients atteints d’une maladie cœliaque confirmée. Cette prise en charge prend la forme d’un forfait mensuel, dont le montant est plus élevé à partir de l’âge de 10 ans.

Actuellement, les spécialistes préconisent de suivre le régime sans gluten à vie, car la reprise d’une alimentation normale expose le plus souvent à des rechutes de la maladie. Rarement, la reprise d’un régime normal à l’adolescence n’entraîne la réapparition d’aucun symptôme, même si une rechute peut survenir de manière retardée à l’âge adulte.

L’évolution de l’intolérance au gluten

La mise au régime sans gluten strict permet dans la majorité des cas :

  • Une régression puis une disparition des symptômes en quelques semaines ;
  • La disparition des anticorps après une année ;
  • La guérison des lésions intestinales à plus ou moins long terme ;
  • Une diminution des risques de complications.

En revanche, si le régime sans gluten est mal suivi ou pas suivi, la maladie cœliaque expose au fil des années à des risques élevés de :

  • Cancers digestifs (lymphome intestinal, adénocarcinome de l’intestin grêle) ;
  • Cancers des voies aérodigestives supérieures et du foie ;
  • Stérilité (12 % des patients) ;
  • Ostéoporose ;
  • Autres maladies auto-immunes ;
  • Croissance ralentie chez l’enfant.

Gluten et diversification alimentaire

L’intolérance au gluten peut survenir dès le plus jeune âge, après l’introduction du gluten dans l’alimentation. L’allaitement maternel (lien vers fiche : ) est parfois considéré comme un facteur protecteur, même si certaines études donnent des résultats contradictoires.

L’introduction du gluten dans l’alimentation doit respecter les recommandations sur la diversification alimentaire des nourrissons :

  • Aucun autre aliment que le lait avant l’âge de 4 mois révolus ;
  • Une diversification alimentaire progressive à partir du 5ème mois ;
  • L’utilisation de farines 1er âge (sans gluten) jusqu’à 6 mois révolus ;
  • L’introduction de farines avec gluten, en petites quantités, à partir du 7ème

Les études récentes montrent qu’une introduction retardée du gluten ne modifie pas le risque de maladie cœliaque, même si elle peut retarder son apparition.

Estelle B. / Docteur en Pharmacie

– Intolérance au gluten. AMELI Santé. 4 mai 2017.
– Gluten : faut-il l’éviter ? MPedia. Consulté le 6 décembre 2017.
– Maladie cœliaque – Intolérance au gluten. CHU de Bordeaux. 15 mars 2012.
– La maladie cœliaque. AFDIAG. Consulté le 6 décembre 2017.